France-Afrique .
Pour son premier déplacement au sud du Sahara, le président
Nicolas Sarkozy a difficilement concilié, de Dakar à
Libreville, sa volonté de rupture avec la « Françafrique »
et le lien privilégié qui unit la France à ses anciennes
colonies.
Un lourd héritage
La
diplomatie française du nouveau président Nicolas Sarkozy
s’annonce active. Son élection avait suscité de nombreuses
interrogations sur la politique française en Afrique de l’après-Chirac.
M. Sarkozy, qui a succédé, le 16 mai dernier, à « Chirac
l’Africain », a voulu donc exposer sa vision d’un
partenariat renouvelé entre la France et l’Afrique. Cette
semaine, le président français a effectué une tournée en
Afrique.
Une tournée considérée comme une visite-clé dans les
relations franco-africaines d’une part et les relations
entre l’Union Européenne (UE) et l’Union Africaine (UA),
d’autre part. « Ce que veut faire la France avec l’Afrique,
c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin
commun qui attend l’Europe et l’Afrique », a déclaré Nicolas
Sarkozy. « Avant le sommet de Lisbonne, nous voudrions
prendre une initiative ensemble », a ajouté M. Sarkozy, en
faisant référence au sommet de Lisbonne qui doit réunir en
octobre prochain les 27 de l’UE et les pays africains.
Mais pour Paris, il s’agit avant tout de renforcer la
présence politique française en Afrique afin d’affronter
l’ingérence politique des Etats-Unis dans le Continent noir,
comme le souligne le Dr Abdallah Abdel-Razaq, analyste au
Centre des études africaines au Caire.
Après une étape en Libye, M. Sarkozy a effectué une visite
au Sénégal et au Gabon, deux pays emblématiques de l’ancien
pré-carré français en Afrique. Dans ces deux pays, il a
proposé un nouveau partenariat entre l’Europe et l’Afrique
et appelé les Africains à tourner la page de la colonisation
pour relever les défis de la modernité, et à s’engager dans
la voie de la bonne gouvernance. Mais le président français
a pu mesurer la difficulté de l’exercice en suscitant les
critiques contradictoires de nombreux Africains : certains
attendaient une rupture plus marquée alors que, à l’inverse,
d’autres dénonçaient « la leçon » faite aux Africains. Une
contradiction assumée par M. Sarkozy qui a revendiqué le
fait de tenir le même langage de « vérité » à Paris et sur
le sol africain, en particulier sur l’immigration. Ainsi, la
tournée de M. Sarkozy n’a pas été vue d’un très bon œil par
un certain nombre de responsables africains, avec à leur
tête Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’UA,
qui a réagi au rejet de toute repentance affichée par
Nicolas Sarkozy au sujet de la colonisation. « Je suis
certain que le président souhaite la rupture (...). Je pense
que pour l’aider dans la rupture, il a besoin de mieux
connaître l’Afrique et nous sommes prêts dans ces échanges
avec lui », a dit Konaré.
Initiatives communes
Le président français a aussi indiqué qu’il pourrait prendre
une initiative commune avec le président sénégalais
Abdoulaye Wade sur son idée d’« Eurafrique ». « Nous allons
prendre des initiatives communes, le président du Sénégal et
moi, peut-être même signer un papier prochainement », a-t-il
dit. Toutefois, en choisissant pour ce premier déplacement
le Sénégal et le Gabon, deux pays où l’influence politique,
économique et militaire — avec deux importantes bases — de
la France est toujours très forte, il a inscrit ses pas dans
ceux des précédents présidents français. « Le Sénégal est
considéré souvent comme la capitale de la francophonie en
Afrique. Le Gabon a acquis son importance en raison de ses
richesses, surtout le pétrole. Deuxième raison : c’est son
président Alpha Oumar Konaré », explique le Dr Helmi
Chaarawi. En effet, le choix des étapes de ce premier voyage
de M. Sarkozy en Afrique fut un véritable casse-tête en
France, alimentant une querelle entre les « Anciens » et les
« Modernes ». Les premiers ont plaidé pour le respect des
liens traditionnels, les seconds pour une étape au Ghana ou
en Afrique du Sud, deux pays anglophones, ou en République
démocratique du Congo, soutenue à bout de bras par l’UE. Ils
n’ont pas eu gain de cause.
Quant à Sarkozy, il a plusieurs fois justifié ce choix
devant la presse, affirmant que le Sénégal était «
incontournable » et que, même le Gabon, où le président Omar
Bongo Ondimba, doyen des chefs d’Etat africains, est au
pouvoir depuis 1967. Le Gabon est l’« ami fidèle de la
France » depuis 40 ans. « Le Gabon est depuis 1967 un
partenaire privilégié de la France, au-delà de toutes les
alternances en France », a déclaré le président Sarkozy.
Mais il a aussi promis de revenir en Afrique, avant la fin
de l’année, pour une tournée plus longue, avec l’Afrique du
Sud au programme.
Maha
Salem