Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Sayed Saïd, Comment blâmer les dirigeants arabes ?
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Opinion

Comment blâmer les dirigeants arabes ?

Mohamed Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS d’Al-Ahram
 

« Tout le blâme retombe sur nous, nous, les dirigeants de la nation arabe. Je vous invite à un nouveau début ». Un esprit nouveau a émané du discours prononcé par le souverain saoudien, le roi Abdallah, au cours de la séance d’inauguration de la conférence du dernier sommet arabe de Riyad. C’est le premier discours prononcé par une direction arabe reconnaissant la responsabilité individuelle et collective des innombrables erreurs qui ont poussé le monde arabe vers le fossé actuel.

Bien que le discours ne l’ait pas mentionné, sa structure a impliqué la reconnaissance de la nécessité de fonder une certaine « entité » pour superviser à quel point les dirigeants respecteront la promesse d’entamer un « nouveau début ».

Sans cette reconnaissance, l’engagement se transformera en un discours littéraire dans lequel les dirigeants arabes se donnent des charges dont ils peuvent se départir. Par conséquent, cet engagement deviendra nul. Le roi Abdallah s’est exprimé en toute sincérité. Il entendait tout ce qu’il disait. Par conséquent, la supervision des actions des rois et présidents arabes deviendra une partie indivisible de son invitation à entamer un nouveau début. Dans les sociétés démocratiques, ce sont les peuples qui supervisent leurs dirigeants et qui leur demandent des comptes. Par conséquent, ils décident de les réélire ou non. Partant, ce ne sont pas seulement les dirigeants arabes qui sont à blâmer, mais aussi leurs peuples.

Bien que le souverain saoudien n’ait pas déclaré cette signification supplémentaire, on la trouve implicitement dans son discours.

Le discours reconnaît les erreurs pour lesquelles les dirigeants méritent d’être blâmés. Cependant, il ne dit pas ce que signifie exactement le blâme. Dans la langue arabe, le blâme signifie la réprimande ou la responsabilité. Il est difficile d’imaginer que le discours inaugural du sommet portait ce premier sens. Le contexte du discours confirme qu’il portait plutôt le second. En effet, il recherchait les raisons de l’échec de l’unité arabe, promise par la Ligue arabe à sa fondation en 1945, ainsi que les raisons du désengagement aux devoirs indispensables pour que la nation arabe détermine son destin par elle-même. Le fait qui a permis aux forces extérieures de déterminer l’avenir de la région.

C’est-à-dire que le blâme ici signifie la responsabilité. Quand quelqu’un est blâmé pour avoir commis une erreur ou pour avoir manqué à un devoir, ceci signifie qu’il en est responsable. Partant, la reconnaissance du souverain saoudien de la responsabilité des dirigeants arabes représente un communiqué sincère et inhabituel dans le discours politique arabe. Cependant, ceci signifie aussi que personne ne demande de comptes aux dirigeants arabes. Par conséquent, les erreurs se sont accumulées au point que nous souffrons maintenant de conjonctures dramatiques. Il est certain aussi que celui qui ne demande pas de comptes est à son tour responsable, soit les peuples arabes.

Il incombe à celui qui fait accéder au pouvoir une certaine personne ou un gouvernement de lui demander des comptes. La capacité des peuples à demander des comptes à leurs dirigeants dépend à l’origine de leur capacité de les choisir. Ce procédé deviendra possible lorsque les sociétés arabes opteront pour la démocratie avec tous ses principes et ses mécanismes, comme l’équité des citoyens, l’indépendance de la justice et l’alternance du pouvoir par des élections périodiques honnêtes. Aujourd’hui, l’absence de la démocratie ou du gouvernement populaire élu demeure le complexe des régimes politiques, voire de la formation civilisationnelle et de la structure éthique des sociétés arabes et islamiques. Si ces rois et présidents devaient rendre des comptes, la civilisation arabe et islamique n’aurait pas souffert des maladies dont elle n’a pas guéri jusqu’à présent et n’aurait pas connu un recul, alors que le monde entier a évolué. Par conséquent, il est tout à fait logique que les plus développés et les plus forts déterminent notre destin et dominent notre région, que ce soit de l’extérieur ou de l’intérieur. Aujourd’hui, nous ne perdons pas seulement les chances de développement et les raisons de la force, nous perdons aussi nos terres et nos droits. Bien plus, les occupants et les dominants nous distribuent des rôles et des idées qui nous poussent à nous entre-tuer. En effet, ils soulèvent des séditions confessionnelles et des xénophobies ethniques et culturelles. Nos pays sont alors devenus le foyer de la violence et des crises comme le souverain saoudien y a fait allusion dans son discours. C’est ce sur quoi les dirigeants arabes doivent être blâmés, car ils en assument la responsabilité ainsi que leurs peuples.

Le souverain saoudien a décidé d’entamer un nouveau début. Il a demandé à ses partenaires d’en faire de même. Dans ce contexte, une question s’impose : Que signifie ce début ? Tout d’abord, il convient de revoir la structure des régimes, soit réviser la structure des Etats arabes actuels et assumer la mission de  leur transfert à la démocratie. Seule la démocratie permettra aux Arabes de reprendre les rênes de la situation et de mettre un terme à l’hégémonie des forces extérieures. De plus, la démocratie permettra de remédier à la question des divisions arabes que le souverain saoudien a considérée comme l’une des principales raisons de la crise actuelle du monde arabe.

Ce qui se passe dans le monde arabe n’est pas seulement la responsabilité des présidents et des rois. C’est aussi la responsabilité des peuples. Ces derniers doivent contrôler ce nouveau début. Bien plus, le nouveau début doit émaner des peuples. Ce sont eux qui doivent demander des comptes et qui doivent choisir les gouvernements, les dirigeants et tous les responsables travaillant dans les postes des services publiques. Ainsi, les peuples devront-ils demander des comptes à la Ligue arabe, car c’est elle la responsable du plus important service public, soit la restitution des droits arabes pillés, surtout la Palestine et l’Iraq. En Palestine, la situation est déplorable. Quant à l’Iraq, l’on doit trouver une conception pour mettre un terme à l’occupation illégitime et à la mettre en exécution à travers une formule de solution arabe des aspects internes et externes du conflit. Il incombe surtout aux peuples arabes de contrer les incitations à la guerre civile et aux actes de violences entre les chiites et les sunnites et à demander des comptes à tous ceux qui y prennent part ou qui y incitent, que ce soit en Iraq ou ailleurs.

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