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Documentaire.
Being Osama, projeté dernièrement à l’ambassade du Canada,
fut loué par l’assistance pour son effort à dissiper l’image
négative des Arabes après les attentats du 11 septembre
2001.
Concilier les mondes
Osama
Chalabi, un Canadien, originaire de Gaza, accorde ses
instruments avant un concert. C’est le premier plan. Puis le
documentaire canadien enchaîne sur l’effondrement des tours
du World Trade Center, le 11 septembre 2001. Une main balaie
des débris de verre et de glace, pour signifier qu’un ordre,
une image ont été altérés. A partir de là les deux
cinéastes, Tim Schwab et Mahmoud Kaabour, qui ont cosigné
Being Osama (mon nom est Osama, 2004), explorent la vie
intime de six Montréalais arabes, d’appartenances sociales
et ethniques différentes, mais qui partagent le même prénom,
Osama. Ils subissent un rejet de ce fait, car ils
ressuscitent dans la mémoire de leurs concitoyens le
souvenir désastreux des attentats commandés par Ossama bin
Laden, en septembre 2001.
Loin des airs d’affichage et déclaration générale de haine,
les cinéastes se livrent dans une immense disponibilité à
l’appréhension des univers culturels différents de ces
personnages. Au discours destructeur, construit en gros par
les médias américains et leurs alliés, qui renie, expédie
les Arabo-musulmans à la limite de la mise en danger
d’eux-mêmes et des autres, les cinéastes proposent de faire
répondre des tableaux, des indices d’une manière d’être de
ces personnages, qui aide à comprendre comment ils
fonctionnent, comment ils gèrent leur vie et celle des
leurs. Ce faisant, ils tentent d’apporter une explication
générale de leur présent, de la place qu’ils occupent, qu’on
ne peut découvrir qu’avec ceux qui les incarnent.
Les personnages parlent comme ils ont fait leur chemin : à
tâtons, ou par insistance têtue sur ce qui leur importe.
C’est qu’en parlant, ils se lancent, prennent le risque
d’affirmations ou de revendications imprévues. Ils savent
s’occuper d’eux-mêmes et des leurs, faire des choix
stratégiques de carrière. C’est de bien autre chose qu’il
s’agit, et de bien plus profond : une recherche. Celle de
concilier leur identité première, leurs cultures avec celle
acquise dans leur société d’accueil. Les approximations ne
leur font pas peur. On comprend que leurs tâtonnements font
partie de leur manière d’expérimenter, de construire un
rapport avec les autres.
Ossama Al-Demerdach, l’un des personnages du documentaire,
activiste politique pour le droit des immigrés à
l’intégration et à l’asile, dit que sa relation avec les
autorités locales suggère une confrontation, une exigence
qui ne vise pas le confort d’un ego mais la quête d’une
place, d’une reconnaissance. Quant à Ossama Al-Sarraf, il
affirme avoir laissé derrière lui une condition sous la
tutelle de l’occupant dans la bande de Gaza, cherchant à
tirer son rôle de son propre talent de chanteur-musicien. Il
s’applique à parfaire ses notes au sein de la troupe Purusha
de son université, en esquisse d’un horizon possible, en
incarnation d’une utopie, d’un rêve libérateur.
Ni tort, ni raison
Au-delà, ou en deçà, il y a aussi des souvenirs, des colères
avouées, des leçons apprises parfois durement. Ossama
Al-Jundi, de souche tunisienne, a été retenu lors d’un
voyage en Suisse, 8 heures à l’aéroport, pour vérification
de l’authenticité de son passeport canadien. Ossama
Al-Naggar, Egyptien d’origine, grand connaisseur d’opéra et
de musique classique, et patron d’un magasin de CD, constate
que ses clients deviennent réticents vis-à-vis de la
connotation négative de son prénom. Il ne leur donne ni
tort, ni raison, et comprend que leur attitude est
influencée par le formatage de leur regard par les médias
antinomiques aux Arabes. Il fait, cependant, la distinction
entre l’islam politique et l’islam comme religion. « Tout
être exposé à l’usurpation de sa vie et de sa terre devient
enclin à l’agression et à la violence pour s’autodéfendre.
Quel qu’il soit arabe, américain ou même canadien »,
explique-t-il. Sa formule, ainsi énoncée, résume la logique
politique et psychosociale qui se joue dans la manière
d’être terroriste. Des images de l’éradication par
bulldozers et bombardements israéliens des maisons des
Palestiniens, condamnés à la dissémination et la mort, et de
leur humiliation aux barrages routiers par des soldats
triomphants dans leurs blindés, alternent avec la voix off
d’Al-Naggar pour corroborer sa thèse.
Et puis, il y a cette « conciliation des mondes » dont est
capable d’accomplir Ossama Dorias, un étudiant à
l’Université de Concordia, dont la famille a fui la
dictature de Saddam, vingt ans plus tôt. Il participe aux
activités sportives de ses camarades, et s’aménage, au
moment de la prière, un espace pour la pratiquer en paix. Sa
présence physique et sa disposition d’esprit le lancent sans
cesse sur les chemins de l’harmonie avec le Canada, son pays
d’accueil, et l’éloignent du retour en Iraq programmé par
son père. D’autre part, Ossama Al-Jundi, instituteur à
l’école religieuse Ibn Talib à Montréal, enseigne avec son
frère à ses élèves comment adopter une conduite modérée,
tolérante et ouverte sur autrui, conformément à l’essence de
l’islam. Ils chantent en chœur « Je te dirai les meilleurs
mots, les plus doux, dans la diversité des langues que tu
comprends ». Ainsi, participent-ils à inventer une
coexistence avec l’autre, qui donne toute sa puissance à la
lumière.
