Al-Ahram Hebdo,Arts | Concilier les mondes
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Arts

Documentaire. Being Osama, projeté dernièrement à l’ambassade du Canada, fut loué par l’assistance pour son effort à dissiper l’image négative des Arabes après les attentats du 11 septembre 2001.

Concilier les mondes

Osama Chalabi, un Canadien, originaire de Gaza, accorde ses instruments avant un concert. C’est le premier plan. Puis le documentaire canadien enchaîne sur l’effondrement des tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001. Une main balaie des débris de verre et de glace, pour signifier qu’un ordre, une image ont été altérés. A partir de là les deux cinéastes, Tim Schwab et Mahmoud Kaabour, qui ont cosigné Being Osama (mon nom est Osama, 2004), explorent la vie intime de six Montréalais arabes, d’appartenances sociales et ethniques différentes, mais qui partagent le même prénom, Osama. Ils subissent un rejet de ce fait, car ils ressuscitent dans la mémoire de leurs concitoyens le souvenir désastreux des attentats commandés par Ossama bin Laden, en septembre 2001.

Loin des airs d’affichage et déclaration générale de haine, les cinéastes se livrent dans une immense disponibilité à l’appréhension des univers culturels différents de ces personnages. Au discours destructeur, construit en gros par les médias américains et leurs alliés, qui renie, expédie les Arabo-musulmans à la limite de la mise en danger d’eux-mêmes et des autres, les cinéastes proposent de faire répondre des tableaux, des indices d’une manière d’être de ces personnages, qui aide à comprendre comment ils fonctionnent, comment ils gèrent leur vie et celle des leurs. Ce faisant, ils tentent d’apporter une explication générale de leur présent, de la place qu’ils occupent, qu’on ne peut découvrir qu’avec ceux qui les incarnent.

Les personnages parlent comme ils ont fait leur chemin : à tâtons, ou par insistance têtue sur ce qui leur importe. C’est qu’en parlant, ils se lancent, prennent le risque d’affirmations ou de revendications imprévues. Ils savent s’occuper d’eux-mêmes et des leurs, faire des choix stratégiques de carrière. C’est de bien autre chose qu’il s’agit, et de bien plus profond : une recherche. Celle de concilier leur identité première, leurs cultures avec celle acquise dans leur société d’accueil. Les approximations ne leur font pas peur. On comprend que leurs tâtonnements font partie de leur manière d’expérimenter, de construire un rapport avec les autres.

Ossama Al-Demerdach, l’un des personnages du documentaire, activiste politique pour le droit des immigrés à l’intégration et à l’asile, dit que sa relation avec les autorités locales suggère une confrontation, une exigence qui ne vise pas le confort d’un ego mais la quête d’une place, d’une reconnaissance. Quant à Ossama Al-Sarraf, il affirme avoir laissé derrière lui une condition sous la tutelle de l’occupant dans la bande de Gaza, cherchant à tirer son rôle de son propre talent de chanteur-musicien. Il s’applique à parfaire ses notes au sein de la troupe Purusha de son université, en esquisse d’un horizon possible, en incarnation d’une utopie, d’un rêve libérateur.

 

Ni tort, ni raison

Au-delà, ou en deçà, il y a aussi des souvenirs, des colères avouées, des leçons apprises parfois durement. Ossama Al-Jundi, de souche tunisienne, a été retenu lors d’un voyage en Suisse, 8 heures à l’aéroport, pour vérification de l’authenticité de son passeport canadien. Ossama Al-Naggar, Egyptien d’origine, grand connaisseur d’opéra et de musique classique, et patron d’un magasin de CD, constate que ses clients deviennent réticents vis-à-vis de la connotation négative de son prénom. Il ne leur donne ni tort, ni raison, et comprend que leur attitude est influencée par le formatage de leur regard par les médias antinomiques aux Arabes. Il fait, cependant, la distinction entre l’islam politique et l’islam comme religion. « Tout être exposé à l’usurpation de sa vie et de sa terre devient enclin à l’agression et à la violence pour s’autodéfendre. Quel qu’il soit arabe, américain ou même canadien », explique-t-il. Sa formule, ainsi énoncée, résume la logique politique et psychosociale qui se joue dans la manière d’être terroriste. Des images de l’éradication par bulldozers et bombardements israéliens des maisons des Palestiniens, condamnés à la dissémination et la mort, et de leur humiliation aux barrages routiers par des soldats triomphants dans leurs blindés, alternent avec la voix off d’Al-Naggar pour corroborer sa thèse.

Et puis, il y a cette « conciliation des mondes » dont est capable d’accomplir Ossama Dorias, un étudiant à l’Université de Concordia, dont la famille a fui la dictature de Saddam, vingt ans plus tôt. Il participe aux activités sportives de ses camarades, et s’aménage, au moment de la prière, un espace pour la pratiquer en paix. Sa présence physique et sa disposition d’esprit le lancent sans cesse sur les chemins de l’harmonie avec le Canada, son pays d’accueil, et l’éloignent du retour en Iraq programmé par son père. D’autre part, Ossama Al-Jundi, instituteur à l’école religieuse Ibn Talib à Montréal, enseigne avec son frère à ses élèves comment adopter une conduite modérée, tolérante et ouverte sur autrui, conformément à l’essence de l’islam. Ils chantent en chœur « Je te dirai les meilleurs mots, les plus doux, dans la diversité des langues que tu comprends ». Ainsi, participent-ils à inventer une coexistence avec l’autre, qui donne toute sa puissance à la lumière.

