Alexandrie.
Adel Labib,
gouverneur d’Alexandrie, défend sa politique d’urbanisme et
évoque son plan de réaménagement de la ville.
« Notre unique but est de protéger les citoyens »
Al-Ahram
Hebdo : Pourquoi avez-vous subitement procédé à tant de
destruction de bâtiments ?
Adel
Labib :
Simplement parce que nous avons constaté qu’un nombre énorme
de bâtiments ne respectent pas les règles de construction.
Nous avons recensé environ 60 000 constructions
contrevenantes. Il n’est pas question de fermer les yeux,
car cela met en danger la vie des citoyens. Les responsables
des quartiers ont reçu les ordres de démolition qu’ils
doivent exécuter. Notre devoir est de protéger le citoyen
avant le propriétaire. Nous demandons donc à chaque citoyen
souhaitant acheter un appartement de vérifier si celui-ci
est conforme aux critères de construction.
— Mais
certains propriétaires possèdent des permis de construire
délivrés par le gouvernorat ...
— Nous
examinons les cas de ceux qui possèdent de tels permis. J’ai
demandé au département des affaires juridiques du
gouvernorat d’examiner leurs dossiers. Je répète que notre
unique but est de protéger les citoyens.
— Vous
semblez avoir une approche différente de celle de votre
prédécesseur, Mohamad Abdel-Salam Al-Mahgoub. Quel est votre
plan pour réaménager la ville d’Alexandrie ?
— Quand
je suis arrivé l’année dernière à la tête du gouvernorat,
j’ai identifié de nombreux problèmes. Ma stratégie est bien
déterminée. Je préfère commencer le réaménagement de
l’intérieur puis me tourner vers l’extérieur, c’est-à-dire
commencer par les rues et les petits quartiers situés au
cœur d’Alexandrie pour aller ensuite vers la périphérie.
Nous avons un grand projet de réaménagement. L’exécution de
ce projet a été confiée à plusieurs grandes sociétés, dont
Al-Moqaouloun Al-Arab. Chacune est chargée d’exécuter les
travaux de réaménagement dans un secteur. Il s’agit
d’installer des réseaux d’égouts, d’électricité, d’eau
potable et de gaz naturel. 60 000 foyers ne sont pas équipés
en gaz naturel. La ville sera entièrement rénovée.
—
Comment allez-vous assurer le financement ? Les hommes
d’affaires vont-ils y contribuer, comme c’était le cas avec
votre prédécesseur ?
— Un
budget de 300 millions de L.E. a été alloué à notre projet.
Le financement sera assuré uniquement par le gouvernorat et
par l’Etat. Le fait d’accorder des facilités aux hommes
d’affaires en échange desquelles ils assument les frais de
certains travaux a des avantages, mais aussi des
inconvénients. Parmi ces derniers, il y a le fait qu’on
s’est intéressé à certaines régions aux dépens d’autres.
— Le
centre hospitalier universitaire d’Al-Chatbi à proximité de
la Bibliothèque d’Alexandrie est aussi sujet à polémique.
Est-il vrai qu’il sera démoli ou transféré à Smouha pour
être remplacé par un hôtel de luxe ?
— Cette
décision ne peut être prise que si nous avons les moyens de
donner à l’hôpital de meilleures conditions de
fonctionnement que les actuelles. Et je voudrais ajouter que
Smouha n’est pas un quartier éloigné d’Al-Chatbi. En même
temps, Smouha est très proche de la périphérie de la ville
d’où proviennent la plupart des malades de l’hôpital actuel
d’Al-Chatbi.
— Et
l’université d’Alexandrie ? Y a-t-il une volonté de vendre
ses locaux pour construire un complexe touristique ?
— C’est
une idée qui a été proposée. A vrai dire je ne suis ni pour
ni contre. Je pense qu’il faut bien étudier ce projet avant
de prendre une décision. Mais je ne pense pas que ce projet
puisse être exécuté prochainement.
— Le
problème de la circulation à Alexandrie ne cesse de
s’aggraver. Que comptez-vous faire à ce sujet ?
— La
seule solution pour résoudre les problèmes de circulation
est de construire des tunnels. Nous allons commencer en
septembre prochain la construction de deux tunnels avec un
financement de 180 millions de L.E. Le premier sera sur la
corniche à hauteur de la rue Khaled Ibn Al-Walid. Les
voitures seront obligées à cet endroit de rentrer dans le
tunnel et de laisser la corniche aux passants. L’autre
tunnel sera à Miami, rue 45. Outre ces deux tunnels, nous
allons ouvrir, dans quelques semaines, un nouvel axe routier
qui traversera toute la ville d’Alexandrie comme la rue de
la corniche et celle d’Abouqir. Nous allons par ailleurs
élargir de 5 mètres la chaussée sur la corniche à Sidi Bichr
devant l’hôtel Al-Mahroussa car c’est un lieu
d’embouteillage. Nous avons transféré la gare routière du
quartier de Smouha vers Moharram Bey pour diminuer les
bouchons. Il y aura un jardin à la place de cette station.
Nous avons eu recours à un professeur de la faculté de
polytechnique de l’Université du Caire pour mettre en place
un plan afin d’assurer la fluidité de la circulation à
Alexandrie. Il travaille depuis quatre mois et je crois que
les citoyens ressentiront dans quelques temps la différence.
— A
l’approche de l’été, avez-vous un plan concernant les plages
privées ?
—
Lorsque je suis venu à Alexandrie, il y avait plus de 30
plages privées que je cherche maintenant à rendre publiques.
13 plages seront ouvertes gratuitement cette saison aux
estivants, puisque la période de leur location est terminée
et que le gouvernorat ne va pas les renouveler. Les
estivants vont jouir de ces plages sans être obligés de
consommer des boissons ou de louer des parasols. Les
boissons seront au contraire bon marché. Le prix d’une
bouteille d’eau gazeuse ou d’une tasse de thé sera inférieur
au prix normal dans les cafés. En ce qui concerne les 17
autres plages privées, lorsque la durée de leur location
sera achevée elles seront ouvertes aussi gratuitement aux
estivants. D’autre part, il y aura des plages cinq étoiles
privées, et les anciens casinos sur la corniche et qui sont
dans un état déplorable, comme ceux d’Al-Chatbi, Stanly,
Glim et Al-Saraya, seront confiés à des investisseurs pour
qu’ils en fassent des restaurants de catégorie supérieure.
La qualité de l’eau sur les plages d’Alexandrie va enfin
beaucoup s’améliorer, les eaux usées ne sont plus déversées
dans la mer.
Samar
Zarée