Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un favoritisme qui fait grand bruit
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Parlement . Les députés de l’opposition ne décolèrent pas après que le gouvernement eut versé une somme de 100 000 L.E. à chacun de leurs collègues du PND pour « le développement des services » dans leurs circonscriptions.

Un favoritisme qui fait grand bruit

La colère gagne depuis une semaine les rangs de l’opposition à l’Assemblée du peuple car le président de l’Assemblée, Ahmad Fathi Sourour, a refusé de transférer à l’Organisme central des comptes une affaire de « corruption ». L’affaire remonte à la fin du mois dernier quand le gouvernement a versé aux députés du Parti National Démocrate (PND au pouvoir) une somme de 100 000 L.E. à chacun, « pour le développement des services » dans leurs circonscriptions respectives. Cela a eu lieu comme par hasard quelques semaines avant le référendum sur les amendements constitutionnels. Selon les opposants, le gouvernement attendait en échange que les députés concernés encouragent les votants de leurs circonscriptions à aller voter en faveur des amendements.

« J’ai des documents qui prouvent que ces sommes proviennent d’une aide américaine dans le cadre d’un programme du développement humain. Ces sommes ont été encaissées à travers des chèques portant le nom des ministères du Plan et du Développement local », affirme le député indépendant Gamal Zahrane, qui accuse le gouvernement de « gaspillage des fonds publics » et les députés du PND de toucher « des pots-de-vin ».

Aussi Zahrane a-t-il réussi à collecter la signature de 52 autres députés opposants, islamistes ou indépendants sur un document portant ces mêmes accusations à l’encontre du gouvernement et des députés PND, et demandant de confier l’affaire à l’Organisme central des comptes. Le président de l’Assemblée, qui a fini par accepter la demande, l’a toutefois soumise à un vote. Les députés, majoritairement issus du PND, ont par la suite refusé de transférer l’affaire à l’Organisme central des comptes. « Transférer une affaire à l’Organisme central des comptes, cela relève des compétences du président du Parlement lequel prend sa décision à la lumière du sérieux et de la crédibilité des documents fournis, mais, il est clair que Sourour a eu recours au vote pour éviter de dévoiler les liens douteux entre le gouvernement et le PND », déclare Alaa Abdel-Moneim, député indépendant signataire de la demande.

Profit mutuel

De son côté, le PND se défend en dénonçant le « vieux jeu » de l’opposition. « Les députés de l’opposition soulèvent cette affaire imaginée pour couvrir leur échec politique après les résultats du référendum qu’ils ont boycotté et l’adoption des amendements qu’ils ont rejetés. Ces gens ne cherchent qu’à critiquer le gouvernement et à ternir l’image du PND », rétorque Abdel-Ahad Gamaleddine, chef de la majorité parlementaire. Il reconnaît d’ailleurs avoir obtenu lui-même cette somme d’argent de la part du gouvernement pour « le développement des services » dans sa circonscription. « Le premier ministre, Ahmad Nazif, a déjà affirmé que tout député aurait droit à un financement pourvu qu’il présente une étude fiable sur des services qui manquent dans sa circonscription. Ce financement est accordé après la ratification d’une commission spéciale dépendant du Conseil des ministres, sans tenir compte de l’appartenance politique du député », se défend Gamaleddine.

Discours rejeté en bloc par l’opposition. « Si ces sommes sont accordées pour développer les services, pourquoi nous n’en avons pas eu une part malgré nos plaintes répétées du manque de services dans nos circonscriptions ? », se demande Saad Abboud, député du parti Al-Karama, qui affirme que ces sommes ont été utilisées pour acheter les voix des votants.

« Ce n’est pas la première fois que le gouvernement exploite des fonds publics en faveur du PND. C’est un profit mutuel. Le gouvernement finance le PND lors des élections pour se garantir une majorité au sein du Parlement. Cela lui rend très facile la promulgation des lois, la mobilisation des citoyens, etc. », souligne Amr Hachem, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il souligne que cette fusion entre le PND et le gouvernement est vieille de deux décennies. « Le gouvernement est devenu celui du PND, et le PND est devenu le parti du gouvernement ». La solution ? Le président Moubarak doit cesser d’être le chef du PND. « Les deux postes doivent être séparés afin d’assister à une vraie réforme politique », conclut le chercheur.

Héba Nasreddine

 




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