Métro .
Les quelque 3 millions d’usagers qui l’empruntent
quotidiennement se trouvent depuis des jours confrontés à
des mesures sécuritaires inhabituelles. Reportage.
La menace ne dit pas son nom
Place
Ramsès, une foule de passagers se pressent pour prendre le
métro. Aux points d’accès, ils sont appréhendés par des
policiers en civil qui fouillent minutieusement sacs à main,
serviettes et autres bagages. Les usagers du métro ne sont
pas habitués à ces mesures. Ils n’ont jamais vécu cette
situation auparavant, mais ils doivent se soumettre sans
trop comprendre ce qui se passe. Ceux qui essayent de
demander n’ont droit qu’à une seule et même réplique : « Ce
sont des mesures de sécurité ». Pourquoi ? Qu’est-ce qui a
changé ? Y a-t-il un risque précis ?
L’incompréhension amène certains passagers à se rebeller et
à refuser de se plier à ces mesures poussées. Ceux-ci ainsi
que les suspects sont transférés au bureau du directeur de
la sécurité de la station. « Là-bas, j’ai subi une fouille
corporelle. Quand ils n’ont rien trouvé sur moi et après
avoir contrôlé mes pièces d’identité, ils m’ont relâché avec
des excuses formulées à contre-cœur. Pas un mot de plus »,
s’insurge Ibrahim Abdel-Hamid, fonctionnaire. Il a dû rater
l’autobus qui devait l’amener à Hurghada.
Cet important déploiement policier est constaté dans les
stations de métro depuis la mi-juillet. D’après des
informations de presse non confirmées, les autorités
auraient reçu des menaces d’attentats dans la station de
Choubra Al-Kheima. La rumeur s’est ensuite consolidée quand,
quelques jours après, le directeur de la sécurité du
Qalioubiya s’est rendu sur terrain. Accompagné d’officiers
de police de haut rang, il a débarqué dans la station
ciblée, qui a tout de suite été ratissée par des
spécialistes en explosifs. L’état d’alerte a été déclaré
dans toutes les stations du métro.
Pour sa part, le ministère de l’Intérieur nie avoir reçu des
menaces d’attentats. « Ce déploiement policier est destiné à
renforcer la sécurité dans les endroits vitaux conformément
à un plan approuvé par le ministre Habib Al-Adeli en
personne ».
Face à cette cacophonie d’informations, les citoyens ne
sachant plus que croire, ni qui croire, ont adopté des
réactions diverses.
Certains ont décidé de ne plus utiliser le métro tant que le
risque perdure. « Ce qui me fait pencher à prendre au
sérieux les rumeurs évoquant une menace, c’est qu’elles
coïncident avec des célébrations nationales, les attentats
de Charm Al-Cheikh en 2005 sont tombés dans la même date »,
souligne Ahmad Ali, ingénieur qui a provisoirement décidé
d’utiliser l’autobus, ou même de prendre des taxis, malgré
la charge financière que cela lui représente.
Passer inaperçu
Ceux qui ne se soucient pas des « risques » ont juste pensé
à un bon moyen pour échapper aux « harcèlements sécuritaires
». La meilleure solution pour certains, c’est de ne rien
porter sur soi : il s’agit de ne pas attirer l’attention et
de passer inaperçu. « Les policiers n’arrêtent que les
personnes qui portent un sac ou des bagages », constate un
passager. D’autres, notamment les femmes, se plaignent de «
l’indiscrétion » de certains policiers. « Nous ne refusons
pas ces mesures de sécurité qui sans doute sont dans notre
intérêt, mais nous nous sentirions plus respectées si les
responsables plaçaient certaines policières pour s’occuper
des femmes, ou alors il faudrait installer des portillons
électroniques », se plaint Amina Al-Sayed, enseignante.
Aux stations de Moubarak (Ramsès) et de Sadate (Tahrir), les
contrôles sécuritaires ne se limitent pas aux points
d’accès. Des policiers accompagnés de chiens sillonnent les
stations alors que d’autres habillés en civil appréhendent
les badauds et les vendeurs ambulants. « Ils nous fouillent
systématiquement, ainsi que nos marchandises. Si un haut
responsable est attendu pour une visite d’inspection, ils
nous font quitter les lieux et nous interdisent même de
s’installer dans la rue à l’entrée de la station », lâche
Mahmoud, vendeur ambulant habitué des lieux depuis une
dizaine d’années.
Les contrôles policiers s’étendent bien au-delà du métro :
les magasins et les kiosques à proximité de certaines
stations, comme à Doqqi, n’y échappent pas non plus. Et
plusieurs endroits de stationnement ont été interdits. Mais
ce n’est pas le cas partout, certains lieux sont plus
surveillés que d’autres. Ainsi, malgré une présence
policière plus importante que d’habitude, les mesures sont
beaucoup plus souples à la station de l’Université du Caire,
à Guiza. Ici, seuls les passagers qui portent de gros sacs,
et souvent les barbus ou les femmes portant le niqab, sont
fouillés. Visiblement, il ne s’agit pas de mesures de
routine. La mobilisation sécuritaire répond à une situation
bien précise.
Mais
laquelle exactement ?.
Héba
Nasreddine