Al-Ahram Hebdo, Opinion | Salama A. Salama, La pensée religieuse et la politique
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Opinion

La pensée religieuse et la politique

Salama A. Salama 

Dans la plupart des pays arabes et musulmans, l’expérience de la réforme politique et démocratique a été vouée à un échec flagrant pour maintes raisons. Mais cet échec a essentiellement résulté de la contradiction existante entre les idées religieuses dominantes et la démocratie au sens occidental et moderne du terme. Dans certains cas, la peur qui a atteint des degrés d’hystérie à cause de l’emprise exercée par les courants religieux représente un obstacle face à la démocratie. A l’exception de l’expérience iranienne qui continue sa lutte contre de nombreux pressions et défis, certains régimes arabes ont essayé de se frayer une voie et de parvenir à une formule ou, en d’autres termes, à un compromis entre l’Etat civil et la référence religieuse. Mais en vain. D’ailleurs, c’est une problématique que vivent la plupart des pays arabes et l’Egypte où l’image n’est pas suffisamment claire. Ce qui s’est répercuté sur l’expérience du référendum sur les amendements constitutionnels. Lorsque les hommes officiels de religion, qui sont le cheikh d’Al-Azhar et le pape, se sont trouvés obligés d’utiliser des concepts religieux pour soutenir le gouvernement. Les courants islamiques, de leur côté, se sont élevés contre cet appui. Nous avons eu l’occasion d’écouter le président Khatami, qui était l’invité de l’écrivain Mohamad Hassanein Heykal, faire une conférence éclairée de la nature de la relation entre la pensée religieuse et la démocratie qui rectifie de nombreux malentendus. Il estime que le renouvellement de la pensée religieuse ne se réalisera pas sans démocratie. Et vice-versa, la démocratie ne verra jamais le jour dans le monde arabe et musulman sans un renouvellement de la pensée religieuse. Si les réformateurs religieux désirent vraiment avoir un rôle dans les causes sociales et économiques, ils doivent accepter la démocratie comme mode de gouvernance. Et ceci pour ne pas atteindre le même stade de l’Occident, séparant complètement la religion chrétienne de la démocratie. Et donc, les peuples arabes et musulmans n’ont d’autres choix — selon Khatami — que de se fondre et s’intégrer avec force dans le processus de transfert vers la démocratie pour que les régimes en place acquièrent la légitimité et la popularité nécessaires. Les modèles de démocratie se multiplient et se diversifient conformément aux tempéraments humains et aux arrière-plans sociaux et historiques. Si la démocratie en Occident a tenté sa chance et s’est engagée de plain-pied dans son expérience, pour enfin aboutir à une démocratie libérale, il n’en demeure pas moins que les peuples arabes et musulmans pourraient emprunter d’autres voies, mais doivent en fin de compte se plier à des principes incontournables. Avec en priorité la nécessité que la « gouvernance » ou la légitimité du pouvoir émane de la volonté libre du peuple. Et qu’elle ne soit dictée ni par des considérations élitistes, ethniques ni par le principe de majorité, élaboré par les théologiens du pouvoir. Deux piliers essentiels sont nécessaires : un pouvoir juridique indépendant et une presse libre qui est l’expression d’une société civile ouverte. Une société qui ne priverait en aucun cas une de ses minorités de ses droits et de sa participation à la réforme.

Cette lecture éclairée que nous apporte Khatami de l’expérience iranienne, abstraction faite de ses réussites et échecs, nous appelle à reconnaître que les visions de renouvellement religieux chez nous sont toujours aussi rigides, voire dépassées par le temps. Et c’est ce mal particulièrement qui s’érige face à l’instauration d’une société civile en Egypte et dans le monde arabe.

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