En visite au Caire, Prasad Kariyawasam, chef
de la Commission d’enquête des Nations-Unies sur les violations des droits de
l’homme dans les territoires occupés, évalue
la situation sur le terrain et dénonce
des nombreuses violations de la part de l’Etat hébreu.
« Les Palestiniens sont incapables de
mener une vie normale à cause de l’occupation »
Al-Ahram Hebdo : Lors de votre dernière
visite dans la région, vous aviez émis des recommandations pour que des
sanctions contre Israël soient mises en place. Qu’en est-il des développements
de ce dossier ?
Prasad Kariyawasam : Nous avons effectivement fait des recommandations
formelles à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité des Nations-Unies,
disant qu’il était temps que la communauté internationale prenne en
considération l’émission de sanctions contre Israël à cause de la poursuite de
ses pratiques de violations des droits fondamentaux de l’homme, ce qui est
inconcevable et inacceptable dans notre monde moderne. Malheureusement, elles
ne sont encore que des recommandations. Et nous, en tant que commission
d’enquête, ne pouvons faire plus que d’émettre des recommandations.
— Mais la Commission d’enquête des
Nations-Unies a-t-elle constaté des changements sur le terrain ?
— Nous
sommes très préoccupés par la poursuite des activités de construction du mur de
séparation qui est en train de créer un nouveau statu quo sur le terrain, et
qui rend chaque jour de plus en plus difficile l’idée d’un Etat palestinien
viable.
— Considérez-vous qu’il y a eu une
détérioration de la situation par rapport à la dernière visite de la commission
dans la région, faite il y a une année ?
— Nous
avons constaté que la situation s’est clairement détériorée par rapport à
l’année passée. Que ce soit la situation à Jérusalem Est, dans tout le reste de
la Cisjordanie ou à Gaza. Ce qui nous préoccupe particulièrement, ce sont
certaines méthodes employées par Israël pour porter atteinte aux droits des
Palestiniens, en essayant de supprimer leurs droits légitimes. Il fait cela en
manipulant leurs lois, disant, par exemple, qu’un Palestinien qui construit sa
maison à Jérusalem Est est en train de commettre un acte illégal, alors que
pour nous, ceci est parfaitement légitime car ce sont des personnes qui ont
toujours vécu sur ces terres. Et nous nous posons la question sur la légitimité
de cette légalité proclamée par une Autorité d’occupation, comme c‘est le cas
de l’Etat d’Israël.
— Selon les témoignages, quel tableau
pouvez-vous dresser des pratiques israéliennes de violation des droits de
l’homme dans les territoires occupés ?
— On
continue à entendre des plaintes sur la destruction continue des propriétés
palestiniennes, la destruction des plantations ... Les Palestiniens sont
incapables de mener une vie normale à cause de l’occupation. A cause du blocage
économique que leur a imposé Israël, ils ne reçoivent pas leurs salaires. Donc,
la conclusion que nous tirons de leurs propos est que les sanctions économiques
sur certaines parties du territoire palestinien sont en train d’affecter leur
vie quotidienne, et cela affecte leur capacité à fonctionner comme une société
normale, ce qui est sans doute une atteinte à leurs droits fondamentaux : leur
droit à la vie, à l’éducation, leur droit de recevoir des soins médicaux. Tout
cela est en train de se détériorer encore plus dans les présentes
circonstances. Car lorsqu’Israël adopte la pratique d’assassinats ciblés, il
est non seulement en train de violer le droit, mais surtout de tuer un grand
nombre de personnes absolument innocentes, des victimes qui sont des femmes et
des enfants et qui succombent à ces attaques.
— Comment le fait d’avoir une mobilité
limitée affecte-t-il la situation des Palestiniens ?
— Le
mur de séparation, par exemple, est en train d’affecter leur capacité d’éduquer
leurs enfants, d’aller se faire soigner dans des hôpitaux, de rendre visite à
leurs proches et voisins, de même d’aller travailler dans leurs propres terres.
— Et sur le plan de l’infrastructure,
quelles sont les plaintes que vous avez reçues de la part de Palestiniens ?
— Il y
a, par exemple, un gros problème par rapport à l’eau, surtout à Gaza, où il
n’existe pas, en ce moment, d’usine de traitement de l’eau, ce qui cause des
problèmes sanitaires très importants. De plus, l’électricité ne parvient aux habitants
que pendant deux heures par jour et cela affecte les écoles et les hôpitaux.
— En raison de ces difficiles
conditions, de nombreux cadres et professionnels importants pour la société
palestinienne plient bagage. Comment voyez-vous la situation à l’avenir ?
— Ceux
qui sont en train de chercher à partir le font évidemment à cause des
violations des droits de l’homme commises par les autorités israéliennes,
auxquelles ils sont obligés d’être constamment soumis, et ceci est une réaction
humainement compréhensible. Lorsqu’on est confronté à une situation de menace,
de danger, la réaction normale est de chercher à partir. Mais nous retrouvons
souvent, par ailleurs aussi, des Palestiniens vraiment remarquables, qui sont
décidés à ne pas partir, à rester et à lutter pour leurs droits, malgré les
conditions très difficiles. Nous avons rencontré nombre de ces personnes et
j’aime mentionner le cas de ce jeune ingénieur, spécialiste des questions de
l’environnement, ayant obtenu un doctorat en France et fait des spécialisations
en Allemagne, qui aurait pu facilement retrouver du travail ailleurs, mais
malgré cela a choisi de s’installer avec sa famille en Palestine et est décidé
à rester pour aider son pays et lutter pour ses droits.
— Comment évaluez-vous la situation au
point de passage de Rafah ?
— Les
difficultés existantes au point de passage de Rafah nous ont été effectivement
décrites par de nombreux témoins. Il y a, en ce moment, 7 000 personnes
bloquées à la frontière. Mais nous avons traité de ce sujet avec les parties
impliquées et sommes convaincus que cette situation sera bientôt réglée .
Propos recueillis par Randa Achmawi