Tuberculose . Des cas ont fait leur apparition cette semaine dans sept gouvernorats.
Pourtant, une thérapie nouvelle, la DOTS, recommandée par l’OMS et appliquée en
Egypte depuis l’an 2000, semble être la lueur d’espoir. Enquête.
Le mal court
La Tuberculose (TB) est réapparue
cette semaine dans sept gouvernorats d’Egypte, à savoir Béheira, Kafr
Al-Cheikh, Béni-Souef, Assiout, Sohag, Qéna et le Fayoum. D’après des sources
du ministère de la Santé qui ont requis l’anonymat, le taux d’atteinte est très
élevé dans les quartiers les plus démunis et les bidonvilles.
Selon l’Organisation Mondiale de
la Santé (OMS), la tuberculose est considérée comme la maladie des pauvres et
reste très liée aux conditions de vie précaires et à l’absence des services
basiques dus à la pauvreté. « C’est donc une maladie sociale ». La crainte est,
selon les responsables de l’OMS, que dès l’apparition de la maladie dans un
pays, sa propagation est rapide. Donc, le risque d’épidémie est grand. En
effet, selon les statistiques, cette maladie tue, chaque année, 2 millions dans
le monde, dont 111 000 dans notre région, à savoir en Egypte, au Soudan et en
Somalie. Dans ce dernier pays, le taux est le plus fort. En Egypte, 26 sur 100
000 personnes en sont atteintes. Un chiffre satisfaisant pour le ministère de
la Santé car il était plus élevé avant l’application du programme national de
lutte contre la tuberculose.
Mais, malgré les efforts déployés
pour l’éradiquer, on explique sa réapparition par l’augmentation des cas de
sida dans le monde et en Egypte également, en plus des conditions économiques
et sociales que l’on connaît.
La TB se transmet par voie
aérienne. Lorsqu’une personne tousse ou éternue, de minuscules gouttelettes
contenant les germes sont projetées dans l’air et peuvent être inhalées par
toute personne se trouvant à proximité. Cette maladie menace toute personne
dont l’immunité est faible, ce qui explique sa propagation parmi les sidéens,
et prend pour cible aussi les personnes qui souffrent de malnutrition. «
Combattez la pauvreté et vous combattrez la tuberculose, combattez la
tuberculose et vous combattrez la pauvreté », tel est le slogan de l’OMS.
Fatma, qui a huit enfants, a perdu
son mari atteint de la tuberculose. Cinq ans plus tard, deux de ses enfants ont
attrapé la même maladie et elle a fini elle-même par être contaminée. Cette
famille habite dans un des bidonvilles du Caire. Personne ne sait précisément
combien de personnes vivent dans cette zone sauvage. C’est dans la précarité la
plus totale que s’entassent trois à quatre familles sous le même toit, sans eau
courante. En fait, tout le monde peut tomber malade mais les pauvres resteront
toujours les cibles les plus vulnérables. Ils sont vraiment des proies toutes
faites pour cette bactérie.
Mais pour savoir si une personne
est atteinte de cette maladie ou non, il faut faire une analyse de crachat. La
tuberculose devient terriblement contagieuse au cas où cette analyse prouverait
qu’elle est active. Ce genre de tuberculose est susceptible de contaminer 10 à
15 personnes en une seule année, si le malade ne se soigne pas. « Sans
traitement, 50 % des tuberculeux succombent dans les cinq ans qui suivent la
contamination. Les autres gardent pour la plupart des séquelles graves et
restent physiquement diminués à vie », note le Dr Salama Ghali, médecin en
charge de la tuberculose à l’hôpital d’Al-Sadr, à Abbassiya.
Cependant, un mois après la prise
des médicaments nécessaires, la tuberculose active se transforme en tuberculose
négative, c’est-à-dire intransmissible. Il est à noter aussi que la tuberculose
extra-pulmonaire n’est pas contagieuse, à savoir la tuberculose osseuse,
cutanée, rénale ou intestinale. Le Dr Salama Ghali justifie ses paroles en
disant : « Une fois le bacille de Koch a atteint les poumons, il gagne parfois
le système lymphatique et le réseau sanguin, pour se répandre ensuite dans tout
l’organisme. Les personnes souffrant de tuberculose extra-pulmonaire ne
transmettent pas la maladie aux autres ». Ce genre de TB atteint 15 % du total
des cas de tuberculose.
En effet, les facteurs de
contagion sont multiples. La drogue, l’alcoolisme et la toxicomanie en sont des
sources importantes. La pipe du narguilé facilite aussi la contamination. Osta
Hassan était en bonne santé jusqu’à l’an dernier. Il travaillait comme
menuisier. A la sortie de son boulot, il avait pour habitude de se rendre au
café de la hara pour fumer une bonne chicha et papoter avec ses copains tout en
jouant une partie de dominos.
