Al-Ahram Hebdo,Invité | Gérard Peytrignet, « La neutralité de la Croix-Rouge lui permet de rester présente sur tous les terrains »
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Invité

Le directeur du bureau régional du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) en Egypte, Gérard Peytrignet, évoque les multiples défis auxquels fait face le CICR dans les zones de conflit au Moyen-Orient. 

« La neutralité de la Croix-Rouge lui permet de rester présente sur tous les terrains » 

Al-Ahram Hebdo : Quelle est l’action du CICR dans la région du Moyen-Orient, riche en conflits, et comment se déroule alors la pratique d’assistance du CICR aux populations victimes de différents conflits régionaux ?

Gérard Peytrignet : Le CICR est actif sur l’ensemble de la région et il est présent sur tous les théâtres de conflit. Le monde arabe représente, en effet, l’une des zones d’engagement majeur, des actions comme celles au Darfour, dans les territoires palestiniens ou en Iraq, étant à ce jour parmi les plus importantes.

Nos actions humanitaires actuelles, comme par exemple sur la frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte, en faveur des Palestiniens régulièrement bloqués à Rafah, s’effectuent en collaboration avec le Croissant-Rouge égyptien.

Depuis la fin des années 1990, notre bureau du Caire est devenu un Centre régional de soutien pour l’ensemble du monde arabe, et c’est en Egypte que sont désormais basés nos programmes d’action préventive et de communication pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Nos experts, tous arabes, appuient nos délégations de la région, soit celles situées, par exemple, dans les territoires palestiniens occupés, soit au Liban, en Iraq ou au Soudan, pour développer des programmes visant à promouvoir les traités de droit international humanitaire qui règlent la conduite des combattants en cas de guerre, en particulier les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels.

Ces actions de promotion visent surtout les gouvernements, les forces armées et de sécurité interne, les universités et les écoles, les médias et la société civile, et elles cherchent, entre autres, à faire ratifier les traités humanitaires, les faire mettre en œuvre par le biais de lois spécifiques dans les législations nationales, en faire enseigner les normes aux militaires et les intégrer dans leurs manuels d’entraînement et leurs règles d’engagement, et plus récemment, à faire inclure ces thèmes dans les facultés et sensibiliser les jeunes au sein des écoles.

— La situation en Iraq a engendré des difficultés sécuritaires insurmontables. Comment parvenez-vous à exercer votre travail dans ce pays ?

— En Iraq, malgré les difficultés et les périls encourus, surtout depuis que nos bureaux ont été détruits il y a un peu plus de trois ans et que nous avons perdu divers collaborateurs dans l’exercice de leurs tâches, le CICR maintient une présence importante et réussit à apporter un soutien effectif dans de nombreux domaines aux victimes et aux survivants de ce conflit qui a atteint des sommets inégalés de cruauté et de violence acharnées. A travers le Croissant-Rouge iraqien, qui a lui aussi été victime d’enlèvements massifs, et notre équipe nationale, nous apportons une aide d’urgence aux déplacés internes, de plus en plus nombreux, et aux hôpitaux, chaque fois que survient un attentat, c’est-à-dire quotidiennement, ainsi qu’aux infrastructures sanitaires et systèmes d’approvisionnement d’eau et électricité, et dans bien des domaines encore.

Sans oublier notre rôle traditionnel vis-à-vis des forces étrangères et de toutes les parties au conflit, pour tenter de faire accepter et respecter les règles de base concernant, par exemple, le traitement des prisonniers ou la conduite des hostilités. Dans ce sens, nous visitons les personnes détenues par les forces de la coalition et nous intervenons en cas d’abus. Nos démarches sont, par contre, de caractère réservé, c’est l’une des caractéristiques de l’action du CICR, dont la neutralité doit lui permettre de pouvoir continuer à dialoguer avec toutes les parties au conflit et de rester présents sur tous les terrains d’intervention. Nous ne recourons donc pas à la dénonciation publique, mais privilégions les démarches directes, au plus haut niveau.

— La crise iraqienne est également en train de provoquer une vague de déplacements de réfugiés vers les pays voisins. Quel rôle joue le CICR auprès des pays d’accueil en vue de les aider à faire face à cette situation ?

