Iraq .
En proie à une violence meurtrière que rien ne semble
pouvoir endiguer, le pays fait appel à ses voisins et aux
grandes puissances pour trouver une issue à la crise.
Le
cri de détresse de Bagdad
La
violence continue invariablement de frapper en Iraq. Au
moins 21 personnes ont été tuées et 47 blessées dimanche,
tandis que des centaines de milliers de partisans du
mouvement chiite du chef radical Moqtada Sadr manifestaient
lundi, 9 avril, au quatrième anniversaire de la chute du
régime de Saddam Hussein, à Najaf, au sud de Bagdad, contre
l’occupation américaine. L’attaque la plus meurtrière s’est
produite à Mahmoudiyah, à 30 km au sud de Bagdad, lorsqu’une
roquette a atteint un immeuble habité, faisant au moins 15
morts et 25 blessés. L’explosion s’est produite dans la
matinée sur l’avenue principale de cette ville
majoritairement chiite, située dans le « triangle de la mort
», au sud de la capitale iraqienne. Le lendemain, l’armée
américaine a annoncé avoir perdu six soldats. Ces décès
portent à 27 depuis le début de ce mois particulièrement
meurtrier et à 3 275 depuis l’invasion en mars 2003 le
nombre de soldats et personnels assimilés américains tués en
Iraq.
Les
Américains ont également annoncé l’arrestation de « 39
miliciens » lors de combats acharnés cette semaine, faisant
quatre morts et 25 blessés, entre milices chiites et forces
de sécurité iraqiennes et américaines à Diwaniyah (180 km au
sud de Bagdad). Cette opération baptisée « Aigle noir »,
dans le prolongement du plan de sécurisation de Bagdad, a
également fait l’objet de frappes aériennes américaines. Ces
affrontements entre milices radicales chiites de Moqtada
Sadr et forces régulières, fréquents à Diwaniyah, avaient
déjà coûté la vie à une vingtaine de soldats et à des
dizaines de miliciens en août 2006.
Cette
vague de violences survient sur fond de préparation de la
conférence internationale ministérielle sur l’Iraq, qui doit
réunir ses voisins et les grandes puissances les 3 et 4 mai
à Charm Al-Cheikh, en Egypte, pour trouver une issue à la
crise. Six pays voisins de l’Iraq, à savoir la Turquie,
l’Iran, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie saoudite et le
Koweït, outre Bahreïn, la Ligue arabe et l’Organisation de
la conférence islamique devraient participer à la réunion
qui sera coprésidée par l’Iraq et l’Egypte. Les membres
permanents du Conseil de sécurité de l’Onu et du G8 y
prendraient également part. Mais Téhéran a réservé sa
participation à la conférence sur l’Iraq, préférant qu’elle
se tienne « à Bagdad ou l’une des villes de ce pays », a
déclaré le vice-ministre iranien des Affaires étrangères,
Mohammad Reza Baqeri. La République islamique semble ainsi
opposée à sa tenue en Egypte, M. Baqeri ayant estimé que «
si la conférence doit se tenir en dehors de l’Iraq, alors il
faut obtenir l’accord de toutes les parties » pour cela.
La
réunion ministérielle proprement dite se tiendrait le 4 mai.
Elle sera précédée par une réunion consacrée au Contrat
international d’objectifs pour l’Iraq (ICI) le 3 mai. L’ICI
est un plan quinquennal pour restaurer l’économie iraqienne,
lancé en juillet entre Bagdad et les Nations-Unies avec le
soutien de la Banque Mondiale. La rencontre de Charm Al-Cheikh
s’inscrit dans le prolongement de la conférence
internationale sur la sécurité en Iraq, le 10 mars à Bagdad,
à laquelle avaient participé 17 pays et organisations
représentés par des ambassadeurs et quelques vice-ministres.
« Nous espérons que cela (la conférence) aboutira à un
dialogue, un contact entre ces puissances régionales et
puissances internationales », a déclaré Hochyar Zebari,
ministre iraqien des Affaires étrangères. « Il y aura
peut-être des opportunités pour sortir de l’impasse, ce qui
aiderait mon pays, car nous avons besoin d’un soutien et
d’un environnement régional favorables pour réussir », a-t-il
souligné.
L’annonce de la tenue de cette conférence intervient à un
moment où les forces américaines viennent d’étendre le plan
de sécurisation de Bagdad à d’autres régions du pays pour
tenter de mettre fin aux violences qui ont fait plus de 30
000 morts en 2006, selon l’Onu.
Opposition démocrate
Les
difficultés que rencontrent les forces américaines en Iraq
ne semblent pas avoir entamé la détermination du président
George W. Bush à rejeter tout calendrier de retrait d’Iraq
et son intransigeance face au Congrès démocrate qu’il a
accusé de menées politiciennes aux dépens des soldats. M.
Bush a accusé ses adversaires démocrates, majoritaires au
Congrès depuis janvier, de prendre le risque que certaines
unités voient prolonger leur déploiement sur le terrain et
que d’autres soient contraintes de partir au front plus tôt
parce que le Congrès n’aura pas adopté à temps le collectif
budgétaire finançant la guerre, de 100 milliards de dollars.
M. Bush est en conflit ouvert avec les Démocrates qui
tentent de lui imposer un retrait d’Iraq en 2008. Pour y
parvenir, ils se sont servis du projet de collectif
budgétaire, auquel ils ont associé une fin de mission en
2008. Ils doivent à présent harmoniser les versions des deux
chambres avant de soumettre un texte à M. Bush.
Celui-ci
a répété qu’il opposerait son veto à un projet assorti
d’échéances et de restrictions, et a dénoncé l’exploitation
du collectif par les Démocrates. Du fait des vacances
parlementaires, le Congrès pourra présenter au président un
texte au mieux vers la fin du mois, après que les effets
d’une absence de collectif auront commencé à se faire sentir.
Les Démocrates objectent à M. Bush que c’est lui qui privera
les soldats de fonds en se servant de son veto.
Les tirs
croisés sont devenus quotidiens entre les deux camps
républicain et démocrate à propos du financement de la
guerre, et tout fait penser que cet état de choses peut
durer des semaines, sinon des mois. En mars, la Chambre des
représentants et le Sénat ont approuvé de justesse des plans
de financement non identiques sur un calendrier de retrait
pour l’an prochain. Il leur faudra fondre leurs versions
respectives en un seul texte de loi pour le transmettre à
Bush. Le président a menacé d’y opposer son veto et
d’obliger les Démocrates à lui envoyer un texte qu’il soit
en mesure de signer. Ceci constitue l’exemple le plus marqué
de « stratégie du bord de l’abîme » depuis le refus du
président Bill Clinton de signer en 1995 un projet de budget
d’inspiration républicaine, qui avait entraîné une «
fermeture » des administrations jusqu’à ce que les
Républicains aient fait marche arrière à contrecœur.
Les
Démocrates, eux, pensent avoir le dessus parce que les
élections de novembre dernier, qui leur ont rendu le
contrôle du Congrès, étaient considérées comme un référendum
sur l’Iraq. Mais les responsables de la Maison Blanche
comptent sur l’opinion pour se rallier au président bien
qu’il soit politiquement affaibli et conserve peu de
crédibilité sur la question iraqienne. Plusieurs
observateurs partagent cet avis et pensent que faute de
compromis, les Démocrates finiront par devoir transiger car
le soutien de l’opinion publique aux troupes mobilisées en
Iraq l’emporterait finalement sur la question de l’échéance
du retrait.
Hicham Mourad