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Exposition .
Les fouilles du Louvre à Saqqara sont le thème d’une
remarquable présentation au CFCC à Mounira, après un grand
succès à Alexandrie. Les images doivent ensuite orner les
cimaises du palais Taz. L’occasion de faire le point sur une
moisson très riche.
Saqqara sous le sable, ou le murmure des morts
C’est
une exposition exceptionnelle « conçue par Ans Latina et le
département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ».
Elle porte sur les seize années de fouilles archéologiques
menées par Christiane Ziegler à Saqqara, dans la plus
ancienne nécropole égyptienne connue, à la recherche du lieu
d’où avait été extraite la chapelle d’Akhéthétep conservée
dans le grand Musée du Louvre, à Paris. A raison des
campagnes d’un mois par an, les fouilles ont couvert, en
seize années, un secteur d’environ 8 000 m2. Elles ont mis
en évidence trois réseaux stratigraphiques : l’un datant de
l’Ancien Empire, un deuxième de la fin de l’époque
pharaonique et du début de l’époque ptolémaïque, et un
troisième d’époque copte-arabe.
D’année
en année, ces différents niveaux ont été dégagés et étudiés
à partir d’une profondeur de dix mètres. Le niveau supérieur
a fait la révélation d’une ville copte (600-900 ap. J.-C.).
Cette ville fait partie d’un ensemble dépendant du grand
Monastère de St-Jérémie, tout proche, émouvant témoignage de
la vie quotidienne. L’on y découvre des vannerais, des
tissus, des outils, des sculptures, des manteaux dalmatiques,
etc. On y observe une évolution des styles tels que la
rupture des proportions hellénistiques, la réduction des
volumes et la simplification des formes : l’art copte
s’épanouit.
On
note également un important lot de papyrus. Il est
intéressant de voir un papyrus arabe (mois de Ramadan 133)
qui illustre les rapports des communautés arabe et copte.
Alors que le deuxième niveau a donné une nécropole de la
Basse-Epoque (664-30 av. J.-C.). La mission a mis au jour
une centaine de sarcophages sans prétention. Ils ont la
forme d’une momie et sont exécutés en terre crue, et
possèdent des couleurs très vives. Ils sont déposés à même
le sable avec un accompagnement funéraire très simple tel
que des figurines protectrices et des pots de faïence d’un
bleu intense, les corps ne sont pas momifiés. Datant de la
même période, on a découvert, récemment, des tombes creusées
dans le rocher. Ce sont des caveaux souterrains, auxquels
l’on accède par des puits profonds de cinq à quinze mètres.
Fait rarissime, on a découvert deux d’entre eux encore
intacts avec des sarcophages de bois peint, qui renferment,
encore, une momie en parfait état. D’autres caveaux, bien
que visités par des pillards, ont néanmoins livré
d’exceptionnels sarcophages, dont l’un possède un visage
plaqué d’or. C’est un ensemble cohérent qui, finalement, est
apparu : statuettes et coffrets funéraires, poteries,
sarcophages, bandelettes de momies, des textes du Livre des
morts. Un des plus grands intérêts de cette découverte,
intérêt scientifique fort important, est qu’elle est datée
très précisément. Ainsi, un des sarcophages mentionne : l’an
II, du pharaon Nectanebo qui vivait en 360 av. J.-C. Alors
que la nécropole de l’Ancien Empire (2700-2200 av. J.-C.)
est le niveau le plus bas. Il est l’un des plus
spectaculaires. Ce monument d’où provient la chapelle du
Louvre a été retrouvé avec sa façade revêtue de fin calcaire
blanc, ses trente-deux mètres de long et ses six mètres de
haut, c’est l’un des plus beaux et des mieux conservés du
secteur. Parmi les objets les plus importants découverts à
la surface, citons trois belles statues d’Akhéthétep, une
série de tables d’offrandes ainsi qu’un papyrus au nom du
roi Izézi (2411-2338 av. J.-C.). Le caveau accessible grâce
à un puits profond de vingt et un mètres contient un
monumental sarcophage de pierre. Les pillards avaient laissé
des vestiges assez éloquents pour que l’on puisse
reconstituer la richesse du « trousseau funéraire » : vases
rituels en pierres dures, perles d’or en forme de coléoptère.
Des inscriptions tracées par des ouvriers qui vivaient en
ces lieux il y a quatre mille ans ont permis de comprendre
les étapes de la construction du monument. Le mastaba
d’Akhéthétep se distingue des autres par l’existence d’un
important complexe funéraire, jusque-là inconnu, dont il
semble former le cœur. La tombe s’inscrit au centre d’un
vaste ensemble architectural dont les éléments ne sont pas
encore tous dégagés.
Cependant, parmi ces éléments, la mission française a mis au
jour un quartier de la « Cité des morts » comprenant six
nouveaux mastabas. C’est donc tout un paysage de l’époque
des pyramides qui s’est peu à peu dessiné sur un lieu où la
carte était vierge.
