PND.
Son président sera élu pour la première fois parmi divers
candidats, lors de la conférence de novembre prochain. La
promotion de la démocratie est avancée, mais l’opposition
parle de l’ascension de Gamal Moubarak.
Place aux jeunes
Prévue
en novembre, la 9e conférence du PND (Parti National
Démocrate, au pouvoir) témoignera de l’élection, pour la
première fois, de son président parmi plusieurs candidats.
C’est ce qu’a affirmé la semaine dernière, lors d’un
rassemblement du parti, son secrétaire général, Safwat
Al-Chérif. Ces élections devraient se dérouler en fonction
des règlements fondamentaux du parti adoptés lors de la
dernière conférence générale du parti en 2002. Toujours
d’après Al-Chérif, le choix des candidats aura lieu suivant
un système de vote anonyme. « Si un candidat obtient 20 % ou
plus, sans concurrence sérieuse, son nom sera soumis à un
vote général des 5 500 membres participant à la conférence.
Il s’agit de donner l’exemple démocratique aux autres partis
politiques égyptiens », annonce-t-il encore. Safwat
Al-Chérif, lui-même un cacique du PND, a saisi l’occasion
pour encourager les jeunes à déloger ceux qui s’accrochent à
leurs postes au sein du parti.
Des déclarations reprises sobrement dans la presse mais qui
ne sont pas passées inaperçues. Une boutade politique ? Un
épisode du feuilleton de l’ascension de Gamal Moubarak ? Les
dernières touches dans le projet de la succession
héréditaire du pouvoir ? ... Les commentaires ont aussitôt
afflué.
« Certains vont très loin dans leurs interprétations. Les
règles définies n’excluent pas la possibilité de reconduire
Moubarak à la tête du parti. Et si Al-Chérif a parlé de sang
nouveau, cela peut s’appliquer à des divers niveaux et pas
forcément au sommet », explique Mohamad Saïd Al-Daqqaq,
secrétaire du PND à Alexandrie.
C’est ce que pensent également la majorité des analystes.
D’après le scénario prévu, Moubarak restera le chef du parti
et son fils profitera desdites élections pour faire un pas
en avant. « Moubarak père ne renoncera pas à la présidence
du PND. L’objectif à ce qu’il paraît, c’est de promouvoir
Gamal au poste de secrétaire général du parti, succédant
ainsi au dernier représentant de la vieille garde », estime
Abdallah Al-Sénnawi, rédacteur en chef de l’organe de presse
du Parti nassérien. « Il ne s’agit pas de la dernière étape
dramatique dans le processus de la succession héréditaire.
Toutefois, cela va permettre à Gamal de raffermir son
autorité sur le parti et du coup sur le gouvernement qui en
dépend. Ce sont des prérogatives présidentielles », ajoute
Al-Sénnawi.
Ceux qui ne sont pas assez sceptiques pour faire le lien
entre la réforme du PND et l’avènement de Gamal Moubarak ne
se montrent pas non plus assez naïfs pour croire qu’il
s’agit vraiment d’un processus de démocratisation. « Ces
élections représentent une tentative de devancer les
pressions en faveur de la réforme politique. Mais si les
élections parlementaires et celles du Conseil consultatif
étaient fictives, comment peut-on imaginer que celles-ci
seront réelles ? Cela fait partie du théâtre PND », critique
Nabil Abdel-Fattah, du Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Rien de neuf
Les responsables du PND, eux, nient inlassablement les
scénarios imaginaires de ceux qui ne se lassent pas de
parler de succession héréditaire.
« Il se trouve qu’en novembre il y aura une conférence
générale, et l’élection du président du parti a d’habitude
lieu durant cette conférence qui se tient tous les cinq ans.
C’est routinier. La nouveauté c’est que cette fois le
président sera élu entre plusieurs candidats, et non pas par
consensus. Cela a été décidé lors de la dernière conférence
générale en 2002. Il n’y a rien de neuf qui puisse justifier
le discours sur l’ascension de Gamal Moubarak », affirme de
son côté Mohamad Kamal, secrétaire du comité de la formation
au PND. Le numéro 3 du PND, Gamal est entré de plain-pied au
PND en 2000 en tant que membre du comité des politiques dont
il devient le président deux ans plus tard. Depuis, ce
comité a gagné en influence. Sous la bannière « de la
nouvelle pensée », Gamal a pu évincer la vieille garde et
son influence dans « la cuisine politique » fait moins de
doute notamment après la formation en 2004 du gouvernement
Ahmad Nazif, avec ses jeunes figures de technocrates et
d’hommes d’affaires occidentalisés. Sa nouvelle casquette au
sein du PND ? « On ne peut rien exclure, ni rien confirmer
», répond Mohamad Kamal ...
Le
suspense se maintient.
Chérif Albert