Basket-ball .
L’international Samir Gouda
(34 ans, 2 m 12) a accepté de donner un coup de main sur le
terrain pendant 3 mois à son club d’origine, Zamalek. Il
revient sur ses 8 ans passés à l’étranger et donne son
appréciation sur les conditions de jeu en Egypte.
«
Revenir définitivement
est pour moi chose impossible »
Al-Ahram
Hebdo : Après 8 ans d’évolution professionnelle dans
différents clubs d’Europe, pourquoi avoir décidé de revenir
en Egypte sous les couleurs de Zamalek ?
Samir
Gouda :
Mon
club, Zamalek, qui est actuellement en pleine saison, a eu
besoin de mon aide et je n’ai pas hésité une seule seconde.
Je viens de terminer mon contrat avec le club turc
Fenerbahce (D1). J’ai voulu prendre un petit congé et avoir
le temps de choisir entre plusieurs offres qui me sont
faites. C’est alors que les responsables de Zamalek m’ont
demandé de signer pour juste trois mois afin d’aider le club
à retrouver la forme et arracher le titre qui lui échappe
depuis plusieurs saisons.
— Depuis
votre arrivée à Zamalek, l’équipe n’arrête pas de battre les
grandes équipes du championnat, comme Ittihad, Guézira et
récemment Ahli, sur une différence de 10 points. Comment
expliquez-vous cela ?
— Cela
fait quatre saisons que Zamalek termine 3e ou 4e au
classement en championnat national. Quand je suis revenu,
j’ai voulu faire en sorte que les joueurs progressent sur le
plan moral et technique. Zamalek trône maintenant au
classement après avoir battu Ahli, son adversaire n°1, sur
le score de 84 à 74. Un fait qui a beaucoup perturbé les
fans d’Ahli ! C’est pourquoi des actes de violence ont eu
lieu. J’ai été vraiment surpris, car ces supporters
n’avaient rien contre l’arbitrage et refusaient qu’Ahli soit
battu avec une telle différence de points et dans la salle
couverte du club Zamalek !
— Mais
pourquoi avoir signé avec Zamalek pour seulement trois mois
? Ne pensez-vous pas revenir un jour définitivement en
Egypte ?
— J’aime
beaucoup mon club Zamalek. J’ai joué sous ses couleurs dès
mon arrivée de Port-Saïd, ma ville natale, et j’ai joué dans
toutes ses catégories d’âges et c’est grâce à Zamalek que je
suis connu en Egypte et à l’étranger. Raison pour laquelle
j’ai fait cette faveur à mon ancienne équipe. Mais revenir
définitivement et jouer en Egypte est chose impossible. Je
me contente de venir donner un coup de main à la sélection
lors des importantes rencontres.
—
Pourquoi dites-vous qu’il est impossible de jouer en Egypte
?
—
D’abord parce que je dois profiter, pendant que je le peux,
des offres importantes à l’étranger qui me sont faites.
Ensuite, vous n’imaginez pas comment les entraîneurs en
Egypte font pression sur moi quand je viens jouer en Egypte,
que ce soit avec la sélection ou avec Zamalek. Ils jettent
un lourd fardeau sur mes épaules comme si j’étais le seul
joueur sur le terrain. Or, en tant que professionnel, je ne
dois remplir qu’un rôle : jouer à mon poste.
— Après
un mois passé à jouer en championnat national, comment
jugez-vous son niveau et celui des joueurs égyptiens ?
— Je
suis vraiment content des efforts de Mahmoud Ahmad Ali, le
président de la Fédération égyptienne de basket-ball. Il a
renouvelé le basket égyptien et spécialement en ce qui
concerne les statuts du professionnalisme qui donnera la
chance à l’Egypte d’avoir des joueurs forts et expérimentés
au sein de la sélection. Mais il a aussi changé le système
de jeu du championnat national. Beaucoup critiquent fort le
fait qu’il ait doublé le nombre de matchs, passés à 40 pour
chaque équipe. A mon avis, c’est une bonne décision et c’est
le même système que dans les grands pays du basket-ball, car
cela habitue les joueurs à l’endurance dans les tournois et
leur permet de se frotter à des équipes de différents
niveaux. Le problème, à mon avis, réside dans les
entraîneurs. Il existe peu de bons entraîneurs égyptiens en
Egypte comme Chérif Azmi, Achraf Tewfiq et Tareq Sélim. Il y
a des joueurs talentueux, mais leur technique de jeu est
très médiocre.
— A
votre avis, quels sont les joueurs les plus performants en
Egypte ?
— Il y
en a beaucoup. Mais j’apprécie beaucoup le talent de Tareq
Al-Ghannam d’Ahli et Waël Badr de Zamalek. Ces joueurs sont
parfaits et capables de disputer un championnat en Europe.