Les cinéastes cadrent ces personnages dans des moments de
fête, parfois des moments où leurs voix tremblent
d’inquiétude pour l’avenir en raison de l’hostilité à
laquelle les Arabes sont parfois confrontés. Ils croient que
ce qu’ils font et ne font qu’en leur nom personnel engage
aussi des idées, des rapports au monde. Et s’il faut appeler
ça « la liberté », « la vie », « l’amour », ils le feront.
Cela peut surprendre ceux qui cherchent à épingler les
Arabes musulmans. Mais finalement ce sont ces portraits, ces
approximations, que dresse le documentaire, qui peuvent dire
quelque chose d’un peu juste, là où les mots s’arrêtent.
Amina
Hassan
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Bin
Laden en tête d’affiche |
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Un film égyptien sur le dirigeant du réseau d’Al-Qaëda
et ce mouvement sera tourné en Egypte, début 2008. Un sujet
qui ne manquera pas de susciter controverses et réactions
passionnées.
Deux ans et demi de recherches ont été nécessaires pour
élaborer le scénario du film égyptien
Al-Qaëda, qui raconte une rencontre imaginaire entre
l’activiste islamiste d’origine saoudienne
Ossama bin
Laden et un journaliste américain après les attentats du 11
septembre 2001.
Le film qui sera produit et réalisé par
Adel Adib relate la vie
d’Ossama
bin Laden, à travers le regard d’un journaliste
américain « qui essaie, en vain, d’entrer en contact avec
Ossama bin
Laden et son bras droit, Aymane
Al-Zawahri, pour brosser leurs
portraits, jusqu’à ce qu’ils le prennent en otage. Dans un
moment de tête à tête, chacun va livrer sa version des faits
et justifier ses convictions », dixit
Adib.
Créé en 1987, avec à sa tête Adel
Adib, le groupe
Good News a décidé de s’investir
dans le cinéma après s’être imposé dans la presse et les
médias en Egypte. Et après avoir produit trois films,
L’Immeuble Yacoubian,
Halim et récemment Morgane Ahmad
Morgane, le groupe s’est fixé un choix de sujets, qualifiés
d’« épineux » par la presse et critique arabes.
Ainsi, il n’entend pas redorer l’image de
Bin Laden, mais fournir des «
éléments de compréhension ». Il a déjà entrepris une
négociation avec l’un des acteurs américains éminents pour
incarner l’ennemi n°1 des Etats-Unis. « Nous avions
l’intention de confier ce rôle au feu Ahmad
Zaki, qui s’y est déjà
prédisposé avant son expiration. Depuis, Al Pacino nous est
paru idéal pour l’incarner, aux côtés du comédien égyptien
Mahmoud Abdel-Aziz, qui
interprétera celui d’Aymane
Al-Zawahri », avoue
Adib. Il assure de même que John
Malkovich, Robert de
Niro et Morgan
Freeman, tous trois sollicités
pour le casting du film. Toutefois,
Adib a préféré remettre le choix des comédiens
égyptiens à la fin de l’année « lorsque les personnages
seraient mieux définis dans le scénario ».
Il confie être à la recherche d’un financement international
pour ce projet qui s’avère délicat. « Nous souhaitons
trouver des partenaires qui ne soient pas de simples
financeurs, mais aussi affublés d’un brin artistique et
aventurier », précise-t-il. Actuellement, il lorgne du côté
du Canada et de la France pour un partenariat fructueux.
« Notre quête fondamentale est d’appréhender l’Arabe dans sa
proximité de mondes occidentaux, pour mieux approcher les
univers et les problèmes de chacun. Il s’agit également
d’exposer des faits, de montrer comment
Bin Laden, un type relativement normal, qui devient
une création de la CIA, se transforme en monstre, et se
retourne contre son créateur », dit-il.
Selon lui, la coopération internationale accréditera
l’impartialité du film. le
tournage est prévu en 2008, lorsque la documentation sur la
biographie de Bin Laden aura été
terminée. Ce personnage vilipendé en Occident revêt une
stature ambiguë dans le monde arabe et musulman. Il est
héros aux yeux de certains et terroriste aux yeux d’autres.
« On ne peut toutefois adopter l’un ou l’autre point de vue,
car la vérité est une sorte de puzzle, qu’il convient de
décrypter. De part et d’autre, le mal commis contre les
autres a creusé son tracé », a déclaré
Adib lors d’une rencontre avec la presse mondiale,
pendant la dernière édition du Festival de Cannes.
Toutefois, ce n’est pas la première fois que le cinéma
s’intéresse à présenter Bin
Laden sur le grand écran. Le comédien
Mister Bean vient de
concrétiser le rôle du chef du réseau d’Al-Qaëda
d’une manière assez ridicule dans un film qu’un grand nombre
de comédiens américains ont refusé, de peur de la vindicte
de Bin Laden. Par ailleurs, un
nouveau volet de la série Rambo est en voie de préparation,
où Sylvestre Stallone part à la
recherche de Bin Laden et le
vainc, bien sûr, afin d’apaiser les douleurs des spectateurs
américains et flatter leur orgueil. Par ailleurs, le
réalisateur hollywoodien Oliver Stone envisage la mise en
chantier d’un nouveau projet après World
Trade
Center, sur le groupe d’Al-Qaëda
désigné comme source du mal partout, à notre époque.
Le groupe Good News affirme
encore une fois que l’objectif visé par son film est de
renier le silence complice des
mésactions commises de part et d’autre et de jeter
les ponts de mutuelle compréhension pour mieux les conjurer.
Yasser
Moheb
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