— La question des déplacements de populations causés par les conflits armés nous préoccupe au haut niveau, mais le CICR agit dans les zones de violence seulement, et n’a pas de mandat direct pour appuyer les réfugiés ayant traversé une frontière vers un pays en paix. Cependant, le nombre croissant d’Iraqiens déplacés à l’intérieur du pays nous touche directement et nous tentons de les appuyer sur place, dans les pays voisins, comme la Syrie et la Jordanie, et à un moindre degré l’Egypte. Mais ce sont souvent les sociétés nationales du Croissant-Rouge qui sont actives sur cette question, aux côtés du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR), dont c’est la mission.

— Comment accordez-vous l’assistance aux populations palestiniennes vivant sous l’occupation israélienne ?

— Dans les territoires palestiniens, nous œuvrons auprès des civils sous occupation mais aussi auprès des détenus palestiniens, protégés par la 4e Convention de Genève. Nous nous efforçons de rendre visite à plus de 8 000 détenus dans les prisons israéliennes et les appuyons sur le plan matériel, en les aidant à rester en contact avec leurs proches et en organisant, par exemple, des visites de parents depuis les Territoires aux centres de détention.

D’autre part, la détérioration de la situation économique intervenue ces dernières années, notamment à la suite de la construction de la barrière de sécurité et des restrictions financières imposées à l’Autorité palestinienne, tout comme la dégradation des services de santé dans la bande de Gaza, nous préoccupe au plus haut point et nous avons publié des rapports à la fin de l’année passée sur ces deux questions afin de mobiliser les attentions et opinions publiques et rappeler les obligations et responsabilités de l’occupant et de la communauté internationale.

Nous collaborons aussi de près avec les bureaux locaux palestinien et israélien concernés, notamment pour les coordinations en vue des évacuations de blessés, et nous soutenons directement les services d’ambulances et de premiers secours en Cisjordanie et dans la bande de Gaza où les attaques ou incursions militaires et les affrontements internes produisent des victimes en nombre inquiétant.

— La situation humanitaire au Darfour est gravissime. Que peut faire le CICR pour venir en aide aux populations du Darfour ?

— Il est vrai que la situation sur le terrain reste très préoccupante et les organisations humanitaires peinent à effectuer leur travail en raison de l’insécurité qui règne au Darfour. Nous avons demandé à nouveau à toutes les parties, gouvernement central et groupes rebelles, de tout faire pour assurer le respect du droit humanitaire en épargnant les civils et leurs biens, et de s’engager à restaurer l’environnement sécuritaire aussi bien pour les populations, tant résidentes que déplacées, et à permettre au personnel des organisations humanitaires d’accomplir leur mission.

Cela dit, dans ces conditions, les questions logistiques revêtent une importance particulière, mais le travail du CICR ne se limite pas au tonnage de secours alimentaires, de semences, d’outils ou de médicaments et équipement médical, il repose également sur une approche globale visant à assurer la protection des personnes et leur dignité sur la base du droit humanitaire qui oblige tant les gouvernements que les groupes armés.

— Quelles sont les sources de financement du CICR ?

— Ce sont les Etats signataires des Conventions de Genève qui ont assumé la responsabilité morale de donner à notre organisation les moyens de réaliser sa mission en faveur de toutes les victimes de toutes guerres, et de promouvoir en même temps les droits de l’homme. Les gouvernements effectuent ainsi des apports volontaires qui permettent de couvrir l’essentiel du budget, (notre budget annuel actuel est supérieur à 800 millions de dollars), le reste étant fourni par les bureaux locaux ainsi que par des dons de particuliers ou du secteur privé. Nous nous devons donc d’être efficaces et performants car en tant qu’organisation totalement indépendante, et contrairement aux organisations intergouvernementales, nous ne pouvons pas compter sur des contributions obligatoires et devons donc être à même de remplir notre mandat. Ce que nous nous efforçons de faire depuis la naissance de notre institution, en 1863, ce qui en fait, sans doute, la plus ancienne au monde. C’est peut-être un record, mais surtout une responsabilité.

Randa Achmawi

 




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