Parlement . Les députés de l’opposition
ne décolèrent pas après que le gouvernement eut versé une
somme de 100 000 L.E. à chacun de leurs
collègues du PND pour « le développement des services » dans
leurs circonscriptions.
Un favoritisme qui fait grand bruit
La colère
gagne depuis une semaine les rangs de l’opposition à l’Assemblée du
peuple car le président de l’Assemblée, Ahmad Fathi Sourour, a refusé de transférer à l’Organisme
central des comptes une
affaire de « corruption ». L’affaire remonte à la fin du mois dernier quand le gouvernement a versé aux députés du Parti National Démocrate (PND au pouvoir) une somme
de 100 000 L.E. à chacun, «
pour le développement des services » dans leurs circonscriptions
respectives. Cela a eu lieu comme
par hasard quelques semaines avant le référendum sur les amendements constitutionnels.
Selon les opposants, le gouvernement attendait en échange que les députés concernés encouragent les votants de leurs circonscriptions à aller voter en faveur des amendements.
« J’ai
des documents qui prouvent que
ces sommes proviennent d’une aide américaine dans le cadre d’un programme du développement
humain. Ces sommes ont été
encaissées à travers des chèques portant le nom des ministères du Plan et du Développement
local », affirme le député indépendant Gamal Zahrane, qui accuse le gouvernement
de « gaspillage des fonds
publics » et les députés du
PND de toucher « des pots-de-vin
».
Aussi Zahrane a-t-il réussi à collecter
la signature de 52 autres députés
opposants, islamistes ou indépendants sur un document portant ces mêmes
accusations à l’encontre du gouvernement et des députés PND, et demandant de confier l’affaire à l’Organisme central des comptes. Le président de l’Assemblée, qui a fini par
accepter la demande, l’a toutefois soumise à un vote. Les députés,
majoritairement issus
du PND, ont par la suite refusé de transférer l’affaire à l’Organisme
central des comptes. « Transférer
une affaire à l’Organisme central des comptes, cela relève des compétences du président du Parlement
lequel prend sa décision à
la lumière du sérieux et de la crédibilité des
documents fournis, mais, il est clair
que Sourour a eu recours au vote pour éviter de dévoiler les liens douteux entre le gouvernement et le PND », déclare
Alaa Abdel-Moneim, député indépendant signataire de la demande.
Profit mutuel
De son côté, le PND se défend en dénonçant le « vieux jeu » de l’opposition. « Les députés de l’opposition soulèvent cette affaire imaginée pour couvrir leur échec politique
après les résultats du référendum qu’ils ont boycotté et l’adoption des amendements qu’ils ont rejetés.
Ces gens ne cherchent qu’à
critiquer le gouvernement et à ternir
l’image du PND », rétorque Abdel-Ahad Gamaleddine, chef de la majorité parlementaire. Il reconnaît d’ailleurs avoir obtenu lui-même
cette somme d’argent de la part du gouvernement pour « le développement
des services » dans sa circonscription. « Le premier ministre,
Ahmad Nazif, a déjà affirmé
que tout député aurait droit à
un financement pourvu qu’il présente une étude fiable
sur des services qui manquent
dans sa circonscription.
Ce financement est accordé après la ratification d’une
commission spéciale dépendant
du Conseil des ministres, sans tenir compte de l’appartenance politique du député
», se défend Gamaleddine.
Discours rejeté en bloc par l’opposition.
« Si ces sommes sont accordées
pour développer les services, pourquoi
nous n’en avons pas eu une
part malgré nos plaintes répétées du manque de services dans nos circonscriptions
? », se demande Saad Abboud, député du parti Al-Karama,
qui affirme que ces sommes ont
été utilisées pour acheter les voix des votants.
« Ce n’est pas la première fois que le gouvernement
exploite des fonds publics
en faveur du PND. C’est un profit mutuel. Le gouvernement finance
le PND lors des élections
pour se garantir une majorité au sein du Parlement. Cela
lui rend très facile la
promulgation des lois, la mobilisation des citoyens, etc.
», souligne Amr Hachem, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il souligne que
cette fusion entre le PND
et le gouvernement est vieille de deux décennies. « Le gouvernement est devenu
celui du PND, et le PND est devenu le parti
du gouvernement ». La solution ? Le président
Moubarak doit cesser d’être le chef du PND.
« Les deux postes
doivent être séparés afin d’assister
à une vraie
réforme politique », conclut le chercheur.
Héba Nasreddine