Les
élections et la
sagesse
populaire
Mohamed Salmawy
Un
correspondant
d’une
agence de presse
étrangère,
venu pour couvrir les
élections de
l’Union des
écrivains d’Egypte,
m’a demandé
la raison de cette affluence
pour la désignation des
membres de
cette Union. C’est,
répondai-je, le sentiment
que la voix
de l’électeur, qui
oriente en
général le cours des
élections,
que ce
soit
positivement ou
négativement, a de la
valeur.
Ces
deux raisons
entraînent
nécessairement une
troisième,
celle de la responsabilité
qu’éprouve
l’électeur à
l’égard de
cette entité pour
laquelle il
doit donner
son avis. Il s’agit
d’une
propriété à
lui dont
il choisit
de son plein
gré les
gérants. Il peut, au
même titre,
revenir sur
son choix et
écarter les
personnes qu’il a
choisies
s’il n’est pas
satisfait de
leur performance.
Un
grand nombre, environ 60
candidats, pour 15
sièges se
sont disputé les
élections de
renouvellement
partiel qui se
sont
déroulées la semaine
dernière à
l’Union des
écrivains d’Egypte.
Soit 4 fois
plus que le
nombre requis.
Ceci dit,
la liberté de
choix était
non seulement de
mise, mais
également
grande. Les candidats
étaient de
toutes les tendances, de
l’extrême
droite à
l’extrême gauche. Les
catégories
d’âge étaient
également
variées. Il y avait des
jeunes qui
s’engageaient pour la première
fois et même des
personnes de 70 ans.
J’ai
dit au
correspondant : la direction de
l’Union s’est
attachée à
toutes les
procédures de transparence à
tous les
niveaux. L’assemblée
générale a
été également
témoin des
élections. Il répondit :
J’ai
remarqué, ainsi
que mes
collègues,
que vous
avez
utilisé les urnes en
verre comme
pour le récent
référendum
sur les amendements
constitutionnels.
Je
rectifiai :
Ce sont les
responsables
du
référendum qui nous
ont imités.
Nous avions
déclaré il
y a trois
mois, en début d’année,
que nous
allions
utiliser des urnes en
verre pour les
élections de
l’Union qui se
dérouleront en mars
prochain. Et
ce, à
la suite de la proposition d’un membre
de l’Union
lors des élections qui se
sont
déroulées deux
années plus
tôt. La presse en
avait parlé
à l’époque
disant que
c’était la première
fois que
de telles
urnes étaient
utilisées.
Notons d’ailleurs
que le
parti du
néo-Wafd les
avait
utilisées au cours de
l’une des
élections internes
depuis
quelques années.
Cependant,
les urnes en
verre ne
sont pas à
elles
seules suffisantes et
garantes de
l’intégrité et de la transparence
du
processus électoral,
bien que
l’on soit
sûr
qu’aucun bulletin ne
peut être
inséré au
préalable. Mais
comme c’est
le cas avec
n’importe quelles
autres
urnes, il
est possible
d’introduire les bulletins
que l’on
désire
glisser. Raison pour laquelle
nous avons
fait de l’électeur un
observateur de
tous les
stades du
processus
électoral, depuis le vote
jusqu’au
dépouillement qui s’est
effectué en public et en la
présence de
l’assemblée générale. Les
urnes
étaient ouvertes
devant les
membres et le décompte
était
annoncé, vote par vote, à
haute voix. Au
même moment, les
membres de
l’Union faisaient le
calcul
simultanément avec le comité
de dépouillement.
Nous
nous sommes
également attachés au
contrôle
juridique et nous
avons été
honorés de la
présence du
membre du
Conseil
d’Etat Loutfi
Mansour et
d’une équipe
composée de 10
personnes.
Ils ont
eu
l’amabilité de démontrer
une grande
flexibilité
à l’égard de
nos
demandes qui avaient pour
objectif de
nous garantir
une
impartialité totale.
