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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Egypte

Presse . Les déclarations du président de l’Assemblée du peuple, Fathi Sourour, affirmant que la nouvelle loi sur la lutte contre le terrorisme pourrait être appliquée aux journalistes, soulèvent de fortes critiques chez ces derniers.
 

Le spectre des sanctions persiste

« La loi sur le terrorisme sera appliquée aux journalistes ». Il ne s’agissait pas d’un poisson d’avril mais des propos réels du président de l’Assemblée du peuple Ahmad Fathi Sourour. Le chef du Parlement assistait à une conférence de presse pour s’expliquer sur la loi annoncée de lutte contre le terrorisme qui, en vertu du récent amendement constitutionnel, doit remplacer celle relative à l’état d’urgence. Et il a dit : « Le gouvernement étudie actuellement la possibilité de sanctionner pénalement les médias qui aident les groupes terroristes en publiant leurs activités ou qui  contribuent à propager leurs idées ».

Des déclarations qui ont mis le feu aux poudres dans les milieux journalistiques. Quel genre de sanctions alors qu’il est question de renforcer la liberté d’expression ? Publier une nouvelle sur un groupe terroriste ou sur les Frères musulmans par exemple peut-il être considéré comme un délit ? Le Syndicat des journalistes a immédiatement réagi. Dans un communiqué, l’établissement met en garde contre « toutes les tentatives visant à restreindre la marge de liberté d’expression des journalistes ». Le communiqué qualifie les propos de Sourour d’atteinte flagrante aux libertés qu’il est impossible d’accepter. « Une telle procédure si elle venait à être mise en application serait sans précédent dans l’histoire de la presse même sous l’occupation étrangère », affirme le communiqué. Le conseil du syndicat qui s’est réuni pour examiner la question a demandé le soutien de toutes les organisations civiles concernées par la liberté d’expression et l’indépendance de la presse. « La presse est à nouveau visée, mais je vous assure que nous mènerons une guerre féroce s’il le faut pour protéger notre profession », s’insurge Yéhia Qallach, secrétaire général du syndicat. Il pense que mettre sur un pied d’égalité un crime terroriste et une publication qui traite cette question est une véritable catastrophe qui anéantirait toutes les garanties constitutionnelles qui permettent à la presse d’exercer sa fonction. « Le gouvernement a-t-il oublié le rôle de la presse dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme dans les années 1990 ? Depuis quand la presse soutient-elle la violence ? ».

Propos mal interprétés ?

Pourquoi Fathi Sourour a-t-il fait ces déclarations ? Devant le tollé provoqué, le président de l’Assemblée du peuple est vite revenu sur ce qu’il a dit en affirmant que ses propos avaient été mal interprétés. « Nous sommes pour la liberté de la presse et il n’existe aucune intention d’incriminer la publication d’informations sur les terroristes. Tout ce que j’ai dit c’est qu’il ne faut pas amplifier les nouvelles et les crimes commis par les groupes et les organisations terroristes qui profitent de cette propagande gratuite », s’est justifié Sourour. Mais cette explication n’a pas convaincu les journalistes. « Il est clair que le gouvernement a voulu lancer un ballon d’essai pour mesurer la réaction des journalistes avant l’élaboration du projet de loi », lance Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef du journal Al-Arabi, organe d’expression du parti nassérien. Avis partagé par Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH), qui explique que les déclarations de Sourour reflètent assez bien l’esprit de cette loi annoncée sur le terrorisme. « Il est prévu que cette loi pénalise deux choses : les organisations et les groupes qui usent de la violence et ceux qui incitent à la violence que ce soit par des moyens financiers ou intellectuels. Tout journaliste, écrivain ou intellectuel qui traite la question du terrorisme peut facilement tomber sous la coupe de cette loi et être accusé d’incitation au terrorisme ».

La loi sur l’état d’urgence a été instaurée en 1981, suite à l’assassinat de l’ancien président Anouar Al-Sadate. Elle donne aux appareils de sécurité des pouvoirs exceptionnels pour arrêter et incarcérer les personnes suspectées d’activités terroristes et interdit les manifestations. Très contestée par l’opposition, elle devrait être abolie et remplacée par une loi contre le terrorisme suite au récent amendement constitutionnel. Quant aux responsables du parti au pouvoir, ils défendent leur loi : « Les lois en vigueur dans tous les pays démocratiques pénalisent l’incitation à la haine et au terrorisme. C’est de cela dont il s’agit et il n’est pas question de limiter la liberté d’expression », lance un responsable au PND. Le problème est que le gouvernement peut interpréter les textes à sa manière et n’importe qui peut tomber sous la coupe de la loi. « Les déclarations de Sourour  prouvent le bien-fondé des soupçons de l’opposition », assure Abdallah Al-Sennawi. Et d’ajouter que « les événements prouvent que ces amendements constitutionnels ne visaient qu’à maintenir les restrictions sur les libertés », pour qui légiférer une telle loi est en soi un crime contre la presse et une nouvelle atteinte à la démocratie.

May Al-Maghrabi

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