Mais la plupart des joueurs égyptiens sont trop paresseux !
Il faut dire aussi qu’ils jouent en même temps qu’ils
travaillent ou étudient. Pour eux, c’est un grand risque de
laisser tomber tout cela et de partir en vraie compétition
... C’est la logique des perdants !
— Cela
doit être bien différent de l’atmosphère en Europe ...
— Bien
sûr, en Europe, les joueurs ont toujours faim de victoires.
Ils sont plutôt des soldats en mission que des joueurs au
talent exceptionnel. Ils n’arrêtent pas d’évoluer ni
d’apprendre. Tout comme les entraîneurs. C’est toute une
atmosphère qui me convient bien plus.
— De
manière générale, comment jugez-vous votre expérience en
tant que professionnel ?
— J’ai
connu beaucoup de hauts et de bas. En 1994, juste après ma
participation aux Championnats du monde du Canada, j’ai reçu
plusieurs offres et suis parti à Porto Rico et aux
Etats-Unis pour deux essais de 8 mois. Mais malheureusement,
ma performance a été mauvaise et ils ont refusé de signer
avec moi. Je n’ai pas perdu courage et je suis parti de
moi-même en Grèce pour trouver un club. J’y ai vécu 4 ans de
succès, avec différents clubs. Puis, je me suis blessé au
genou alors que le basket-ball en Grèce était en pleine
progression. C’est pourquoi je suis parti jouer en France et
en Italie et enfin en Turquie, avec des clubs de niveau
moyen. En Grèce, je me suis le mieux entendu avec les
entraîneurs et mes coéquipiers. Je me sentais même un peu en
Egypte.
— Vous
avez dit avoir reçu récemment plusieurs offres. Peut-on en
savoir plus ?
— J’ai
reçu plusieurs offres d’Europe. Dont une intéressante sur le
point financier et qui correspond à mes capacités actuelles,
du Dynamo Kiev en Ukraine. Ces pays travaillent à promouvoir
le basket-ball. Ils ne sont pas très forts, mais se donnent
les moyens de réaliser leur objectif. En outre, après ma
dernière blessure au genou et à 34 ans, je préfère jouer
avec des équipes capables de bénéficier de mon expérience.
—
N’envisagez-vous pas de mettre bientôt un terme à votre
carrière de joueur ?
— A
l’étranger, beaucoup de basketteurs arrêtent à l’âge de 40
ou 42 ans. Tant qu’ils sont en forme, ils jouent. Moi, je
m’entretiens. Je fais de la musculation avec le fameux
international égyptien de foot Hossam Hassan. Il est
vraiment peiné des critiques adressées contre lui, car il
continue toujours à jouer à l’âge de 40 ans. Je le comprends
parfaitement. Quant à moi, peut-être que j’arrêterai dans 2
ou 3 ans. Mais je ne continuerai jamais le basket en tant
qu’entraîneur ou à n’importe quel poste administratif. J’ai
fait des économies pour ma retraite. Le moment venu, je
commencerai un autre projet pour apporter une vie stable à
ma petite famille.
— La
sélection égyptienne est engagée dans plusieurs tournois.
Quelles sont pour vous ses chances de succès cette année ?
— Cette
année, elle va disputer la Coupe d’Afrique des nations. A
mon avis, il n’y a aucune chance pour l’Egypte. L’équipe est
très faible et la sélection insiste à signer un contrat avec
un entraîneur étranger. Ces entraîneurs disent avoir un CV
extraordinaire, alors qu’ils sont nuls ! A titre d’exemple,
quand je jouais en Italie, je me suis renseigné sur Mario
Blasone, en charge pendant longtemps de la sélection
égyptienne. On m’a répondu que ses capacités laissaient à
désirer, qu’il n’avait jamais pris en charge une équipe
seniors et qu’il travaille seulement avec des juniors !
Selon ses propres propos, Blasone était venu en Egypte pour
profiter du bon climat et prendre des bains de soleil avec
sa femme ! Il faut mettre terme à cette absurdité. Si la
fédération nationale ne peut pas s’offrir de bons
entraîneurs étrangers, elle doit se rabattre sur les
entraîneurs nationaux qui peuvent être plus honnêtes et plus
expérimentés. Car regardez comment les sélections africaines
ont progressé ! La plupart de leurs joueurs sont
professionnels en Europe dans les clubs du sommet. Et nous,
l’on n’arrive même pas à remporter le Championnat arabe !
— A
votre avis, quelle peut être la solution à ces problèmes ?
— Il
faut liquider l’équipe actuelle et sélectionner de nouveaux
éléments jeunes et les faire travailler quelques années pour
obtenir un résultat sérieux. Sinon, l’Egypte disparaîtra
complètement du basket-ball.
Chourouq Chimy