Osta Hassan a attrapé la
tuberculose au café, de quelqu’un qu’il connaît et avec qui il entretenait de
bonnes relations. Aujourd’hui, il en est guéri. « La nouvelle thérapie m’a
encouragé à suivre et à respecter la période de traitement. J’ai pu enfin reprendre
mon boulot », ajoute-t-il. « J’avais 15 ans quand j’ai touché pour la première
fois à la drogue. J’ai commencé par l’opium, puis je l’ai vite mélangé à de la
poudre. Au bout d’un mois, je me piquais tous les jours. Le docteur dit que si
je ne prends pas mes médicaments pour la tuberculose, je mourrai », dit Ahmad.
A l’encontre des idées reçues
propagées par les médias et les films, la tuberculose est aujourd’hui une
maladie curable. Autrefois, un patient était condamné à l’isolement dès qu’il
avait contracté la maladie. On se contentait seulement de l’envoyer passer un
long séjour en plein air, loin de la pollution (voir interview). Aujourd’hui,
la thérapie existe et on ne meurt plus de la tuberculose.
La thérapie du miracle
La méthode DOTS, ce nouveau
traitement gratuit, a été appliquée au Caire en 1996, puis répandue dans toute
la République au début des années 2000. Par le biais de cette thérapie, le
patient peut suivre un traitement antituberculeux d’une durée de six à huit
mois. Dans le cadre de la stratégie DOTS, les patients prennent leurs
médicaments en présence des gardes-malades auxquels ils ont été confiés. Des
services de soins ont ouvert dans 39 hôpitaux et 111 dispensaires dans les
quatre coins de la République. « Je me rends au dispensaire tous les matins
avant de prendre mon petit-déjeuner pour avoir la dose de médicaments
nécessaires (délivrés gratuitement) : deux cachets, deux capsules ainsi qu’une
injection », dit un tuberculeux qui habite à Damanhour. Et si le malade n’a pas
la force de se déplacer, un garde-malade se rend chez lui pour lui faire prendre
quotidiennement ses médicaments, sinon son cas risque de s’aggraver rapidement.
« On ne doit pas quitter le malade avant de nous assurer qu’il a bien avalé
tous ses médicaments », précise un infirmier. Cette surveillance s’avère
absolument vitale, non seulement en raison des effets secondaires éventuels
qui, lorsqu’ils se manifestent, incitent le patient à interrompre le
traitement, mais aussi parce qu’il est toujours tentant de sauter des doses une
fois que l’on commence à se sentir mieux. « Dès que je me sens mieux, j’arrête
mes médicaments. Conséquence : j’ai beaucoup de mal à respirer et je ne peux
pas me coucher sur le ventre car cette position est trop douloureuse pour moi.
J’ai fini par reprendre mon traitement et je ne tiens plus à l’arrêter »,
explique Fatma, 36 ans, mère de six enfants. Am Saad est aussi un malade qui se
soigne à l’hôpital d’Al-Sadr. Atteint de la tuberculose depuis 15 ans, il n’est
toujours pas guéri. « Lorsqu’un malade interrompt son traitement, il développe
une forme de tuberculose ultra-résistante et la guérison devient plus difficile
», précise le Dr Mahmoud Abdel-Méguid, le directeur de l’hôpital d’Al-Sadr à
Abbassiya. Raison pour laquelle il a fallu charger un personnel médical de ces
malades.
« On a trouvé tous les comprimés
de ma mère dissimulés sous le matelas. C’est pour cela que son traitement a été
prolongé sur deux ans au lieu de huit mois », confie le fils d’une malade à
Damiette. Bien sûr, la TB se soigne mais à condition de suivre le traitement
DOTS, sinon le malade rechute.
« Quand notre fille est morte en
1966, il n’y avait pas de traitement. On avait dépensé toutes nos économies,
vendu notre mobilier et emprunté beaucoup d’argent pour pouvoir lui acheter les
médicaments nécessaires, mais en vain. Aujourd’hui, on traite son frère Ali
gratuitement à travers la stratégie DOTS », dit Wezza, la mère. Ali ne sait pas
comment il a contracté la maladie. A 40 ans, il a commencé à ressentir des
difficultés à respirer, jusqu’à suffoquer littéralement, avec de fortes douleurs
à la poitrine. Il faisait constamment de la fièvre, avait perdu beaucoup de
poids. Au début, il pensait avoir un simple rhume. Mais un mois s’est écoulé
sans que son état s’améliore. « Je me suis réellement affolé lorsque j’ai
commencé à cracher du sang et mes quintes de toux étaient devenues
insupportables », raconte Ali. Cette nouvelle thérapie lui a permis de se
sentir beaucoup mieux. « La santé de mon fils s’améliore de jour en jour », dit
la mère.
