Al-Ahram Hebdo,Société | Le mal court
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Société

Tuberculose . Des cas ont fait leur apparition cette semaine dans sept gouvernorats. Pourtant, une thérapie nouvelle, la DOTS, recommandée par l’OMS et appliquée en Egypte depuis l’an 2000, semble être la lueur d’espoir. Enquête. 

Le mal court 

La Tuberculose (TB) est réapparue cette semaine dans sept gouvernorats d’Egypte, à savoir Béheira, Kafr Al-Cheikh, Béni-Souef, Assiout, Sohag, Qéna et le Fayoum. D’après des sources du ministère de la Santé qui ont requis l’anonymat, le taux d’atteinte est très élevé dans les quartiers les plus démunis et les bidonvilles.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la tuberculose est considérée comme la maladie des pauvres et reste très liée aux conditions de vie précaires et à l’absence des services basiques dus à la pauvreté. « C’est donc une maladie sociale ». La crainte est, selon les responsables de l’OMS, que dès l’apparition de la maladie dans un pays, sa propagation est rapide. Donc, le risque d’épidémie est grand. En effet, selon les statistiques, cette maladie tue, chaque année, 2 millions dans le monde, dont 111 000 dans notre région, à savoir en Egypte, au Soudan et en Somalie. Dans ce dernier pays, le taux est le plus fort. En Egypte, 26 sur 100 000 personnes en sont atteintes. Un chiffre satisfaisant pour le ministère de la Santé car il était plus élevé avant l’application du programme national de lutte contre la tuberculose.

Mais, malgré les efforts déployés pour l’éradiquer, on explique sa réapparition par l’augmentation des cas de sida dans le monde et en Egypte également, en plus des conditions économiques et sociales que l’on connaît.

La TB se transmet par voie aérienne. Lorsqu’une personne tousse ou éternue, de minuscules gouttelettes contenant les germes sont projetées dans l’air et peuvent être inhalées par toute personne se trouvant à proximité. Cette maladie menace toute personne dont l’immunité est faible, ce qui explique sa propagation parmi les sidéens, et prend pour cible aussi les personnes qui souffrent de malnutrition. « Combattez la pauvreté et vous combattrez la tuberculose, combattez la tuberculose et vous combattrez la pauvreté », tel est le slogan de l’OMS.

Fatma, qui a huit enfants, a perdu son mari atteint de la tuberculose. Cinq ans plus tard, deux de ses enfants ont attrapé la même maladie et elle a fini elle-même par être contaminée. Cette famille habite dans un des bidonvilles du Caire. Personne ne sait précisément combien de personnes vivent dans cette zone sauvage. C’est dans la précarité la plus totale que s’entassent trois à quatre familles sous le même toit, sans eau courante. En fait, tout le monde peut tomber malade mais les pauvres resteront toujours les cibles les plus vulnérables. Ils sont vraiment des proies toutes faites pour cette bactérie.

Mais pour savoir si une personne est atteinte de cette maladie ou non, il faut faire une analyse de crachat. La tuberculose devient terriblement contagieuse au cas où cette analyse prouverait qu’elle est active. Ce genre de tuberculose est susceptible de contaminer 10 à 15 personnes en une seule année, si le malade ne se soigne pas. « Sans traitement, 50 % des tuberculeux succombent dans les cinq ans qui suivent la contamination. Les autres gardent pour la plupart des séquelles graves et restent physiquement diminués à vie », note le Dr Salama Ghali, médecin en charge de la tuberculose à l’hôpital d’Al-Sadr, à Abbassiya.

Cependant, un mois après la prise des médicaments nécessaires, la tuberculose active se transforme en tuberculose négative, c’est-à-dire intransmissible. Il est à noter aussi que la tuberculose extra-pulmonaire n’est pas contagieuse, à savoir la tuberculose osseuse, cutanée, rénale ou intestinale. Le Dr Salama Ghali justifie ses paroles en disant : « Une fois le bacille de Koch a atteint les poumons, il gagne parfois le système lymphatique et le réseau sanguin, pour se répandre ensuite dans tout l’organisme. Les personnes souffrant de tuberculose extra-pulmonaire ne transmettent pas la maladie aux autres ». Ce genre de TB atteint 15 % du total des cas de tuberculose.

En effet, les facteurs de contagion sont multiples. La drogue, l’alcoolisme et la toxicomanie en sont des sources importantes. La pipe du narguilé facilite aussi la contamination. Osta Hassan était en bonne santé jusqu’à l’an dernier. Il travaillait comme menuisier. A la sortie de son boulot, il avait pour habitude de se rendre au café de la hara pour fumer une bonne chicha et papoter avec ses copains tout en jouant une partie de dominos.

