Bourse.
Une légère baisse entamée cette semaine a mis fin à deux
mois de hausse soutenue par la forte activité des étrangers
et l’intensification de la spéculation.
Le case 30 lève le pied
Dimanche
29 juillet a marqué la fin de plus de deux mois de hausse
injustifiable de la Bourse du Caire. Son indice, le case 30,
rassemblant les 30 actions les plus actives, a chuté
dimanche de 3 % comparé à jeudi (8 477 points) et a clôturé
dimanche à 8 217,22 points. Ensuite, il a légèrement baissé
lundi de 0,7 %. Ce recul s’inscrit en parallèle à la chute
des places financières américaines, européennes et arabes
ces derniers jours.
Wall Street a ainsi connu, jeudi, l’une de ses plus fortes
baisses de l’année (-2,26 %). Les marchés européens,
orientés à la baisse, ont, eux aussi, abandonné, jeudi,
entre 2 et 4 %. « Le ralentissement du marché de
l’immobilier américain combiné à la hausse des taux
d’intérêt, sur lesquels sont indexés les remboursements,
sont deux facteurs responsables du décrochage des Bourses
mondiales. De plus, l’incapacité à rembourser les crédits se
répercute sur les entreprises de refinancement dans le
secteur immobilier. Cette situation inquiète les
investisseurs qui ont liquidé leurs actifs dans les marchés
émergents, y compris l’Egypte, pour choisir des titres moins
exposés aux risques », explique Maha Baligh, directrice
générale de la gestion des portefeuilles chez EFG- Hermes.
D’autres courtiers à la Bourse du Caire ont une toute autre
interprétation de la chute de la Bourse égyptienne. « La
chute peut être également expliquée par les ventes pour
plus-values qui suivent d’habitude une période de hausse »,
rétorque Moustapha Badra, directeur exécutif de la société
de courtage Ossoul.
Quoi qu’il en soit, à la Bourse égyptienne, cela marche
toujours ainsi : après le beau temps, vient la pluie.
Pendant deux mois, elle a vécu ses plus beaux jours. Tous
les indicateurs ont connu des chiffres record. L’indice CASE
30 n’a cessé d’augmenter, à part pendant de courtes périodes
de baisse, suite à des ventes pour dégager des plus-values.
Il a touché ainsi le seuil de 8 477 points, jeudi 26
juillet, un niveau jamais connu depuis plus de 18 mois. De
même, l’indice Dowjones a dépassé ses limites pour
enregistrer son chiffre record le 26 juillet (1 706 points)
: la hausse des indices est accompagnée d’une augmentation
de la valeur quotidienne des échanges qui dépasse les 1,4
milliard de L.E.
Cette bonne performance est justifiée par 2 facteurs
essentiels : la forte activité d’achat des étrangers et des
institutions ainsi que la spéculation. « Les institutions
ont joué un grand rôle pour alimenter cette tendance à la
hausse. Elles contrôlent actuellement plus de la moitié de
la valeur des échanges sur le marché contre 30 % il y a deux
mois », dévoile Essam Khalifa, président du Fonds
d’investissement Al-Ahli. Il ajoute que les institutions
accentuent leurs achats dans les secteurs de la construction
et de la banque : « Ces deux secteurs sont devenus
dernièrement très attractifs. La flambée des prix du secteur
de construction s’est répercutée sur les actions de ses
sociétés cotées en Bourse ». Tous les chiffres prouvent
cette réalité : par exemple, le cours de l’action de la
société Alexandrie de l’investissement immobilier et
touristique a presque quadruplé, passant à 400 L.E. le 26
juillet, contre 120 L.E. il y a 5 mois. Il en est de même
pour l’action de la Société de logement et d’urbanisation
Madinet Nasr qui est passée de 200 à 604 L.E. dans le même
intervalle.
« Confiance dans l’économie égyptienne »
Quant au secteur bancaire, il a été activé sous l’effet
d’une information sur la fusion de la banque CIB (Commercial
International Bank) et de l’Arab African International Bank,
ainsi que celle du lancement prochain d’une tranche de 15 %
de la Banque du Caire en Bourse, lors de sa privatisation.
Les institutions égyptiennes ne sont pas les seules à
accentuer leurs achats dans ces deux secteurs : les
étrangers et les Arabes du Golfe représentent en fait la
majorité des investissements. La part des étrangers a
augmenté pour représenter le tiers de la valeur totale des
échanges, contre 9 % il y a deux mois. De même, la part des
Arabes est de 7 à 11 % sur la même période. « Cette forte
demande prouve la confiance dans l’économie égyptienne. Plus
la performance s’améliore, plus l’indice augmente », estime
Issa Fathi Issa, PDG du Groupe stratégique pour le courtage.
De même, note-t-il, les obligations gouvernementales lancées
le mois dernier sur les marchés internationaux ont été
couvertes 3 fois. Moustapha Badra rejoint cette opinion et
ajoute que cet événement donne une bonne image de l’économie
aux étrangers. « N’oublions pas de plus les bons résultats
des sociétés annoncés lors du premier semestre de l’année,
ce qui a incité les étrangers et les Arabes à entreprendre
davantage d’achats ».
Un bémail existe cependant. Plusieurs experts avertissent
que la spéculation a alimenté la tendance à la hausse. «
Aujourd’hui, les institutions ont changé de tactique », note
Issa Fathi, qui explique qu’au lieu de viser
l’investissement à long terme et à moindres risques, ces
institutions financières préfèrent maximiser leurs profits
en entrant sur le marché acheter en masse certaines actions
pour ensuite les revendre en engrangeant les profits. «
C’est ce qu’on appelle la spéculation », conclut-il. Et
d’ajouter que la réduction de la période de règlement de la
transaction à un seul jour, contre 3 jours auparavant, a
encouragé cette tendance.
Gilane Magdi