Al-Ahram Hebdo, Sports | Samir Gouda , « Revenir définitivement est pour moi chose impossible »
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Sports

Basket-ball . L’international Samir Gouda (34 ans, 2 m 12) a accepté de donner un coup de main sur le terrain pendant 3 mois à son club d’origine, Zamalek. Il revient sur ses 8 ans passés à l’étranger et donne son appréciation sur les conditions de jeu en Egypte.

« Revenir définitivement
est pour moi chose impossible »

Al-Ahram Hebdo : Après 8 ans d’évolution professionnelle dans différents clubs d’Europe, pourquoi avoir décidé de revenir en Egypte sous les couleurs de Zamalek ?

Samir Gouda : Mon club, Zamalek, qui est actuellement en pleine saison, a eu besoin de mon aide et je n’ai pas hésité une seule seconde. Je viens de terminer mon contrat avec le club turc Fenerbahce (D1). J’ai voulu prendre un petit congé et avoir le temps de choisir entre plusieurs offres qui me sont faites. C’est alors que les responsables de Zamalek m’ont demandé de signer pour juste trois mois afin d’aider le club à retrouver la forme et arracher le titre qui lui échappe depuis plusieurs saisons.

— Depuis votre arrivée à Zamalek, l’équipe n’arrête pas de battre les grandes équipes du championnat, comme Ittihad, Guézira et récemment Ahli, sur une différence de 10 points. Comment expliquez-vous cela ?

— Cela fait quatre saisons que Zamalek termine 3e ou 4e au classement en championnat national. Quand je suis revenu, j’ai voulu faire en sorte que les joueurs progressent sur le plan moral et technique. Zamalek trône maintenant au classement après avoir battu Ahli, son adversaire n°1, sur le score de 84 à 74. Un fait qui a beaucoup perturbé les fans d’Ahli ! C’est pourquoi des actes de violence ont eu lieu. J’ai été vraiment surpris, car ces supporters n’avaient rien contre l’arbitrage et refusaient qu’Ahli soit battu avec une telle différence de points et dans la salle couverte du club Zamalek !

— Mais pourquoi avoir signé avec Zamalek pour seulement trois mois ? Ne pensez-vous pas revenir un jour définitivement en Egypte ?

— J’aime beaucoup mon club Zamalek. J’ai joué sous ses couleurs dès mon arrivée de Port-Saïd, ma ville natale, et j’ai joué dans toutes ses catégories d’âges et c’est grâce à Zamalek que je suis connu en Egypte et à l’étranger. Raison pour laquelle j’ai fait cette faveur à mon ancienne équipe. Mais revenir définitivement et jouer en Egypte est chose impossible. Je me contente de venir donner un coup de main à la sélection lors des importantes rencontres.

— Pourquoi dites-vous qu’il est impossible de jouer en Egypte ?

— D’abord parce que je dois profiter, pendant que je le peux, des offres importantes à l’étranger qui me sont faites. Ensuite, vous n’imaginez pas comment les entraîneurs en Egypte font pression sur moi quand je viens jouer en Egypte, que ce soit avec la sélection ou avec Zamalek. Ils jettent un lourd fardeau sur mes épaules comme si j’étais le seul joueur sur le terrain. Or, en tant que professionnel, je ne dois remplir qu’un rôle : jouer à mon poste.

— Après un mois passé à jouer en championnat national, comment jugez-vous son niveau et celui des joueurs égyptiens ?

— Je suis vraiment content des efforts de Mahmoud Ahmad Ali, le président de la Fédération égyptienne de basket-ball. Il a renouvelé le basket égyptien et spécialement en ce qui concerne les statuts du professionnalisme qui donnera la chance à l’Egypte d’avoir des joueurs forts et expérimentés au sein de la sélection. Mais il a aussi changé le système de jeu du championnat national. Beaucoup critiquent fort le fait qu’il ait doublé le nombre de matchs, passés à 40 pour chaque équipe. A mon avis, c’est une bonne décision et c’est le même système que dans les grands pays du basket-ball, car cela habitue les joueurs à l’endurance dans les tournois et leur permet de se frotter à des équipes de différents niveaux. Le problème, à mon avis, réside dans les entraîneurs. Il existe peu de bons entraîneurs égyptiens en Egypte comme Chérif Azmi, Achraf Tewfiq et Tareq Sélim. Il y a des joueurs talentueux, mais leur technique de jeu est très médiocre.

— A votre avis, quels sont les joueurs les plus performants en Egypte ?