Osta Hassan a attrapé la tuberculose au café, de quelqu’un qu’il connaît et avec qui il entretenait de bonnes relations. Aujourd’hui, il en est guéri. « La nouvelle thérapie m’a encouragé à suivre et à respecter la période de traitement. J’ai pu enfin reprendre mon boulot », ajoute-t-il. « J’avais 15 ans quand j’ai touché pour la première fois à la drogue. J’ai commencé par l’opium, puis je l’ai vite mélangé à de la poudre. Au bout d’un mois, je me piquais tous les jours. Le docteur dit que si je ne prends pas mes médicaments pour la tuberculose, je mourrai », dit Ahmad.

A l’encontre des idées reçues propagées par les médias et les films, la tuberculose est aujourd’hui une maladie curable. Autrefois, un patient était condamné à l’isolement dès qu’il avait contracté la maladie. On se contentait seulement de l’envoyer passer un long séjour en plein air, loin de la pollution (voir interview). Aujourd’hui, la thérapie existe et on ne meurt plus de la tuberculose.

La thérapie du miracle

La méthode DOTS, ce nouveau traitement gratuit, a été appliquée au Caire en 1996, puis répandue dans toute la République au début des années 2000. Par le biais de cette thérapie, le patient peut suivre un traitement antituberculeux d’une durée de six à huit mois. Dans le cadre de la stratégie DOTS, les patients prennent leurs médicaments en présence des gardes-malades auxquels ils ont été confiés. Des services de soins ont ouvert dans 39 hôpitaux et 111 dispensaires dans les quatre coins de la République. « Je me rends au dispensaire tous les matins avant de prendre mon petit-déjeuner pour avoir la dose de médicaments nécessaires (délivrés gratuitement) : deux cachets, deux capsules ainsi qu’une injection », dit un tuberculeux qui habite à Damanhour. Et si le malade n’a pas la force de se déplacer, un garde-malade se rend chez lui pour lui faire prendre quotidiennement ses médicaments, sinon son cas risque de s’aggraver rapidement. « On ne doit pas quitter le malade avant de nous assurer qu’il a bien avalé tous ses médicaments », précise un infirmier. Cette surveillance s’avère absolument vitale, non seulement en raison des effets secondaires éventuels qui, lorsqu’ils se manifestent, incitent le patient à interrompre le traitement, mais aussi parce qu’il est toujours tentant de sauter des doses une fois que l’on commence à se sentir mieux. « Dès que je me sens mieux, j’arrête mes médicaments. Conséquence : j’ai beaucoup de mal à respirer et je ne peux pas me coucher sur le ventre car cette position est trop douloureuse pour moi. J’ai fini par reprendre mon traitement et je ne tiens plus à l’arrêter », explique Fatma, 36 ans, mère de six enfants. Am Saad est aussi un malade qui se soigne à l’hôpital d’Al-Sadr. Atteint de la tuberculose depuis 15 ans, il n’est toujours pas guéri. « Lorsqu’un malade interrompt son traitement, il développe une forme de tuberculose ultra-résistante et la guérison devient plus difficile », précise le Dr Mahmoud Abdel-Méguid, le directeur de l’hôpital d’Al-Sadr à Abbassiya. Raison pour laquelle il a fallu charger un personnel médical de ces malades.

« On a trouvé tous les comprimés de ma mère dissimulés sous le matelas. C’est pour cela que son traitement a été prolongé sur deux ans au lieu de huit mois », confie le fils d’une malade à Damiette. Bien sûr, la TB se soigne mais à condition de suivre le traitement DOTS, sinon le malade rechute.

« Quand notre fille est morte en 1966, il n’y avait pas de traitement. On avait dépensé toutes nos économies, vendu notre mobilier et emprunté beaucoup d’argent pour pouvoir lui acheter les médicaments nécessaires, mais en vain. Aujourd’hui, on traite son frère Ali gratuitement à travers la stratégie DOTS », dit Wezza, la mère. Ali ne sait pas comment il a contracté la maladie. A 40 ans, il a commencé à ressentir des difficultés à respirer, jusqu’à suffoquer littéralement, avec de fortes douleurs à la poitrine. Il faisait constamment de la fièvre, avait perdu beaucoup de poids. Au début, il pensait avoir un simple rhume. Mais un mois s’est écoulé sans que son état s’améliore. « Je me suis réellement affolé lorsque j’ai commencé à cracher du sang et mes quintes de toux étaient devenues insupportables », raconte Ali. Cette nouvelle thérapie lui a permis de se sentir beaucoup mieux. « La santé de mon fils s’améliore de jour en jour », dit la mère.