En effet, l’Etat déploie des
efforts consentis pour combattre cette maladie contagieuse, raison pour
laquelle le nombre de cas diminue d’année en année en Egypte. « Sur 100 000
habitants, l’on comptait 350 tuberculeux en 1951, 7 en 1982, 32 en 1995, pour
enfin répertorier 28 cas en 2003 », ajoute le Dr Essam Al-Moghazi, expert
international en tuberculose auprès de l’OMS.
Cette thérapie de courte durée
sous surveillance directe (des gardes-malades chargés de surveiller les
patients durant la prise des médicaments) est désormais la thérapie
officiellement recommandée par l’OMS. Le personnel soignant et les infirmières
antituberculeux jouent un rôle efficace pour assurer le succès de cette
thérapie.
Abdallah, ancien tuberculeux, a
été formé par l’OMS pour devenir surveillant dans le cadre de la stratégie
DOTS. Aujourd’hui, tous les patients de son village se rendent chez lui pour
prendre leurs médicaments.
« C’est grâce à cette nouvelle
thérapie que mon mari se porte mieux. Je ne pensais pas qu’il allait guérir.
J’avais même préparé son linceul », dit une femme, avec joie.
Manar Attiya
4 QUESTIONS À
Dr Essam Moghazi, directeur du département des maladies pulmonaires au ministère de la Santé.
« Dans ce genre de sujets délicats, il faut dire la vérité et rien que la vérité »
Al-Ahram Hebdo : Comment expliquez-vous la réapparition de cas de tuberculose en Egypte, aujourd’hui ?
Essam Moghazi : En fait, il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, la déclaration du rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la situation de la maladie dans le monde et aussi dans notre région. Cela coïncidait avec la célébration de la Journée mondiale de la tuberculose, le 24 mars. Le but était d’attirer l’attention des médias sur ce fléau, et surtout de sensibiliser l’opinion publique. Le problème, c’est que beaucoup de journaux ont saisi cette occasion pour en faire un scoop, tout en exagérant un peu trop dans la façon d’aborder le sujet et d’avancer les chiffres. Un exemple, le rapport de l’OMS sorti cette année classe l’Egypte en huitième position, ce qui fait de notre pays une région à moyenne propagation de la maladie. Certains journaux l’ont placé à la troisième position, basant tout leur article sur cette information erronée. Ce qui a effrayé les citoyens. Il faut, surtout dans ce genre de sujets délicats, dire la vérité et rien que la vérité.
— Quels sont les chiffres du ministère de la Santé en matière de tuberculose en Egypte ?
— Nous sommes un pays à forte population. Cela donne l’impression, lorsque l’on avance les chiffres des tuberculeux, qu’il s’agit là d’une épidémie, alors que le nombre est faible par rapport à notre population, qui compte environ 74 millions d’habitants. Les chiffres révèlent qu’il existe 26 cas pour 100 000 personnes. L’on a détecté 10 400 cas l’an dernier et 14 000 en 2005. Ce qui signifie une diminution des cas et ce grâce à la gratuité des soins.
— En Egypte, quelles sont les catégories les plus menacées ?
— Partout dans le monde comme en Egypte, la tuberculose est étroitement liée à la pauvreté et aux conditions de vie précaires. Il est vrai qu’elle est de retour même dans des pays riches. Mais, si l’on analyse de près sa prolifération dans le monde, on constate que les zones pauvres sont toujours les plus touchées. Ce qui est évident à cause de la malnutrition, l’absence d’aération dans les maisons et l’exiguïté des lieux. L’apparition du sida est aussi un autre facteur. Le virus du sida a ressuscité cette maladie. Mais, en Egypte, l’on ne peut pas le considérer comme étant la cause, puisque notre pays ne compte que 900 cas de sida.
— Quels sont les efforts déployés par le ministère pour éradiquer la maladie ?
— Soyons réalistes. Nous sommes conscients que nous vivons dans un pays où le taux de pauvreté est élevé. Nous ne pouvons pas améliorer la vie de tout le monde. La seule chose que nous pouvons assurer à ces malades, ce sont des soins gratuits et des gardes-malades pour bien respecter leur traitement. Le ministère envoie en permanence des caravanes médicales circulant dans tous les coins de l’Egypte pour venir en aide à tous les malades. Tous les traitements sont délivrés gratuitement alors que la thérapie pour chaque malade coûte environ 700 L.E. et atteint dans les cas les plus résistants 3 500 dollars. Notre objectif est d’atteindre le malade à temps pour qu’il ne soit pas une source de contamination pour son entourage.
Amira Doss