Tourisme religieux .
Les passionnés de omra, petit pèlerinage de La Mecque, se
heurtent à des conditions draconiennes imposées par l’Arabie
saoudite. Les agences de voyages se rebiffent. Etat des
lieux.
Une
fidélité égyptienne à toute épreuve
Le
départ des fidèles égyptiens pour la omra ou le petit
pèlerinage de La Mecque sera-t-il annulé cette année ? Une
question qui a dernièrement fait écho après les nouvelles
mesures annoncées il y a quelques jours par le ministère
saoudien concerné. Celui-ci vient de décréter des
réglementations sur toutes les agences de voyages afin de
mieux organiser les formalités de cette tradition religieuse.
Pour de nombreux, il s’agit plutôt de restrictions
rigoureuses et injustes. Le ministère égyptien du Tourisme
s’est fortement opposé à ces directives, mais la
partie saoudienne fait la sourde oreille. Les négociations
sur le plan diplomatique n’ont pas donné de résultats. Ainsi,
les agences de voyages ont-elles décidé de boycotter la omra.
Pour ce, une assemblée générale a été tenue la semaine
dernière par les membres de la Chambre des agences de
voyages égyptiennes pour discuter les mesures qui doivent
être prises pour protéger les droits des agences égyptiennes
face à ces nouvelles réglementations. « Les nouvelles
réglementations sont injustes puisqu’elles exigent toutes
les garanties possibles des agences de voyages égyptiennes
sans leur en donner aucun titre de réciprocité », clame
Mohamad Abdallah, voyagiste. En fait, quatre clauses de la
réglementation saoudienne de la omra ont causé ce débat. La
première en est la lettre de crédit d’une somme de 100 000
riyals saoudiens exigée des agences égyptiennes. « Je ne
sais pas exactement le but de cette lettre de crédit puisque
les agences de voyages doivent payer leurs programmes à
l’avance. Avec cette procédure, l’Egypte payera un total
près de 1 milliard de L.E. Cette somme bloquée ainsi pour au
moins trois mois n’affectera-t-elle pas l’économie nationale
? », se demande Amr Sedqi, vice-président de la Chambre des
agences de voyages égyptiennes. Autre réglementation qui a
aussi perturbé les voyagistes est celle d’imposer à chaque
pèlerin de payer 650 riyals comme assurance, ce qui alourdit
sans doute la facture de ce voyage, considéré comme sacré
pour des milliers d’Egyptiens.
Des
pèlerins trop zélés
Autre
point débattu, celui de des pèlerins égyptiens qui demeurent
dans le territoire saoudien après avoir terminé les
rituels religieux. Or, il ne s’agit pas de gens qui veulent
travailler clandestinement mais de fidèles zélés qui veulent
effectuer aussi le grand pèlerinage. Il est à noter que
jusqu’à l’année dernière, un seuil de 10 % était toléré par
les autorités saoudiennes, n’entraînant pas de sanctions
contre l’agence de voyages. Or, celui-ci vient d’être réduit
à 3 %. « Comment peut-on contrôler les gens qui prolongent
illicitement leur séjour en Arabie saoudite puisque les
agences étrangères ne sont pas du tout responsables de ces
pèlerins dès leur arrivée sur le territoire saoudien. Ce
sont les agents saoudiens qui en prennent la charge »,
explique Seif Al-Ammary, propriétaire d’une des plus grandes
agences égyptiennes travaillant dans le tourisme religieux.
Selon lui, ce seuil de 10 % était plus logique. « C’est le
devoir du ministère saoudien du Pèlerinage de contrôler la
situation. Ils peuvent imposer aux agents saoudiens de
travailler avec trois ou quatre agences tout au plus pour
pouvoir assumer bien leur charge et prendre soin de leurs
pèlerins. Aujourd’hui, ils opèrent avec plus d’une dizaine
d’agences égyptiennes en même temps. Le déficit vient de
chez eux », ajoute-t-il. S’ajoute à ces réglementations
celle d’avoir le certificat de l’IATA (Organisation
internationale de l’aviation civile). Or, pour être membre
de cette organisation, le capital de l’agence devrait être
de 200 000 L.E. Condition difficile puisque la plupart des
agences de voyages opérant dans le domaine du tourisme
religieux sont des agences non membres de l’IATA. Seules 400
sur 850 agences le sont. Pour arriver à un compromis avec le
côté saoudien, les membres de la Chambre des agences de
voyages ont demandé de négocier cette condition. « On étudie
actuellement la modification de cette clause pour faciliter
le travail pour les petites agences, réduire le capital à 50
000 L.E. et supprimer la condition de l’affiliation à l’IATA
», souligne Amr Sedqi.
De
fortes discussions et des débats ont duré près de 7 heures
entre plusieurs centaines de participants. Les uns voulaient
complètement boycotter l’organisation de tels voyages
jusqu’à ce que les responsables saoudiens modifient leurs
réglementations ; les autres étaient pour le fait de
continuer les voyages en parallèle avec les négociations
avec la partie saoudienne, surtout que le marché égyptien
est connu pour être l’un des plus grands exportateurs de
tourisme religieux en Arabie saoudite avec plus de 700 000
pèlerins. « En fait, il y a des gens qui ont déjà payé de
l’argent et qui ont pris des congés de leur travail pour
aller effectuer la omra. Ces gens n’ont rien à voir avec les
problèmes des agences de voyages avec les autorités
saoudiennes. La logique dit qu’ils ont le droit d’y aller et
de jouir de leur voyage spirituel quel que soit le prix »,
assure Ossama Al-Ashri, vice-ministre du Tourisme. Il ajoute
que le ministère du Tourisme ne peut pas annuler les voyages
de pèlerinage puisque le droit de voyage est garanti par la
Constitution égyptienne mais il peut harmoniser les
attitudes des agences de voyages dans leurs discussions avec
les Saoudiens dans un délai de 15 jours. En fait, ce n’est
pas la première fois que le ministère saoudien du Pèlerinage
impose de nouvelles restrictions sur les pèlerins. « En
2001, le ministère saoudien avait déclaré pour la première
fois une réglementation pour le pèlerinage. A cette époque,
tous les pays arabes se sont réunis pour exercer une
certaine pression sur le Royaume pour alléger ces clauses.
Ils ont en fait réussi. Pourquoi ne pas contacter nos frères
arabes pour adopter une autre fois une situation unifiée ?
», explique Atef Abdel-Latif, membre du conseil
d’administration de la Chambre des agences. Après beaucoup
de divergences de points de vue, les membres de la Chambre
des agences de voyages ont voté pour la remise de
l’organisation de nouveaux voyages avec l’exécution des
contrats déjà signés et ceci à travers la chambre, qui donne
l’autorisation en attendant la réaction de l’autre partie.
En fait, ce contrat n’est-il pas plutôt léonin, comme on le
dit dans le jargon de la loi ? Le pays d’accueil a toujours
un privilège. Ce qu’il faut savoir, c’est bien négocier.
Dalia
Farouk