Les cinéastes cadrent ces personnages dans des moments de fête, parfois des moments où leurs voix tremblent d’inquiétude pour l’avenir en raison de l’hostilité à laquelle les Arabes sont parfois confrontés. Ils croient que ce qu’ils font et ne font qu’en leur nom personnel engage aussi des idées, des rapports au monde. Et s’il faut appeler ça « la liberté », « la vie », « l’amour », ils le feront. Cela peut surprendre ceux qui cherchent à épingler les Arabes musulmans. Mais finalement ce sont ces portraits, ces approximations, que dresse le documentaire, qui peuvent dire quelque chose d’un peu juste, là où les mots s’arrêtent.

Amina Hassan

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Bin Laden en tête d’affiche

Un film égyptien sur le dirigeant du réseau d’Al-Qaëda et ce mouvement sera tourné en Egypte, début 2008. Un sujet qui ne manquera pas de susciter controverses et réactions passionnées.

Deux ans et demi de recherches ont été nécessaires pour élaborer le scénario du film égyptien Al-Qaëda, qui raconte une rencontre imaginaire entre l’activiste islamiste d’origine saoudienne Ossama bin Laden et un journaliste américain après les attentats du 11 septembre 2001.

Le film qui sera produit et réalisé par Adel Adib relate la vie d’Ossama bin Laden, à travers le regard d’un journaliste américain « qui essaie, en vain, d’entrer en contact avec Ossama bin Laden et son bras droit, Aymane Al-Zawahri, pour brosser leurs portraits, jusqu’à ce qu’ils le prennent en otage. Dans un moment de tête à tête, chacun va livrer sa version des faits et justifier ses convictions », dixit Adib.

Créé en 1987, avec à sa tête Adel Adib, le groupe Good News a décidé de s’investir dans le cinéma après s’être imposé dans la presse et les médias en Egypte. Et après avoir produit trois films, L’Immeuble Yacoubian, Halim et récemment Morgane Ahmad Morgane, le groupe s’est fixé un choix de sujets, qualifiés d’« épineux » par la presse et critique arabes.

Ainsi, il n’entend pas redorer l’image de Bin Laden, mais fournir des « éléments de compréhension ». Il a déjà entrepris une négociation avec l’un des acteurs américains éminents pour incarner l’ennemi n°1 des Etats-Unis. « Nous avions l’intention de confier ce rôle au feu Ahmad Zaki, qui s’y est déjà prédisposé avant son expiration. Depuis, Al Pacino nous est paru idéal pour l’incarner, aux côtés du comédien égyptien Mahmoud Abdel-Aziz, qui interprétera celui d’Aymane Al-Zawahri », avoue Adib. Il assure de même que John Malkovich, Robert de Niro et Morgan Freeman, tous trois sollicités pour le casting du film. Toutefois, Adib a préféré remettre le choix des comédiens égyptiens à la fin de l’année « lorsque les personnages seraient mieux définis dans le scénario ».

Il confie être à la recherche d’un financement international pour ce projet qui s’avère délicat. « Nous souhaitons trouver des partenaires qui ne soient pas de simples financeurs, mais aussi affublés d’un brin artistique et aventurier », précise-t-il. Actuellement, il lorgne du côté du Canada et de la France pour un partenariat fructueux.

« Notre quête fondamentale est d’appréhender l’Arabe dans sa proximité de mondes occidentaux, pour mieux approcher les univers et les problèmes de chacun. Il s’agit également d’exposer des faits, de montrer comment Bin Laden, un type relativement normal, qui devient une création de la CIA, se transforme en monstre, et se retourne contre son créateur », dit-il.

Selon lui, la coopération internationale accréditera l’impartialité du film. le tournage est prévu en 2008, lorsque la documentation sur la biographie de Bin Laden aura été terminée. Ce personnage vilipendé en Occident revêt une stature ambiguë dans le monde arabe et musulman. Il est héros aux yeux de certains et terroriste aux yeux d’autres. « On ne peut toutefois adopter l’un ou l’autre point de vue, car la vérité est une sorte de puzzle, qu’il convient de décrypter. De part et d’autre, le mal commis contre les autres a creusé son tracé », a déclaré Adib lors d’une rencontre avec la presse mondiale, pendant la dernière édition du Festival de Cannes.

Toutefois, ce n’est pas la première fois que le cinéma s’intéresse à présenter Bin Laden sur le grand écran. Le comédien Mister Bean vient de concrétiser le rôle du chef du réseau d’Al-Qaëda d’une manière assez ridicule dans un film qu’un grand nombre de comédiens américains ont refusé, de peur de la vindicte de Bin Laden. Par ailleurs, un nouveau volet de la série Rambo est en voie de préparation, où Sylvestre Stallone part à la recherche de Bin Laden et le vainc, bien sûr, afin d’apaiser les douleurs des spectateurs américains et flatter leur orgueil. Par ailleurs, le réalisateur hollywoodien Oliver Stone envisage la mise en chantier d’un nouveau projet après World Trade Center, sur le groupe d’Al-Qaëda désigné comme source du mal partout, à notre époque.

Le groupe Good News affirme encore une fois que l’objectif visé par son film est de renier le silence complice des mésactions commises de part et d’autre et de jeter les ponts de mutuelle compréhension pour mieux les conjurer.

Yasser Moheb

 




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