Célébration.
Le Palais des arts de l’Opéra du Caire fête le jubilé d’or
de la faculté des beaux-arts de l’Université d’Alexandrie
avec son exposition « Un demi-siècle de créativité ».
Hommage à 50 ans d’art
1957
est une date importante dans le secteur de l’art en Egypte
puisqu’elle marque, sous la férule d’Ahmad Osmane, la
naissance de la faculté des beaux-arts de l’Université
d’Alexandrie. Le 8 juillet, le Palais des arts de l’Opéra du
Caire a célébré l’anniversaire de cette prestigieuse
institution en mettant sur place l’exposition « 50 ans de
créativité ». De grands noms s’y sont retrouvés pour
l’occasion, comme l’artiste et ministre de la Culture,
Farouk Hosni, le gouverneur d’Alexandrie Adel Labib, le
ministre de l’Enseignement et de la Recherche scientifique
le Dr Hani Hilal ... Ce jubilé d’or fait partie pour le pays
de l’un des événements culturels les plus importants de
l’année, étant donné qu’Alexandrie est le lieu générateur de
la chanson patriotique de Sayed Darwich, et la ville natale
de grands nombres d’artistes tels que Mohamad Nagui, les
frères Wanly, Mahmoud Moussa et bien d’autres. Alexandrie,
comme le rappelle si bien Farouk Hosni, « fut un lieu de
l’éclosion de l’art et de la culture et un lieu phare pour
les pays de la Méditerranée ».
Investissant trois locaux superposés au petit Palais des
arts, l’exposition regroupe au total les œuvres de 228
artistes de toutes les époques, tels que Farouk Wahba
Al-Guébali, Moustapha Abdel-Moeti, Darwich Al-Nabarawi,
Yousri Al-Mamlouk, Ingy Al-Gohari, Abdel-Hadi Al-Gazzar,
Ingy Youssef Qadri ... Tous sont divisés en six générations
: « 1960, 1970, 1980, 1990, Les Exquis puis la Génération du
Millénium ». Les cinq départements d’art de la faculté
éponyme y sont exposés, travaillant l’agencement de la
peinture, la sculpture, la décoration, l’architecture, et du
design.
Sous le parrainage du Dr Mohamad Chaker, directeur de la
faculté depuis 2006, la cérémonie fut lancée avec cinq
expositions représentant les cinq décennies à Alexandrie, et
quatre expositions à propos de l’histoire de la faculté,
représentée par 78 peintures. Ainsi 560 pièces d’art créées
par les élèves de la faculté reproduisent-elles l’histoire
de son cinquantenaire.
Un concours fut aussi organisé pour sélectionner les
meilleurs plans d’architecture qui configurent les nouveaux
locaux de la faculté dans la région de Maamoura.
Simultanément des ateliers des projets mineurs conçus par
les étudiants de la classe de 2005/2006 se sont fait
remarquer.
Pour graver un tel événement dans les mémoires, Mahmoud
Ibrahim, un étudiant de la faculté, a tourné un documentaire
s’y rapportant, diffusé sur un écran géant à l’exposition.
Parallèlement à celle-ci, un symposium culturel, intitulé «
L’art visuel entre le constant et le fluide », s’est taillé
une place notoire avec 84 études couvrant essentiellement le
nouveau média et son rôle à former l’art moderne, l’art et
l’architecture et les dimensions de la transformation, ainsi
que l’héritage entre la globalisation et l’identité.
Lors
d’un des colloques correspondants, « Vue critique des
beaux-arts », Ahmad Fouad Sélim, Samir Farid et le Dr
Moustapha Al-Razzaz nous ont fait partager leurs avis et
expériences sur l’art et Alexandrie. Tous trois s’immergent
nostalgiquement dans leurs souvenirs de la ville
d’Alexandrie. D’après le peintre Fouad Sélim, bien que
construite après celle du Caire, la faculté d’art de la
ville lui a emboîté le pas et l’a devancée à bien des égards
: « Grâce à son cosmopolitisme, l’art que l’on retrouvait à
Alexandrie était beaucoup plus avant-gardiste qu’au Caire.
Les styles s’y mélangeaient avec plus de fluidité, dans
l’exaltation d’une diversité caractéristique », dit-il.
Toutefois, le peintre Al-Razzaz déplore une certaine
difficulté à réunir des photos d’archives enregistrant
l’historique et l’évolution de la faculté. « Il n’y a rien
qui retrace vraiment les moments mémorables des années
précédentes en images. Les archives sont inexistantes, les
personnes responsables ne se sont jamais appliquées à mieux
conserver les documents et les images de l’édifice ». Cette
faille est d’ailleurs perceptible dans le livre de
commémoration de l’événement. Ce livre fut édité grâce au
financement de l’architecte saoudien, Mohamad Saïd Farès,
ancien gouverneur de Jeddah , passionné d’Alexandrie.
Influence positive
Au plan national, la faculté a eu une influence positive
dans tous les domaines de l’art grâce à la créativité et
l’ambition de ses étudiants et de son personnel. Elle a su
atteindre une éminente position parmi ses pairs en Egypte,
dans le monde arabe, ainsi que dans les zones de la
Méditerranée. Le critique Samir Farid a insisté, lors de son
discours sur la beauté de la ville d’Alexandrie, sur le
principe de l’inspiration prolifique de tous les artistes de
cette époque. « Le soleil, les vagues et la mer
transportaient chacun des peintres dans un monde à part, où
sa créativité abondante devient sans limites. Sans toutefois
oublier de contourner quelques tabous religieux par des
subterfuges », souligne-t-il. N’en demeure pas moins que la
faculté d’art d’Alexandrie a su, tout au long de ses 50 ans
d’existence, conférer à cette ville illustre l’aspect
irrésistible d’une pièce d’art et d’architecture unique en
elle-même.
Comme on dit un événement en appelle un autre et ce sera au
tour de la faculté des beaux-arts du Caire de fêter son
jubilé en 2008. Espérons que cette occasion prendra une
dimension internationale, pour porter à un haut degré
l’extase des artistes égyptiens de tout le territoire, qui
côte à côte pourront voir leurs œuvres admirées et
consacrées.
Natayla Teymour