— Il y en a beaucoup. Mais j’apprécie beaucoup le talent de Tareq Al-Ghannam d’Ahli et Waël Badr de Zamalek. Ces joueurs sont parfaits et capables de disputer un championnat en Europe. Mais la plupart des joueurs égyptiens sont trop paresseux ! Il faut dire aussi qu’ils jouent en même temps qu’ils travaillent ou étudient. Pour eux, c’est un grand risque de laisser tomber tout cela et de partir en vraie compétition ... C’est la logique des perdants !

— Cela doit être bien différent de l’atmosphère en Europe ...

— Bien sûr, en Europe, les joueurs ont toujours faim de victoires. Ils sont plutôt des soldats en mission que des joueurs au talent exceptionnel. Ils n’arrêtent pas d’évoluer ni d’apprendre. Tout comme les entraîneurs. C’est toute une atmosphère qui me convient bien plus.

— De manière générale, comment jugez-vous votre expérience en tant que professionnel ?

— J’ai connu beaucoup de hauts et de bas. En 1994, juste après ma participation aux Championnats du monde du Canada, j’ai reçu plusieurs offres et suis parti à Porto Rico et aux Etats-Unis pour deux essais de 8 mois. Mais malheureusement, ma performance a été mauvaise et ils ont refusé de signer avec moi. Je n’ai pas perdu courage et je suis parti de moi-même en Grèce pour trouver un club. J’y ai vécu 4 ans de succès, avec différents clubs. Puis, je me suis blessé au genou alors que le basket-ball en Grèce était en pleine progression. C’est pourquoi je suis parti jouer en France et en Italie et enfin en Turquie, avec des clubs de niveau moyen. En Grèce, je me suis le mieux entendu avec les entraîneurs et mes coéquipiers. Je me sentais même un peu en Egypte.

— Vous avez dit avoir reçu récemment plusieurs offres. Peut-on en savoir plus ?

— J’ai reçu plusieurs offres d’Europe. Dont une intéressante sur le point financier et qui correspond à mes capacités actuelles, du Dynamo Kiev en Ukraine. Ces pays travaillent à promouvoir le basket-ball. Ils ne sont pas très forts, mais se donnent les moyens de réaliser leur objectif. En outre, après ma dernière blessure au genou et à 34 ans, je préfère jouer avec des équipes capables de bénéficier de mon expérience.

— N’envisagez-vous pas de mettre bientôt un terme à votre carrière de joueur ?

— A l’étranger, beaucoup de basketteurs arrêtent à l’âge de 40 ou 42 ans. Tant qu’ils sont en forme, ils jouent. Moi, je m’entretiens. Je fais de la musculation avec le fameux international égyptien de foot Hossam Hassan. Il est vraiment peiné des critiques adressées contre lui, car il continue toujours à jouer à l’âge de 40 ans. Je le comprends parfaitement. Quant à moi, peut-être que j’arrêterai dans 2 ou 3 ans. Mais je ne continuerai jamais le basket en tant qu’entraîneur ou à n’importe quel poste administratif. J’ai fait des économies pour ma retraite. Le moment venu, je commencerai un autre projet pour apporter une vie stable à ma petite famille.

— La sélection égyptienne est engagée dans plusieurs tournois. Quelles sont pour vous ses chances de succès cette année ?

— Cette année, elle va disputer la Coupe d’Afrique des nations. A mon avis, il n’y a aucune chance pour l’Egypte. L’équipe est très faible et la sélection insiste à signer un contrat avec un entraîneur étranger. Ces entraîneurs disent avoir un CV extraordinaire, alors qu’ils sont nuls ! A titre d’exemple, quand je jouais en Italie, je me suis renseigné sur Mario Blasone, en charge pendant longtemps de la sélection égyptienne. On m’a répondu que ses capacités laissaient à désirer, qu’il n’avait jamais pris en charge une équipe seniors et qu’il travaille seulement avec des juniors ! Selon ses propres propos, Blasone était venu en Egypte pour profiter du bon climat et prendre des bains de soleil avec sa femme ! Il faut mettre terme à cette absurdité. Si la fédération nationale ne peut pas s’offrir de bons entraîneurs étrangers, elle doit se rabattre sur les entraîneurs nationaux qui peuvent être plus honnêtes et plus expérimentés. Car regardez comment les sélections africaines ont progressé ! La plupart de leurs joueurs sont professionnels en Europe dans les clubs du sommet. Et nous, l’on n’arrive même pas à remporter le Championnat arabe !

— A votre avis, quelle peut être la solution à ces problèmes ?

— Il faut liquider l’équipe actuelle et sélectionner de nouveaux éléments jeunes et les faire travailler quelques années pour obtenir un résultat sérieux. Sinon, l’Egypte disparaîtra complètement du basket-ball.

Chourouq Chimy

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