Somalie.
L’Onu vient de publier un rapport accusant l’Erythrée d’être
le principal fournisseur d’armes aux insurgés islamiques
somaliens. Un problème de plus qui s’ajoute à la crise dans
ce pays.
Nouveau bras de fer avec l’Erythrée
La question somalienne s’aggrave d’un jour à l’autre. Alors
que les violences quasi quotidiennes ont été à l’origine de
la suspension à plusieurs reprises de la conférence de
réconciliation nationale dont les travaux ont débuté le 15
juillet, un nouveau problème avec l’Erythrée voisine est
venu s’ajouter à la crise. « L’Erythrée était la principale
source clandestine et canal d’approvisionnement d’armes aux
insurgés somaliens qui combattent les troupes
gouvernementales soutenues par les Ethiopiens ». C’est ce
qu’a souligné un rapport rédigé par une commission d’experts
indépendants chargée de faire respecter l’embargo imposé par
l’Onu il y a 15 ans. Ces accusations ont été démenties par
l’Erythrée qui a qualifié de « gros mensonge » le rapport
onusien. « Ces allégations ne sont pas nouvelles et nous
savons d’où elles viennent. L’Onu agit comme un mégaphone
des Etats-Unis », a réagi le ministre érythréen de
l’Information, Ali Abdu. « Ces
accusations sont destinées à fabriquer un prétexte pour
l’invasion éthiopienne et américaine en Somalie, et le
massacre du peuple somalien », a-t-il lancé, accusant les
Etats-Unis de « vouloir masquer l’échec de leur politique en
Somalie et dans la région ».
Le rapport accuse en fait toutes les parties du conflit. Il
a également accusé l’Ethiopie d’avoir utilisé au moins une
fois des bombes au phosphore pour lutter contre les
islamistes en Somalie.
Selon les experts qui ont rédigé le rapport, il ne s’agirait
pas d’un acte isolé. Le rapport dénonce également des
bombardements américains contre des bases supposées d’Al-Qaëda
en Somalie en janvier et début juin. Washington a admis
avoir mené des raids, évoquant la légitime défense. Les
auteurs du rapport, destiné au Conseil de sécurité de l’Onu,
indiquent avoir « observé une nette implication » du
gouvernement érythréen à violer l’embargo sur les
armes et ont conclu qu’Asmara « a
tenté délibérément de cacher ses activités et de tromper la
communauté internationale sur son rôle ».
Réagissant à ce rapport, le premier ministre somalien, Ali
Mohamed Gedi, a estimé que ces
accusations n’étaient pas nouvelles. « L’Erythrée fournit
des armes (aux insurgés) depuis longtemps maintenant »,
a-t-il dit.
En novembre 2006, un groupe d’experts de l’Onu avait appelé
dans un rapport à renforcer l’embargo sur les armes imposé à
la Somalie par une surveillance accrue de ses côtes et de
ses frontières afin d’éviter une guerre civile totale dans
le pays.
Selon le même rapport, les islamistes recevaient des armes
ou une aide militaire de Djibouti, d’Erythrée, d’Iran, de
Libye, d’Arabie saoudite, de Syrie et de la milice chiite
libanaise Hezbollah. De son coté, le gouvernement somalien
recevait l’appui militaire de l’Ethiopie, de l’Ouganda et du
Yémen.
En effet, la capitale somalienne Mogadiscio est le théâtre
d’attaques meurtrières depuis la débâcle, il y a 7 mois, des
tribunaux islamiques, qui ont perdu les régions qu’ils
contrôlaient depuis la mi-2006. Ces islamistes, qui ont été
renversés fin décembre 2006-début janvier par les forces
gouvernementales, appuyées par l’armée éthiopienne, sont les
principaux opposants au gouvernement somalien. Le numéro 2
des tribunaux islamiques, Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, et
l’ancien président du Parlement somalien, Sharif Hassan
Sheikh Aden, se trouvent à
Asmara depuis des semaines, avec 42 parlementaires somaliens
opposés au gouvernement somalien. La majorité de ces
parlementaires ont été exclus le 17 avril du Parlement
somalien en raison de leur hostilité à l’intervention
éthiopienne et ont trouvé refuge en Erythrée.
L’Erythrée, qui entretient des relations extrêmement tendues
avec l’Ethiopie depuis qu’une guerre frontalière a opposé
les deux pays voisins de 1998 à 2000, a apporté son soutien
aux dirigeants des tribunaux islamiques. Asmara est hostile
à toute présence militaire étrangère en Somalie, y compris
la force de paix de l’Union africaine (Amisom)
qui a commencé à se déployer début mars à Mogadiscio.
Une force de paix de l’Union Africaine (UA) est déployée
depuis mars 2007 à Mogadiscio, la capitale somalienne, mais
elle est en sous-effectifs (1 500 hommes) et
sous-financée. L’UA souhaite que
l’Onu prenne le relais de cette force (Amisom)
à la fin de son mandat, qui expire à la fin de l’année. Les
Nations-Unies ne se sont pas
encore prononcées sur le sujet. Elles sont déjà intervenues
en Somalie, au début des années 1990, mais elles en gardent
un douloureux souvenir : les opérations s’étaient soldées
par un fiasco avec la mort de 151 Casques bleus.
M. S.