Al-Ahram Hebdo, Voyages | Saqqara sous le sable, ou le murmure des morts
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Voyages

Exposition . Les fouilles du Louvre à Saqqara sont le thème d’une remarquable présentation au CFCC à Mounira, après un grand succès à Alexandrie. Les images doivent ensuite orner les cimaises du palais Taz. L’occasion de faire le point sur une moisson très riche.

Saqqara sous le sable, ou le murmure des morts

C’est une exposition exceptionnelle « conçue par Ans Latina et le département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ». Elle porte sur les seize années de fouilles archéologiques menées par Christiane Ziegler à Saqqara, dans la plus ancienne nécropole égyptienne connue, à la recherche du lieu d’où avait été extraite la chapelle d’Akhéthétep conservée dans le grand Musée du Louvre, à Paris. A raison des campagnes d’un mois par an, les fouilles ont couvert, en seize années, un secteur d’environ 8 000 m2. Elles ont mis en évidence trois réseaux stratigraphiques : l’un datant de l’Ancien Empire, un deuxième de la fin de l’époque pharaonique et du début de l’époque ptolémaïque, et un troisième d’époque copte-arabe.

D’année en année, ces différents niveaux ont été dégagés et étudiés à partir d’une profondeur de dix mètres. Le niveau supérieur a fait la révélation d’une ville copte (600-900 ap. J.-C.). Cette ville fait partie d’un ensemble dépendant du grand Monastère de St-Jérémie, tout proche, émouvant témoignage de la vie quotidienne. L’on y découvre des vannerais, des tissus, des outils, des sculptures, des manteaux dalmatiques, etc. On y observe une évolution des styles tels que la rupture des proportions hellénistiques, la réduction des volumes et la simplification des formes : l’art copte s’épanouit.

On note également un important lot de papyrus. Il est intéressant de voir un papyrus arabe (mois de Ramadan 133) qui illustre les rapports des communautés arabe et copte. Alors que le deuxième niveau a donné une nécropole de la Basse-Epoque (664-30 av. J.-C.). La mission a mis au jour une centaine de sarcophages sans prétention. Ils ont la forme d’une momie et sont exécutés en terre crue, et possèdent des couleurs très vives. Ils sont déposés à même le sable avec un accompagnement funéraire très simple tel que des figurines protectrices et des pots de faïence d’un bleu intense, les corps ne sont pas momifiés. Datant de la même période, on a découvert, récemment, des tombes creusées dans le rocher. Ce sont des caveaux souterrains, auxquels l’on accède par des puits profonds de cinq à quinze mètres. Fait rarissime, on a découvert deux d’entre eux encore intacts avec des sarcophages de bois peint, qui renferment, encore, une momie en parfait état. D’autres caveaux, bien que visités par des pillards, ont néanmoins livré d’exceptionnels sarcophages, dont l’un possède un visage plaqué d’or. C’est un ensemble cohérent qui, finalement, est apparu : statuettes et coffrets funéraires, poteries, sarcophages, bandelettes de momies, des textes du Livre des morts. Un des plus grands intérêts de cette découverte, intérêt scientifique fort important, est qu’elle est datée très précisément. Ainsi, un des sarcophages mentionne : l’an II, du pharaon Nectanebo qui vivait en 360 av. J.-C. Alors que la nécropole de l’Ancien Empire (2700-2200 av. J.-C.) est le niveau le plus bas. Il est l’un des plus spectaculaires. Ce monument d’où provient la chapelle du Louvre a été retrouvé avec sa façade revêtue de fin calcaire blanc, ses trente-deux mètres de long et ses six mètres de haut, c’est l’un des plus beaux et des mieux conservés du secteur. Parmi les objets les plus importants découverts à la surface, citons trois belles statues d’Akhéthétep, une série de tables d’offrandes ainsi qu’un papyrus au nom du roi Izézi (2411-2338 av. J.-C.). Le caveau accessible grâce à un puits profond de vingt et un mètres contient un monumental sarcophage de pierre. Les pillards avaient laissé des vestiges assez éloquents pour que l’on puisse reconstituer la richesse du « trousseau funéraire » : vases rituels en pierres dures, perles d’or en forme de coléoptère. Des inscriptions tracées par des ouvriers qui vivaient en ces lieux il y a quatre mille ans ont permis de comprendre les étapes de la construction du monument. Le mastaba d’Akhéthétep se distingue des autres par l’existence d’un important complexe funéraire, jusque-là inconnu, dont il semble former le cœur. La tombe s’inscrit au centre d’un vaste ensemble architectural dont les éléments ne sont pas encore tous dégagés.

Cependant, parmi ces éléments, la mission française a mis au jour un quartier de la « Cité des morts » comprenant six nouveaux mastabas. C’est donc tout un paysage de l’époque des pyramides qui s’est peu à peu dessiné sur un lieu où la carte était vierge.

