Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le sempiternel casse-tête
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Egypte

Lois. Deux avocats coptes ont intenté un procès contre le ministère de la Justice pour réclamer l’adoption d’un ancien projet de loi datant de 1978 et régissant le statut personnel des chrétiens en Egypte.

Le sempiternel casse-tête

Une question qui bat toujours son plein et qui, jusqu’à présent, n’a trouvé de solution : le statut personnel copte, régissant les questions de mariage et de divorce et autres liens. A l’initiative des trois principales Eglises, à savoir orthodoxe, catholique et protestante, en 1978, un projet de loi comprenant 146 clauses, traitant de sujets tels que le divorce, la garde des enfants et les pensions. Or, depuis sa proposition, le projet attend d’être promulgué. Actuellement, l’Eglise copte orthodoxe n’autorise le divorce qu’en cas d’adultère. Mais la nouveauté dans le texte en question est que la conception de l’adultère y est élargie. Par exemple, la prise en flagrant délit n’est plus requise comme unique preuve d’adultère. L’adultère est admis dans d’autres cas de figure, comme par exemple la contamination par certaines maladies sexuelles. « La nécessité de promulguer ce projet de loi est que les chrétiens n’ont pas, jusqu’à présent, de législation qui réglemente les affaires du statut personnel, ce qui les pousse parfois à changer de confession pour pouvoir recourir aux lois musulmanes. Conséquence : l’Eglise refuse d’appliquer les verdicts des tribunaux, causant ainsi une grande confusion », explique Naguib Ghobrial, l’un des deux avocats qui ont intenté le procès. 

La seule référence régissant le statut personnel des chrétiens était une loi adoptée en 1938 par le conseil communautaire de l’Eglise copte orthodoxe, qui autorisait le divorce dans neuf cas de figure, dont l’adultère, le changement de rite ou de confession, la contraction d’une maladie grave par l’un des époux, l’emprisonnement de l’un des époux, l’homosexualité, l’absence de l’un des époux pour une durée qui dépasse 5 ans et l’agression physique sur l’épouse. « Le problème est que l’Eglise copte orthodoxe sous le pape Kyrollos VI, (1958-1970) et son successeur, le pape Chénouda III, a refusé de reconnaître cette législation du fait que, selon elle, les conditions du divorce ne sont pas toutes conformes aux consignes de l’Evangile », assure le père Morqos Aziz, de l’église Moallaqa, au Vieux-Caire.

En l’absence d’une loi régissant le statut personnel et face à l’intransigeance de l’Eglise en matière de divorce, de nombreux coptes changent de confession et demandent à bénéficier des lois musulmanes, comme la loi du kholea (qui donne à l’épouse le droit de divorcer à condition de renoncer à ses droits financiers). Le problème avec ce projet de statut personnel est qu’il peut être difficilement concilié avec la charia. « Une des clauses en question est celle qui donne le droit aux femmes dont les maris se sont convertis à l’islam d’obtenir le divorce. Alors que conformément à la charia, un homme musulman peut épouser une femme chrétienne ». Autre clause controversée est celle qui donne aux enfants dont le père s’est converti à l’islam le droit de garder leur confession d’origine jusqu’à l’âge de 15 ans après laquelle ils ont le droit de choisir entre les deux religions.

Or, selon la charia, les enfants mineurs suivent la religion du père. « Cette clause est très dangereuse car même si les enfants devenus musulmans suivant leur père, choisissent à l’âge de 15 ans de revenir à leur confession d’origine, ils sont considérés selon la charia comme étant des apostats », explique Youssef Sidhom, rédacteur en chef de l’hebdomadaire chrétien Watani.

Pour certains, la solution est de faire adopter un projet unifié pour tous les citoyens qui soit basé sur la citoyenneté. De l’autre côté de la barre, le député islamiste Akram Al-Chaër ne voit aucun inconvénient à ce que les chrétiens promulguent une loi qui les concerne. « Avant les années 1950, il y avait des tribunaux mixtes spéciaux pour les étrangers qui vivaient en Egypte. Ces tribunaux tranchaient les affaires selon les législations relatives aux pays de ces étrangers. Il n’y a aucun problème que les chrétiens jouissent de ce droit », assure Al-Chaër

Il en est de même pour le camp des droits de l’homme qui soutient les chrétiens dans leurs efforts. « La clause de la Constitution qui stipule que la charia est la source de toute législation concerne uniquement les musulmans. Les chrétiens ont le droit d’avoir leur propre statut qui correspond à leurs consignes religieuses. C’est leur simple droit », conclut Hafez Abou-Seada, président de l’Organisation égyptienne pour les droits de l’homme .

Mirande Youssef

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