Nous
avons, par
exemple, exigé la
présence de
représentants des candidats
pour superviser le travail. Le
conseiller
du Conseil
d’Etat nous
a dit qu’en
général, les
représentants des
candidats se
trouvent au
stade du
dépouillement secret. Quant au
dépouillement public,
c’est
l’assistance qui en suit de près
les péripéties.
Nous lui
avons dit
que les
candidats et le reste des
membres de
l’assemblée générale
suivront le
dépouillement ainsi
que leurs
représentants. Et
il
acquiesça : Nous
avons
également demandé
d’annoncer
officiellement les résultats
de la première urne pour
que les
journalistes et les hommes
de médias
puissent transmettre
ces
résultats en tant
que premiers indices pour
leurs
journaux qui ne
pouvaient pas
attendre les
résultats
finaux qui paraissent en
général à
l’aube. Il
existait également
une autre
raison : s’assurer de la
conformité des
résultats
auxquels est
parvenue
l’assemblée générale avec
ceux
annoncés par le comité de
dépouillement.
De
nouveau, le conseiller
du Conseil
d’Etat
s’est plié
à cette
demande
bien que
cela
signifiait le fait d’arrêter
l’opération de
dépouillement après la première
urne et de
cesser de calculer les
voix de
chacun des 58 candidats
qui suivaient le
dépouillement en
parallèle avec le
comité
juridique.
Un
représentant de
l’une des
organisations des droits
de l’homme et
responsable de faire le
suivi de
l’exercice démocratique
m’a demandé
d’être informé
du nombre
de ceux qui
ont voté aux
élections.
Je lui
ai dit
que pour 1 800
membres, environ 1 200
détiennent le
droit de vote.
Nous avons
pris
connaissance ensemble du
taux de participation
à plus de 50 %. A
ce moment-là,
le représentant
leva haut
ses bras et dit
surpris :
incroyable. Nous
savons que
le taux de participation en
Egypte est
en général
très bas. Vos
chiffres
officiels font état de 27
%, alors
que les nôtres
s’arrêtent
à 5 %. Mais le
taux chez
vous à
l’Union des
écrivains a atteint 70 %.
Quelle est
votre
interprétation de cela ?
Je
répondis
que cela
était dû
à la transparence et
à la
confiance de l’électeur
dans les
procédures électorales et
dans sa
capacité de faire
triompher
celui qu’il
désire et de faire
échouer
celui qu’il
veut
écarter.
Enfin,
lorsque les
résultats ont
été rendus
publics, j’ai vu
que
l’électeur a fait preuve
d’une
grande sagesse. Les
élections
ont eu lieu
alors que
de nombreuses
demandes se
sont élevées
sur la
nécessité du
renouvellement et
celui
d’injecter du sang
nouveau et, enfin, de
ne pas
consacrer pour toujours
les sièges des
membres du
conseil qui
ont attiré la
confiance de
l’électeur tout au long de
ces années.
Mais j’ai
trouvé
qu’entre les 15 candidats
qui l’ont
emporté, 7 ne
faisaient pas
partie de
l’ancienne formation. Cela
signifie
que l’électeur, en
choisissant les nouveaux
candidats,
leur a accordé environ la
moitié des
sièges disponibles tout
en préservant pour
l’autre
moitié les anciennes
expériences.
Ainsi, le
résultat a-t-il
été
équilibré entre
l’ancien et le nouveau
conseil et
entre l’expérience et la
volonté de
progresser.
Les
élections de
l’Union des
écrivains d’Egypte
ont prouvé
une fois
de plus qu’accorder aux
gens leurs
droits
élémentaires, leur
donner
l’occasion d’assumer
leur rôle
en respectant
leurs points de
vue, fait
qu’ils ne
s’abstiennent pas de voter.
Ce qui
laisse transparaître
toujours
une sagesse
digne d’un grand
peuple tel
que le
peuple égyptien.