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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Voyages

Tourisme religieux . Les passionnés de omra, petit pèlerinage de La Mecque, se heurtent à des conditions draconiennes imposées par l’Arabie saoudite. Les agences de voyages se rebiffent. Etat des lieux.

 

Une fidélité égyptienne à toute épreuve

Le départ des fidèles égyptiens pour la omra ou le petit pèlerinage de La Mecque sera-t-il annulé cette année ? Une question qui a dernièrement fait écho après les nouvelles mesures annoncées il y a quelques jours par le ministère saoudien concerné. Celui-ci vient de décréter des réglementations sur toutes les agences de voyages afin de mieux organiser les formalités de cette tradition religieuse. Pour de nombreux, il s’agit plutôt de restrictions rigoureuses et injustes. Le ministère égyptien du Tourisme s’est fortement opposé à ces directives,  mais la partie saoudienne fait la sourde oreille. Les négociations sur le plan diplomatique n’ont pas donné de résultats. Ainsi, les agences de voyages ont-elles décidé de boycotter la omra. Pour ce, une assemblée générale a été tenue la semaine dernière par les membres de la Chambre des agences de voyages égyptiennes pour discuter les mesures qui doivent être prises pour protéger les droits des agences égyptiennes face à ces nouvelles réglementations. « Les nouvelles réglementations sont injustes puisqu’elles exigent toutes les garanties possibles des agences de voyages égyptiennes sans leur en donner aucun titre de réciprocité », clame Mohamad Abdallah, voyagiste. En fait, quatre clauses de la réglementation saoudienne de la omra ont causé ce débat. La première en est la lettre de crédit d’une somme de 100 000 riyals saoudiens exigée des agences égyptiennes. « Je ne sais pas exactement le but de cette lettre de crédit puisque les agences de voyages doivent payer leurs programmes à l’avance. Avec cette procédure, l’Egypte payera un total près de 1 milliard de L.E. Cette somme bloquée ainsi pour au moins trois mois n’affectera-t-elle pas l’économie nationale ? », se demande Amr Sedqi, vice-président de la Chambre des agences de voyages égyptiennes. Autre réglementation qui a aussi perturbé les voyagistes est celle d’imposer à chaque pèlerin de payer 650 riyals comme assurance, ce qui alourdit sans doute la facture de ce voyage, considéré comme sacré pour des milliers d’Egyptiens.

Des pèlerins trop zélés

Autre point débattu, celui de des pèlerins égyptiens qui demeurent dans le territoire saoudien après  avoir terminé les rituels religieux. Or, il ne s’agit pas de gens qui veulent travailler clandestinement mais de fidèles zélés qui veulent effectuer aussi le grand pèlerinage. Il est à noter que jusqu’à l’année dernière, un seuil de 10 % était toléré par les autorités saoudiennes, n’entraînant pas de sanctions contre l’agence de voyages. Or, celui-ci vient d’être réduit à 3 %. « Comment peut-on contrôler les gens qui prolongent illicitement leur séjour en Arabie saoudite puisque les agences étrangères ne sont pas du tout responsables de ces pèlerins dès leur arrivée sur le territoire saoudien. Ce sont les agents saoudiens qui en prennent la charge », explique Seif Al-Ammary, propriétaire d’une des plus grandes agences égyptiennes travaillant dans le tourisme religieux. Selon lui, ce seuil de 10 % était plus logique. « C’est le devoir du ministère saoudien du Pèlerinage de contrôler la situation. Ils peuvent imposer aux agents saoudiens de travailler avec trois ou quatre agences tout au plus pour pouvoir assumer bien leur charge et prendre soin de leurs pèlerins. Aujourd’hui, ils opèrent avec plus d’une dizaine d’agences égyptiennes en même temps. Le déficit vient de chez eux », ajoute-t-il. S’ajoute à ces réglementations celle d’avoir le certificat de l’IATA (Organisation internationale de l’aviation civile). Or, pour être membre de cette organisation, le capital de l’agence devrait être de 200 000 L.E. Condition difficile puisque la plupart des agences de voyages opérant dans le domaine du tourisme religieux sont des agences non membres de l’IATA. Seules 400 sur 850 agences le sont. Pour arriver à un compromis avec le côté saoudien, les membres de la Chambre des agences de voyages ont demandé de négocier cette condition. « On étudie actuellement la modification de cette clause pour faciliter le travail pour les petites agences, réduire le capital à 50 000 L.E. et supprimer la condition de l’affiliation à l’IATA », souligne Amr Sedqi.

De fortes discussions et des débats ont duré près de 7 heures entre plusieurs centaines de participants. Les uns voulaient complètement boycotter l’organisation de tels voyages jusqu’à ce que les responsables saoudiens modifient leurs réglementations ; les autres étaient pour le fait de continuer les voyages en parallèle avec les négociations avec la partie saoudienne, surtout que le marché égyptien est connu pour être l’un des plus grands exportateurs de tourisme religieux en Arabie saoudite avec plus de 700 000 pèlerins. « En fait, il y a des gens qui ont déjà payé de l’argent et qui ont pris des congés de leur travail pour aller effectuer la omra. Ces gens n’ont rien à voir avec les problèmes des agences de voyages avec les autorités saoudiennes. La logique dit qu’ils ont le droit d’y aller et de jouir de leur voyage spirituel quel que soit le prix », assure Ossama Al-Ashri, vice-ministre du Tourisme. Il ajoute que le ministère du Tourisme ne peut pas annuler les voyages de pèlerinage puisque le droit de voyage est garanti par la Constitution égyptienne mais il peut harmoniser les attitudes des agences de voyages dans leurs discussions avec les Saoudiens dans un délai de 15 jours. En fait, ce n’est pas la première fois que le ministère saoudien du Pèlerinage impose de nouvelles restrictions sur les pèlerins. « En 2001, le ministère saoudien avait déclaré pour la première fois une réglementation pour le pèlerinage. A cette époque, tous les pays arabes se sont réunis pour exercer une certaine pression sur le Royaume pour alléger ces clauses. Ils ont en fait réussi. Pourquoi ne pas contacter nos frères arabes pour adopter une autre fois une situation unifiée ? », explique Atef Abdel-Latif, membre du conseil d’administration de la Chambre des agences. Après beaucoup de divergences de points de vue, les membres de la Chambre des agences de voyages ont voté pour la remise de l’organisation de nouveaux voyages avec l’exécution des contrats déjà signés et ceci à travers la chambre, qui donne l’autorisation en attendant la réaction de l’autre partie. En fait, ce contrat n’est-il pas plutôt léonin, comme on le dit dans le jargon de la loi ? Le pays d’accueil a toujours un privilège. Ce qu’il faut savoir, c’est bien négocier.

Dalia Farouk

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