Gisèle Boulad
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« L’exposition va voyager dans les pays du monde arabe »
Christiane Ziegler,
chef du département égyptien au Musée du Louvre, a participé
à l’inauguration de l’exposition au CFCC. Entretien.
Al-Ahram
Hebdo : En quoi consiste l’idée de l’exposition ?
Christiane Ziegler :
L’exposition présente 67 photos très impressionnantes, de
différentes tailles avec des textes qui essayent d’expliquer
d’une façon simple pour que le grand public puisse
comprendre ce qu’est notre travail. L’objectif d’une telle
exposition est de faire connaître aux visiteurs, de façon
agréable, la vie sur un chantier archéologique, la surprise
des découvertes, la magie des siècles, ainsi que le travail
des équipes. Et ça, c’est très important parce que les gens
ne savent pas comment est composée une équipe. On parle
beaucoup d’un archéologue mais on ne sait pas quelles sont
les autres professions, qui sont aussi importantes et
indispensables, qui en sont liées comme les photographes,
les dessinateurs, les restaurateurs, les architectes et
aussi tous les ouvriers.
—
Combien de temps a exigé la préparation de cette exposition
?
— Ça
fait un an qu’on travaille dessus à partir des photographies
qui ont été emmagasinées près de cinq ou six ans de fouilles.
On a des photos plus anciennes mais elles ne sont pas
numériques. On a toute une collection d’images plus
anciennes mais qu’on n’a pas utilisées. Il y a quand même
une photo quand on est arrivé sur le site, il y a quinze
ans.
— Et
d’où provient le titre de l’exposition ?
— C’est,
en fait, l’idée de la personne qui a organisé l’exposition
sur le plan technique et artistique. Les murmures sont en
rapport évidemment avec toutes les tombes qu’on a
découvertes, comme si les défunts venaient nous raconter
l’histoire à l’oreille, ce qui fait un peu rêver. Elle
s’appelle aussi « Les murmures des morts » les morts qui
sont enterrés dans les tombes que nous avons trouvées, des
centaines de sarcophages qu’on a découverts. Evidemment,
c’est un peu ce que souhaitaient les Egyptiens de
l’Antiquité, que leurs morts se perpétuent, que leurs
mémoires durent, c’est ce qui est écrit sur les murs des
tombeaux égyptiens : ils nous racontent leurs histoires.
—
L’exposition sera-t-elle présentée au Louvre ?
—
L’exposition va circuler et il va y avoir en même temps des
manifestations égyptologiques. Elle viendra sans doute au
Louvre, mais un peu plus tard. Et puisqu’il y a des
traductions arabes, je pense que l’exposition va voyager
dans les pays du monde arabe aussi. Et bien sûr aux pays
européens, peut-être même aux Etats-Unis, et pourquoi pas en
Amérique du Sud. C’est une exposition assez représentative
du travail des archéologues.
— Qu’en
est-il des publications de l’exposition et de celles de la
mission ?
— Oui,
il va y avoir un livre sur cette exposition avec de belles
images destinées à tout le monde. Concernant les
publications des fouilles, nous allons publier cinq livres,
nous venons d’en publier un déjà sur les premières années de
travail. Cette année, nous n’avons pas fouillé. Nous sommes
venus faire des recherches sur ce qu’on a déjà trouvé pour
préparer le deuxième livre qu’on doit remettre à la fin de
cette année.
— Qu’en
est-il des fouilles de la mission du Louvre à Saqqara ?
— Ce
site était complètement inexploré, maintenant on connaît
l’histoire de ce secteur. Sur cette surface de Saqqara, on a
trois mille ans d’histoire qui commencent à l’époque des
pyramides (en 2500 av. J.-C.) et cette histoire, on la lit à
travers les couches archéologiques jusqu’à l’époque
islamique (on a découvert des documents de l’époque
islamique signés par le gouverneur de Fostat). On a
maintenant un plan : on sait comment les hommes se sont
installés au fur et à mesure des siècles. Ça a commencé par
être un cimetière au temps des pyramides avec les favoris,
les hauts fonctionnaires du roi, qui faisaient construire
leurs tombes à côté de la pyramide. Et puis ensuite, le site
a été abandonné, on ne sait pas pourquoi et 1 500 ans plus
tard, à l’époque au premier millénaire av. J.-C., le site
est devenu un cimetière de la Basse-Epoque avec des
sarcophages qui sont posés dans le sable. Ça nous apprend
sur toutes ces périodes. Aujourd’hui, on sait de quoi était
composée la population parce que nous avons des radiologues
qui travaillent avec nous et qui arrivent à déterminer l’âge,
le sexe des momies, à savoir de quoi ils sont morts, s’ils
avaient une alimentation correcte, s’ils appartiennent à la
même famille ... On sait beaucoup de détails. Beaucoup
d’objets découverts par notre mission sont aujourd’hui
exposés dans le musée d’Imhotep, inauguré l’année dernière à
Saqqara. D’autres ont été importés au Musée du Caire,
d’autres sont dans les réserves de Saqqara et la plupart des
objets sont restés dans leurs tombes.
Amira
Samir
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