Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le cri de détresse de Bagdad
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Iraq . En proie à une violence meurtrière que rien ne semble pouvoir endiguer, le pays fait appel à ses voisins et aux grandes puissances pour trouver une issue à la crise.

 

Le cri de détresse de Bagdad

La violence continue invariablement de frapper en Iraq. Au moins 21 personnes ont été tuées et 47 blessées dimanche, tandis que des centaines de milliers de partisans du mouvement chiite du chef radical Moqtada Sadr manifestaient lundi, 9 avril, au quatrième anniversaire de la chute du régime de Saddam Hussein, à Najaf, au sud de Bagdad, contre l’occupation américaine. L’attaque la plus meurtrière s’est produite à Mahmoudiyah, à 30 km au sud de Bagdad, lorsqu’une roquette a atteint un immeuble habité, faisant au moins 15 morts et 25 blessés. L’explosion s’est produite dans la matinée sur l’avenue principale de cette ville majoritairement chiite, située dans le « triangle de la mort », au sud de la capitale iraqienne. Le lendemain, l’armée américaine a annoncé avoir perdu six soldats. Ces décès portent à 27 depuis le début de ce mois particulièrement meurtrier et à 3 275 depuis l’invasion en mars 2003 le nombre de soldats et personnels assimilés américains tués en Iraq.

Les Américains ont également annoncé l’arrestation de « 39 miliciens » lors de combats acharnés cette semaine, faisant quatre morts et 25 blessés, entre milices chiites et forces de sécurité iraqiennes et américaines à Diwaniyah (180 km au sud de Bagdad). Cette opération baptisée « Aigle noir », dans le prolongement du plan de sécurisation de Bagdad, a également fait l’objet de frappes aériennes américaines. Ces affrontements entre milices radicales chiites de Moqtada Sadr et forces régulières, fréquents à Diwaniyah, avaient déjà coûté la vie à une vingtaine de soldats et à des dizaines de miliciens en août 2006.

Cette vague de violences survient sur fond de préparation de la conférence internationale ministérielle sur l’Iraq, qui doit réunir ses voisins et les grandes puissances les 3 et 4 mai à Charm Al-Cheikh, en Egypte, pour trouver une issue à la crise. Six pays voisins de l’Iraq, à savoir la Turquie, l’Iran, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie saoudite et le Koweït, outre Bahreïn, la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique devraient participer à la réunion qui sera coprésidée par l’Iraq et l’Egypte. Les membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu et du G8 y prendraient également part. Mais Téhéran a réservé sa participation à la conférence sur l’Iraq, préférant qu’elle se tienne « à Bagdad ou l’une des villes de ce pays », a déclaré le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Reza Baqeri. La République islamique semble ainsi opposée à sa tenue en Egypte, M. Baqeri ayant estimé que « si la conférence doit se tenir en dehors de l’Iraq, alors il faut obtenir l’accord de toutes les parties » pour cela.

La réunion ministérielle proprement dite se tiendrait le 4 mai. Elle sera précédée par une réunion consacrée au Contrat international d’objectifs pour l’Iraq (ICI) le 3 mai. L’ICI est un plan quinquennal pour restaurer l’économie iraqienne, lancé en juillet entre Bagdad et les Nations-Unies avec le soutien de la Banque Mondiale. La rencontre de Charm Al-Cheikh s’inscrit dans le prolongement de la conférence internationale sur la sécurité en Iraq, le 10 mars à Bagdad, à laquelle avaient participé 17 pays et organisations représentés par des ambassadeurs et quelques vice-ministres. « Nous espérons que cela (la conférence) aboutira à un dialogue, un contact entre ces puissances régionales et puissances internationales », a déclaré Hochyar Zebari, ministre iraqien des Affaires étrangères. « Il y aura peut-être des opportunités pour sortir de l’impasse, ce qui aiderait mon pays, car nous avons besoin d’un soutien et d’un environnement régional favorables pour réussir », a-t-il souligné.

L’annonce de la tenue de cette conférence intervient à un moment où les forces américaines viennent d’étendre le plan de sécurisation de Bagdad à d’autres régions du pays pour tenter de mettre fin aux violences qui ont fait plus de 30 000 morts en 2006, selon l’Onu.

Opposition démocrate

Les difficultés que rencontrent les forces américaines en Iraq ne semblent pas avoir entamé la détermination du président George W. Bush à rejeter tout calendrier de retrait d’Iraq et son intransigeance face au Congrès démocrate qu’il a accusé de menées politiciennes aux dépens des soldats. M. Bush a accusé ses adversaires démocrates, majoritaires au Congrès depuis janvier, de prendre le risque que certaines unités voient prolonger leur déploiement sur le terrain et que d’autres soient contraintes de partir au front plus tôt parce que le Congrès n’aura pas adopté à temps le collectif budgétaire finançant la guerre, de 100 milliards de dollars. M. Bush est en conflit ouvert avec les Démocrates qui tentent de lui imposer un retrait d’Iraq en 2008. Pour y parvenir, ils se sont servis du projet de collectif budgétaire, auquel ils ont associé une fin de mission en 2008. Ils doivent à présent harmoniser les versions des deux chambres avant de soumettre un texte à M. Bush.

Celui-ci a répété qu’il opposerait son veto à un projet assorti d’échéances et de restrictions, et a dénoncé l’exploitation du collectif par les Démocrates. Du fait des vacances parlementaires, le Congrès pourra présenter au président un texte au mieux vers la fin du mois, après que les effets d’une absence de collectif auront commencé à se faire sentir. Les Démocrates objectent à M. Bush que c’est lui qui privera les soldats de fonds en se servant de son veto.

Les tirs croisés sont devenus quotidiens entre les deux camps républicain et démocrate à propos du financement de la guerre, et tout fait penser que cet état de choses peut durer des semaines, sinon des mois. En mars, la Chambre des représentants et le Sénat ont approuvé de justesse des plans de financement non identiques sur un calendrier de retrait pour l’an prochain. Il leur faudra fondre leurs versions respectives en un seul texte de loi pour le transmettre à Bush. Le président a menacé d’y opposer son veto et d’obliger les Démocrates à lui envoyer un texte qu’il soit en mesure de signer. Ceci constitue l’exemple le plus marqué de « stratégie du bord de l’abîme » depuis le refus du président Bill Clinton de signer en 1995 un projet de budget d’inspiration républicaine, qui avait entraîné une « fermeture » des administrations jusqu’à ce que les Républicains aient fait marche arrière à contrecœur.

Les Démocrates, eux, pensent avoir le dessus parce que les élections de novembre dernier, qui leur ont rendu le contrôle du Congrès, étaient considérées comme un référendum sur l’Iraq. Mais les responsables de la Maison Blanche comptent sur l’opinion pour se rallier au président bien qu’il soit politiquement affaibli et conserve peu de crédibilité sur la question iraqienne. Plusieurs observateurs partagent cet avis et pensent que faute de compromis, les Démocrates finiront par devoir transiger car le soutien de l’opinion publique aux troupes mobilisées en Iraq l’emporterait finalement sur la question de l’échéance du retrait.

Hicham Mourad

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