Al-Ahram Hebdo, Afrique | Un lourd héritage
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Afrique

France-Afrique . Pour son premier déplacement au sud du Sahara, le président Nicolas Sarkozy a difficilement concilié, de Dakar à Libreville, sa volonté de rupture avec la « Françafrique » et le lien privilégié qui unit la France à ses anciennes colonies.

Un lourd héritage

La diplomatie française du nouveau président Nicolas Sarkozy s’annonce active. Son élection avait suscité de nombreuses interrogations sur la politique française en Afrique de l’après-Chirac. M. Sarkozy, qui a succédé, le 16 mai dernier, à « Chirac l’Africain », a voulu donc exposer sa vision d’un partenariat renouvelé entre la France et l’Afrique. Cette semaine, le président français a effectué une tournée en Afrique.

Une tournée considérée comme une visite-clé dans les relations franco-africaines d’une part et les relations entre l’Union Européenne (UE) et l’Union Africaine (UA), d’autre part. « Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique », a déclaré Nicolas Sarkozy. « Avant le sommet de Lisbonne, nous voudrions prendre une initiative ensemble », a ajouté M. Sarkozy, en faisant référence au sommet de Lisbonne qui doit réunir en octobre prochain les 27 de l’UE et les pays africains.

Mais pour Paris, il s’agit avant tout de renforcer la présence politique française en Afrique afin d’affronter l’ingérence politique des Etats-Unis dans le Continent noir, comme le souligne le Dr Abdallah Abdel-Razaq, analyste au Centre des études africaines au Caire.

Après une étape en Libye, M. Sarkozy a effectué une visite au Sénégal et au Gabon, deux pays emblématiques de l’ancien pré-carré français en Afrique. Dans ces deux pays, il a proposé un nouveau partenariat entre l’Europe et l’Afrique et appelé les Africains à tourner la page de la colonisation pour relever les défis de la modernité, et à s’engager dans la voie de la bonne gouvernance. Mais le président français a pu mesurer la difficulté de l’exercice en suscitant les critiques contradictoires de nombreux Africains : certains attendaient une rupture plus marquée alors que, à l’inverse, d’autres dénonçaient « la leçon » faite aux Africains. Une contradiction assumée par M. Sarkozy qui a revendiqué le fait de tenir le même langage de « vérité » à Paris et sur le sol africain, en particulier sur l’immigration. Ainsi, la tournée de M. Sarkozy n’a pas été vue d’un très bon œil par un certain nombre de responsables africains, avec à leur tête Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’UA, qui a réagi au rejet de toute repentance affichée par Nicolas Sarkozy au sujet de la colonisation. « Je suis certain que le président souhaite la rupture (...). Je pense que pour l’aider dans la rupture, il a besoin de mieux connaître l’Afrique et nous sommes prêts dans ces échanges avec lui », a dit Konaré.

Initiatives communes

Le président français a aussi indiqué qu’il pourrait prendre une initiative commune avec le président sénégalais Abdoulaye Wade sur son idée d’« Eurafrique ». « Nous allons prendre des initiatives communes, le président du Sénégal et moi, peut-être même signer un papier prochainement », a-t-il dit. Toutefois, en choisissant pour ce premier déplacement le Sénégal et le Gabon, deux pays où l’influence politique, économique et militaire — avec deux importantes bases — de la France est toujours très forte, il a inscrit ses pas dans ceux des précédents présidents français. « Le Sénégal est considéré souvent comme la capitale de la francophonie en Afrique. Le Gabon a acquis son importance en raison de ses richesses, surtout le pétrole. Deuxième raison : c’est son président Alpha Oumar Konaré », explique le Dr Helmi Chaarawi. En effet, le choix des étapes de ce premier voyage de M. Sarkozy en Afrique fut un véritable casse-tête en France, alimentant une querelle entre les « Anciens » et les « Modernes ». Les premiers ont plaidé pour le respect des liens traditionnels, les seconds pour une étape au Ghana ou en Afrique du Sud, deux pays anglophones, ou en République démocratique du Congo, soutenue à bout de bras par l’UE. Ils n’ont pas eu gain de cause.

Quant à Sarkozy, il a plusieurs fois justifié ce choix devant la presse, affirmant que le Sénégal était « incontournable » et que, même le Gabon, où le président Omar Bongo Ondimba, doyen des chefs d’Etat africains, est au pouvoir depuis 1967. Le Gabon est l’« ami fidèle de la France » depuis 40 ans. « Le Gabon est depuis 1967 un partenaire privilégié de la France, au-delà de toutes les alternances en France », a déclaré le président Sarkozy. Mais il a aussi promis de revenir en Afrique, avant la fin de l’année, pour une tournée plus longue, avec l’Afrique du Sud au programme.

Maha Salem

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