Liban.
A moins d’un accord de dernière minute, le bras de fer
engagé depuis huit mois entre l’opposition et la majorité
risque d’entraîner le pays dans le chaos et menace d’échec
la présidentielle de l’automne prochain.
Médiation française de dernière chance
L’approche
de l’échéance électorale de septembre prochain fait craindre
une aggravation de la crise politique libanaise. Née en
novembre dernier suite à la démission de six ministres
pro-syriens — une démission qui a provoqué la rupture du
dialogue entre la majorité anti-syrienne et l’opposition
menée par le Hezbollah —, la crise n’a, depuis, pas pu être
réglée, malgré les différentes médiations arabes et
internationales. La dernière en date est celle de la France,
un pays qui a toujours montré un intérêt particulier au pays
du Cèdre. Après avoir organisé à la mi-juillet dernier près
de la capitale française une réunion entre tous les courants
politiques libanais, Paris a envoyé cette semaine son
ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dans une
délicate mission pour tenter de sortir le Liban de la crise.
Une mission qui, semble-t-il, s’est achevée sans résultat
apparent. Dès son arrivée à Beyrouth, le chef de la
diplomatie française a prévenu : « La solution est entre les
mains des Libanais, je ne suis pas chargé d’un plan magique
». Et, après ses entretiens avec les différents
protagonistes de la crise, notamment les chefs de la
majorité comme de l’opposition, ses déclarations n’ont pas
fait preuve d’optimisme. « Si les Libanais ne réussissent
pas ce dialogue nécessaire, malheureusement ce sera encore
la guerre », a-t-il prévenu. Tout en ajoutant : « Il ne
s’agissait que d’une étape, n’attendez pas de moi la
solution aux problèmes du Liban, cela viendra ». « Le
dialogue au Liban peut avancer et je crois qu’aujourd’hui
est un jour avec du progrès, cela ne veut pas dire que tout
est réglé, loin de là ».
La mission de Bernard Kouchner ne s’est pas limitée à
rencontrer les protagonistes libanais. La France y va de
tout son poids pour trouver une issue à la crise interne au
pays du Cèdre. Ainsi, M. Kouchner a-t-il rencontré au Caire
ses homologues égyptien Ahmad Aboul-Gheit et saoudien Saoud
Al-Fayçal, ainsi que le secrétaire général de la Ligue
arabe, Amr Moussa. Paris veut donc également une
intervention des capitales de la région, une façon de mettre
toutes les chances de son côté pour réussir sa médiation. Ce
que veut Paris de ces capitales arabes, ce n’est pas
uniquement qu’elles exercent des pressions sur les
différentes parties libanaises, mais c’est surtout une
intervention auprès des forces externes soupçonnées d’être
influentes au Liban. « Il faut faire pression pour que
l’environnement (du Liban), c’est-à-dire, soyons clairs, la
Syrie et l’Iran, ne puisse exercer une influence qui
conduirait vers la guerre », a clairement affirmé lors d’une
conférence de presse conjointe avec Ahmad Aboul-Gheit. Et de
reconnaître : « C’est difficile, le Liban, c’est compliqué.
Avec les influences extérieures, ça devient l’un des
problèmes les plus difficiles du monde ».
Prochaine réunion en France
Bien que le ministre français ait fait état d’une «
ouverture » après avoir réuni dimanche pour un déjeuner les
dirigeants des partis politiques libanais, de la majorité
comme de l’opposition, il semble toutefois que malgré tous
les efforts entrepris çà et là, on est encore loin d’un
règlement de la crise libanaise. Or, l’absence d’une sortie
de crise avant septembre menacerait d’échec l’élection
présidentielle, qui doit se tenir entre le 25 septembre et
le 25 novembre. Le pays plongerait alors dans un dangereux
vide institutionnel, l’opposition menaçant de former un
second gouvernement.
Jusque-là, l’opposition, qui ne reconnaît pas la légitimité
du gouvernement de Fouad Siniora, réclamait la formation
d’un gouvernement d’union nationale dans lequel elle aurait
un poids accru, en préalable à une reprise du dialogue.
Quant à la majorité, elle proposait une solution associant,
simultanément, la formation d’un nouveau gouvernement et la
garantie de la part de l’opposition qu’elle assurera au
Parlement le quorum nécessaire aux prochaines
présidentielles. Selon des sources gouvernementales, les
entretiens de M. Kouchner, sur la recherche d’une formule
associant la formation d’un nouveau gouvernement et des
garanties sur la tenue de la présidentielle, se sont heurtés
aux « mêmes obstacles » que de précédentes médiations
tentées par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr
Moussa. A ce sujet, le chef de la diplomatie française est
resté flou : « Des deux côtés, il semblerait que des
garanties puissent être fournies au niveau de l’élection
présidentielle comme au niveau de ce fameux gouvernement
d’unité nationale ». Un conditionnel qui laisse planer
l’incertitude en ce qui concerne la période à venir. Il
faudra donc attendre la prochaine visite du ministre
français au Liban avant la fin du mois d’août et la nouvelle
réunion envisagée à Paris dans les semaines à venir pour
voir si la médiation de la France portera ses fruits.
Abir
Taleb