Al-Ahram Hebdo, Afrique | Nouveau bras de fer avec l’Erythrée
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Afrique

Somalie. L’Onu vient de publier un rapport accusant l’Erythrée d’être le principal fournisseur d’armes aux insurgés islamiques somaliens. Un problème de plus qui s’ajoute à la crise dans ce pays.

Nouveau bras de fer avec l’Erythrée

La question somalienne s’aggrave d’un jour à l’autre. Alors que les violences quasi quotidiennes ont été à l’origine de la suspension à plusieurs reprises de la conférence de réconciliation nationale dont les travaux ont débuté le 15 juillet, un nouveau problème avec l’Erythrée voisine est venu s’ajouter à la crise. « L’Erythrée était la principale source clandestine et canal d’approvisionnement d’armes aux insurgés somaliens qui combattent les troupes gouvernementales soutenues par les Ethiopiens ». C’est ce qu’a souligné un rapport rédigé par une commission d’experts indépendants chargée de faire respecter l’embargo imposé par l’Onu il y a 15 ans. Ces accusations ont été démenties par l’Erythrée qui a qualifié de « gros mensonge » le rapport onusien. « Ces allégations ne sont pas nouvelles et nous savons d’où elles viennent. L’Onu agit comme un mégaphone des Etats-Unis », a réagi le ministre érythréen de l’Information, Ali Abdu. « Ces accusations sont destinées à fabriquer un prétexte pour l’invasion éthiopienne et américaine en Somalie, et le massacre du peuple somalien », a-t-il lancé, accusant les Etats-Unis de « vouloir masquer l’échec de leur politique en Somalie et dans la région ».

Le rapport accuse en fait toutes les parties du conflit. Il a également accusé l’Ethiopie d’avoir utilisé au moins une fois des bombes au phosphore pour lutter contre les islamistes en Somalie.

Selon les experts qui ont rédigé le rapport, il ne s’agirait pas d’un acte isolé. Le rapport dénonce également des bombardements américains contre des bases supposées d’Al-Qaëda en Somalie en janvier et début juin. Washington a admis avoir mené des raids, évoquant la légitime défense. Les auteurs du rapport, destiné au Conseil de sécurité de l’Onu, indiquent avoir « observé une nette implication » du gouvernement érythréen à violer l’embargo sur les armes et ont conclu qu’Asmara « a tenté délibérément de cacher ses activités et de tromper la communauté internationale sur son rôle ».

Réagissant à ce rapport, le premier ministre somalien, Ali Mohamed Gedi, a estimé que ces accusations n’étaient pas nouvelles. « L’Erythrée fournit des armes (aux insurgés) depuis longtemps maintenant », a-t-il dit.

En novembre 2006, un groupe d’experts de l’Onu avait appelé dans un rapport à renforcer l’embargo sur les armes imposé à la Somalie par une surveillance accrue de ses côtes et de ses frontières afin d’éviter une guerre civile totale dans le pays.

Selon le même rapport, les islamistes recevaient des armes ou une aide militaire de Djibouti, d’Erythrée, d’Iran, de Libye, d’Arabie saoudite, de Syrie et de la milice chiite libanaise Hezbollah. De son coté, le gouvernement somalien recevait l’appui militaire de l’Ethiopie, de l’Ouganda et du Yémen.

En effet, la capitale somalienne Mogadiscio est le théâtre d’attaques meurtrières depuis la débâcle, il y a 7 mois, des tribunaux islamiques, qui ont perdu les régions qu’ils contrôlaient depuis la mi-2006. Ces islamistes, qui ont été renversés fin décembre 2006-début janvier par les forces gouvernementales, appuyées par l’armée éthiopienne, sont les principaux opposants au gouvernement somalien. Le numéro 2 des tribunaux islamiques, Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, et l’ancien président du Parlement somalien, Sharif Hassan Sheikh Aden, se trouvent à Asmara depuis des semaines, avec 42 parlementaires somaliens opposés au gouvernement somalien. La majorité de ces parlementaires ont été exclus le 17 avril du Parlement somalien en raison de leur hostilité à l’intervention éthiopienne et ont trouvé refuge en Erythrée.

L’Erythrée, qui entretient des relations extrêmement tendues avec l’Ethiopie depuis qu’une guerre frontalière a opposé les deux pays voisins de 1998 à 2000, a apporté son soutien aux dirigeants des tribunaux islamiques. Asmara est hostile à toute présence militaire étrangère en Somalie, y compris la force de paix de l’Union africaine (Amisom) qui a commencé à se déployer début mars à Mogadiscio.

Une force de paix de l’Union Africaine (UA) est déployée depuis mars 2007 à Mogadiscio, la capitale somalienne, mais elle est en sous-effectifs (1 500 hommes) et sous-financée. L’UA souhaite que l’Onu prenne le relais de cette force (Amisom) à la fin de son mandat, qui expire à la fin de l’année. Les Nations-Unies ne se sont pas encore prononcées sur le sujet. Elles sont déjà intervenues en Somalie, au début des années 1990, mais elles en gardent un douloureux souvenir : les opérations s’étaient soldées par un fiasco avec la mort de 151 Casques bleus.

M. S.

 

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