En effet, l’Etat déploie des efforts consentis pour combattre cette maladie contagieuse, raison pour laquelle le nombre de cas diminue d’année en année en Egypte. « Sur 100 000 habitants, l’on comptait 350 tuberculeux en 1951, 7 en 1982, 32 en 1995, pour enfin répertorier 28 cas en 2003 », ajoute le Dr Essam Al-Moghazi, expert international en tuberculose auprès de l’OMS.

Cette thérapie de courte durée sous surveillance directe (des gardes-malades chargés de surveiller les patients durant la prise des médicaments) est désormais la thérapie officiellement recommandée par l’OMS. Le personnel soignant et les infirmières antituberculeux jouent un rôle efficace pour assurer le succès de cette thérapie.

Abdallah, ancien tuberculeux, a été formé par l’OMS pour devenir surveillant dans le cadre de la stratégie DOTS. Aujourd’hui, tous les patients de son village se rendent chez lui pour prendre leurs médicaments.

« C’est grâce à cette nouvelle thérapie que mon mari se porte mieux. Je ne pensais pas qu’il allait guérir. J’avais même préparé son linceul », dit une femme, avec joie.

Manar Attiya


 

4 QUESTIONS À

Dr Essam Moghazi,

directeur du département des maladies pulmonaires au ministère de la Santé.
« Dans ce genre de sujets délicats, il faut dire la vérité et rien que la vérité »
 

Al-Ahram Hebdo : Comment expliquez-vous la réapparition de cas de tuberculose en Egypte, aujourd’hui ?

Essam Moghazi : En fait, il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, la déclaration du rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la situation de la maladie dans le monde et aussi dans notre région. Cela coïncidait avec la célébration de la Journée mondiale de la tuberculose, le 24 mars. Le but était d’attirer l’attention des médias sur ce fléau, et surtout de sensibiliser l’opinion publique. Le problème, c’est que beaucoup de journaux ont saisi cette occasion pour en faire un scoop, tout en exagérant un peu trop dans la façon d’aborder le sujet et d’avancer les chiffres. Un exemple, le rapport de l’OMS sorti cette année classe l’Egypte en huitième position, ce qui fait de notre pays une région à moyenne propagation de la maladie. Certains journaux l’ont placé à la troisième position, basant tout leur article sur cette information erronée. Ce qui a effrayé les citoyens. Il faut, surtout dans ce genre de sujets délicats, dire la vérité et rien que la vérité.

— Quels sont les chiffres du ministère de la Santé en matière de tuberculose en Egypte ?

— Nous sommes un pays à forte population. Cela donne l’impression, lorsque l’on avance les chiffres des tuberculeux, qu’il s’agit là d’une épidémie, alors que le nombre est faible par rapport à notre population, qui compte environ 74 millions d’habitants. Les chiffres révèlent qu’il existe 26 cas pour 100 000 personnes. L’on a détecté 10 400 cas l’an dernier et 14 000 en 2005. Ce qui signifie une diminution des cas et ce grâce à la gratuité des soins.

— En Egypte, quelles sont les catégories les plus menacées ?

— Partout dans le monde comme en Egypte, la tuberculose est étroitement liée à la pauvreté et aux conditions de vie précaires. Il est vrai qu’elle est de retour même dans des pays riches. Mais, si l’on analyse de près sa prolifération dans le monde, on constate que les zones pauvres sont toujours les plus touchées. Ce qui est évident à cause de la malnutrition, l’absence d’aération dans les maisons et l’exiguïté des lieux. L’apparition du sida est aussi un autre facteur. Le virus du sida a ressuscité cette maladie. Mais, en Egypte, l’on ne peut pas le considérer comme étant la cause, puisque notre pays ne compte que 900 cas de sida.

— Quels sont les efforts déployés par le ministère pour éradiquer la maladie ?

— Soyons réalistes. Nous sommes conscients que nous vivons dans un pays où le taux de pauvreté est élevé. Nous ne pouvons pas améliorer la vie de tout le monde. La seule chose que nous pouvons assurer à ces malades, ce sont des soins gratuits et des gardes-malades pour bien respecter leur traitement. Le ministère envoie en permanence des caravanes médicales circulant dans tous les coins de l’Egypte pour venir en aide à tous les malades. Tous les traitements sont délivrés gratuitement alors que la thérapie pour chaque malade coûte environ 700 L.E. et atteint dans les cas les plus résistants 3 500 dollars. Notre objectif est d’atteindre le malade à temps pour qu’il ne soit pas une source de contamination pour son entourage.

Amira Doss

 




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