Gisèle Boulad

Retour au sommaire

 

« L’exposition va voyager dans les pays du monde arabe »

Christiane Ziegler, chef du département égyptien au Musée du Louvre, a participé à l’inauguration de l’exposition au CFCC. Entretien.

 

Al-Ahram Hebdo : En quoi consiste l’idée de l’exposition ?

Christiane Ziegler : L’exposition présente 67 photos très impressionnantes, de différentes tailles avec des textes qui essayent d’expliquer d’une façon simple pour que le grand public puisse comprendre ce qu’est notre travail. L’objectif d’une telle exposition est de faire connaître aux visiteurs, de façon agréable, la vie sur un chantier archéologique, la surprise des découvertes, la magie des siècles, ainsi que le travail des équipes. Et ça, c’est très important parce que les gens ne savent pas comment est composée une équipe. On parle beaucoup d’un archéologue mais on ne sait pas quelles sont les autres professions, qui sont aussi importantes et indispensables, qui en sont liées comme les photographes, les dessinateurs, les restaurateurs, les architectes et aussi tous les ouvriers.

— Combien de temps a exigé la préparation de cette exposition ?

— Ça fait un an qu’on travaille dessus à partir des photographies qui ont été emmagasinées près de cinq ou six ans de fouilles. On a des photos plus anciennes mais elles ne sont pas numériques. On a toute une collection d’images plus anciennes mais qu’on n’a pas utilisées. Il y a quand même une photo quand on est arrivé sur le site, il y a quinze ans.

— Et d’où provient le titre de l’exposition ?

— C’est, en fait, l’idée de la personne qui a organisé l’exposition sur le plan technique et artistique. Les murmures sont en rapport évidemment avec toutes les tombes qu’on a découvertes, comme si les défunts venaient nous raconter l’histoire à l’oreille, ce qui fait un peu rêver. Elle s’appelle aussi « Les murmures des morts » les morts qui sont enterrés dans les tombes que nous avons trouvées, des centaines de sarcophages qu’on a découverts. Evidemment, c’est un peu ce que souhaitaient les Egyptiens de l’Antiquité, que leurs morts se perpétuent, que leurs mémoires durent, c’est ce qui est écrit sur les murs des tombeaux égyptiens : ils nous racontent leurs histoires.

— L’exposition sera-t-elle présentée au Louvre ?

— L’exposition va circuler et il va y avoir en même temps des manifestations égyptologiques. Elle viendra sans doute au Louvre, mais un peu plus tard. Et puisqu’il y a des traductions arabes, je pense que l’exposition va voyager dans les pays du monde arabe aussi. Et bien sûr aux pays européens, peut-être même aux Etats-Unis, et pourquoi pas en Amérique du Sud. C’est une exposition assez représentative du travail des archéologues.

— Qu’en est-il des publications de l’exposition et de celles de la mission ?

— Oui, il va y avoir un livre sur cette exposition avec de belles images destinées à tout le monde. Concernant les publications des fouilles, nous allons publier cinq livres, nous venons d’en publier un déjà sur les premières années de travail. Cette année, nous n’avons pas fouillé. Nous sommes venus faire des recherches sur ce qu’on a déjà trouvé pour préparer le deuxième livre qu’on doit remettre à la fin de cette année.

— Qu’en est-il des fouilles de la mission du Louvre à Saqqara ?

— Ce site était complètement inexploré, maintenant on connaît l’histoire de ce secteur. Sur cette surface de Saqqara, on a trois mille ans d’histoire qui commencent à l’époque des pyramides (en 2500 av. J.-C.) et cette histoire, on la lit à travers les couches archéologiques jusqu’à l’époque islamique (on a découvert des documents de l’époque islamique signés par le gouverneur de Fostat). On a maintenant un plan : on sait comment les hommes se sont installés au fur et à mesure des siècles. Ça a commencé par être un cimetière au temps des pyramides avec les favoris, les hauts fonctionnaires du roi, qui faisaient construire leurs tombes à côté de la pyramide. Et puis ensuite, le site a été abandonné, on ne sait pas pourquoi et 1 500 ans plus tard, à l’époque au premier millénaire av. J.-C., le site est devenu un cimetière de la Basse-Epoque avec des sarcophages qui sont posés dans le sable. Ça nous apprend sur toutes ces périodes. Aujourd’hui, on sait de quoi était composée la population parce que nous avons des radiologues qui travaillent avec nous et qui arrivent à déterminer l’âge, le sexe des momies, à savoir de quoi ils sont morts, s’ils avaient une alimentation correcte, s’ils appartiennent à la même famille ... On sait beaucoup de détails. Beaucoup d’objets découverts par notre mission sont aujourd’hui exposés dans le musée d’Imhotep, inauguré l’année dernière à Saqqara. D’autres ont été importés au Musée du Caire, d’autres sont dans les réserves de Saqqara et la plupart des objets sont restés dans leurs tombes.

Amira Samir

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.