Presse .
Les déclarations du président de l’Assemblée du peuple,
Fathi Sourour, affirmant que la nouvelle loi sur la lutte
contre le terrorisme pourrait être appliquée aux
journalistes, soulèvent de fortes critiques chez ces
derniers.
Le
spectre des sanctions persiste
« La loi
sur le terrorisme sera appliquée aux journalistes ». Il ne
s’agissait pas d’un poisson d’avril mais des propos réels du
président de l’Assemblée du peuple Ahmad Fathi Sourour. Le
chef du Parlement assistait à une conférence de presse pour
s’expliquer sur la loi annoncée de lutte contre le
terrorisme qui, en vertu du récent amendement
constitutionnel, doit remplacer celle relative à l’état
d’urgence. Et il a dit : « Le gouvernement étudie
actuellement la possibilité de sanctionner pénalement les
médias qui aident les groupes terroristes en publiant leurs
activités ou qui contribuent à propager leurs idées ».
Des
déclarations qui ont mis le feu aux poudres dans les milieux
journalistiques. Quel genre de sanctions alors qu’il est
question de renforcer la liberté d’expression ? Publier une
nouvelle sur un groupe terroriste ou sur les Frères
musulmans par exemple peut-il être considéré comme un délit
? Le Syndicat des journalistes a immédiatement réagi. Dans
un communiqué, l’établissement met en garde contre « toutes
les tentatives visant à restreindre la marge de liberté
d’expression des journalistes ». Le communiqué qualifie les
propos de Sourour d’atteinte flagrante aux libertés qu’il
est impossible d’accepter. « Une telle procédure si elle
venait à être mise en application serait sans précédent dans
l’histoire de la presse même sous l’occupation étrangère »,
affirme le communiqué. Le conseil du syndicat qui s’est
réuni pour examiner la question a demandé le soutien de
toutes les organisations civiles concernées par la liberté
d’expression et l’indépendance de la presse. « La presse est
à nouveau visée, mais je vous assure que nous mènerons une
guerre féroce s’il le faut pour protéger notre profession »,
s’insurge Yéhia Qallach, secrétaire général du syndicat. Il
pense que mettre sur un pied d’égalité un crime terroriste
et une publication qui traite cette question est une
véritable catastrophe qui anéantirait toutes les garanties
constitutionnelles qui permettent à la presse d’exercer sa
fonction. « Le gouvernement a-t-il oublié le rôle de la
presse dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme
dans les années 1990 ? Depuis quand la presse soutient-elle
la violence ? ».
Propos
mal interprétés ?
Pourquoi
Fathi Sourour a-t-il fait ces déclarations ? Devant le tollé
provoqué, le président de l’Assemblée du peuple est vite
revenu sur ce qu’il a dit en affirmant que ses propos
avaient été mal interprétés. « Nous sommes pour la liberté
de la presse et il n’existe aucune intention d’incriminer la
publication d’informations sur les terroristes. Tout ce que
j’ai dit c’est qu’il ne faut pas amplifier les nouvelles et
les crimes commis par les groupes et les organisations
terroristes qui profitent de cette propagande gratuite »,
s’est justifié Sourour. Mais cette explication n’a pas
convaincu les journalistes. « Il est clair que le
gouvernement a voulu lancer un ballon d’essai pour mesurer
la réaction des journalistes avant l’élaboration du projet
de loi », lance Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef du
journal Al-Arabi, organe d’expression du parti nassérien.
Avis partagé par Hafez Abou-Seada, secrétaire général de
l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH), qui
explique que les déclarations de Sourour reflètent assez
bien l’esprit de cette loi annoncée sur le terrorisme. « Il
est prévu que cette loi pénalise deux choses : les
organisations et les groupes qui usent de la violence et
ceux qui incitent à la violence que ce soit par des moyens
financiers ou intellectuels. Tout journaliste, écrivain ou
intellectuel qui traite la question du terrorisme peut
facilement tomber sous la coupe de cette loi et être accusé
d’incitation au terrorisme ».
La loi
sur l’état d’urgence a été instaurée en 1981, suite à
l’assassinat de l’ancien président Anouar Al-Sadate. Elle
donne aux appareils de sécurité des pouvoirs exceptionnels
pour arrêter et incarcérer les personnes suspectées
d’activités terroristes et interdit les manifestations. Très
contestée par l’opposition, elle devrait être abolie et
remplacée par une loi contre le terrorisme suite au récent
amendement constitutionnel. Quant aux responsables du parti
au pouvoir, ils défendent leur loi : « Les lois en vigueur
dans tous les pays démocratiques pénalisent l’incitation à
la haine et au terrorisme. C’est de cela dont il s’agit et
il n’est pas question de limiter la liberté d’expression »,
lance un responsable au PND. Le problème est que le
gouvernement peut interpréter les textes à sa manière et
n’importe qui peut tomber sous la coupe de la loi. « Les
déclarations de Sourour prouvent le bien-fondé des
soupçons de l’opposition », assure Abdallah Al-Sennawi. Et
d’ajouter que « les événements prouvent que ces amendements
constitutionnels ne visaient qu’à maintenir les restrictions
sur les libertés », pour qui légiférer une telle loi est en
soi un crime contre la presse et une nouvelle atteinte à la
démocratie.
May
Al-Maghrabi