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Politique .
Les récentes déclarations de l’intellectuel Mahmoud Amin Al-Alem,
affirmant qu’un « mouvement communiste clandestin existe en
Egypte », créent la stupeur et alimentent une série
d’interrogations.
Déclarations explosives
Un
mouvement communiste égyptien puissant disposant d’une
organisation sans faille et d’une puissante capacité de
mobilisation. A l’heure du capitalisme effréné, de
l’ouverture économique et de l’effondrement du communisme
mondial, cela semble relever plutôt de l’utopie. Et pourtant,
l’écrivain communiste Mahmoud Amin Al-Alem a lancé un pavé
dans la mare en affirmant cette semaine qu’une «
organisation communiste clandestine existe en Egypte. Elle
est présente d’Assouan à Alexandrie ». Cette organisation,
selon Al-Alem, serait à l’origine des grèves et des
protestations ouvrières qui ont eu lieu au cours de ces
derniers mois en Egypte. « Les membres de notre organisation
agissent dans les rues. Ils ne disent jamais leurs noms pour
ne pas s’exposer à des problèmes avec la sécurité. Nous
avons dans notre mouvement des membres du Parti nassérien et
du parti du Rassemblement », a affirmé Al-Alem. L’agenda de
cette organisation clandestine est chargé. « Après les
usines, nous allons nous rendre dans les universités et dans
les champs, auprès des paysans », a affirmé Al-Alem qui
assure que les membres du mouvement « se réunissent dans des
lieux inconnus ». Quant aux objectifs du mouvement, ils sont
multiples : soutenir les protestations ouvrières, lutter
contre l’état d’urgence et la loi annoncée de lutte contre
le terrorisme, appeler à une nouvelle Constitution qui
garantit l’égalité entre les citoyens et les droits des
travailleurs, lutter contre la privatisation et la politique
d’exclusion ...
Les
déclarations d’Al-Alem suscitent bien évidemment des
réactions en chaîne. Ce mouvement existe-t-il vraiment ? Et
qui sont ses membres ? Les premières réactions sont venues
du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPI) et du
Parti nassérien, tous deux cités dans les propos d’Al-Alem.
« Je demande à Mahmoud Amin Al-Alem d’annoncer les noms des
membres du Rassemblement qui font partie de ce fameux
mouvement communiste. Si une telle chose s’avère vraie, ces
membres doivent être punis et exclus du parti », affirme
Réfaat Al-Saïd, président du Rassemblement, qui exprime son
étonnement. Quant à Diaeddine Daoud, président du Parti
nassérien, il émet lui aussi des doutes : « Je ne crois pas
que des Nassériens fassent partie d’un tel mouvement, s’il
existe réellement. Peut-être qu’Al-Alem a voulu parler de
l’Union des forces socialistes en Egypte qui a été formée il
y a plus de deux mois. Cette union comprenait le parti du
Rassemblement, le Parti nassérien et des militants
communistes », assure Daoud.
Leaders
emprisonnés
Réalité
ou coup de bluff ? C’est dans les années 1920 que le
mouvement communiste égyptien voit le jour et se concrétise
par la création, en 1921 à Alexandrie, du Parti communiste
égyptien. Ce parti appelait à l’unité arabe et à la lutte
pour les droits des ouvriers, surtout dans l’agriculture et
l’industrie. Mais le parti entre en désaccord avec le
gouvernement wafdiste de l’époque et ses leaders sont
arrêtés. Dans les années 1950, les communistes créent le
Parti communiste unifié. Ils manifestent leur désaccord avec
le président Nasser, surtout en ce qui concerne l’union avec
la Syrie. Leurs leaders sont aussitôt arrêtés et emprisonnés
de 1959 jusqu’en 1964. Après cette période, Nasser dissout
le Parti communiste et demande aux communistes d’incorporer
l’Union socialiste. Le même scénario se reproduit sous
Sadate. Les communistes qui tentent de se réorganiser
s’opposent à la politique d’ouverture économique de
l’ex-président et critiquent l’entrée de l’Egypte dans le
capitalisme mondial mené, selon eux, par les Etats-Unis et
Israël. Dans les années 1970 et 80, les communistes
accentuent leurs critiques. Ils refusent les accords de Camp
David et la mise à l’écart de l’Egypte par le monde arabe
qui en a résulté. Ils refusent de même la soumission à
Israël. Sadate les met en prison. En 1987, ils participent
aux élections législatives sur les listes du parti du
Rassemblement et ne réalisent aucun résultat. « Au cours de
toutes ces années, le mouvement communiste égyptien est
resté relativement faible. D’une part, en raison des coups
successifs de l’Etat, et d’autre part, parce que le terrain
en Egypte n’a jamais été propice aux idées d’un tel
mouvement », analyse Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS). Et
d’expliquer qu’on a souvent lié le communisme à l’athéisme
alors que dans un pays comme l’Egypte, la population reste
très attachée à la religion. Preuve de cette faiblesse,
aucun communiqué issu au nom des communistes n’a été émis au
cours des 15 dernières années même pas pour protester contre
l’invasion américaine de l’Iraq ou les massacres perpétrés
contre les Palestiniens par l’armée israélienne.
Mais
cela ne signifie pas pour autant que le mouvement communiste
auquel a fait référence Mahmoud Amin Al-Alem n’existe pas. «
Il existe de multiples petites cellules communistes. Mais
celles-ci ne sont pas suffisamment puissantes pour mobiliser
un mouvement de protestation aussi vaste que celui qu’on a
vu au cours des derniers mois. Aucun mouvement n’aurait eu
la capacité de mobiliser 200 mouvements de grèves et de
protestations ouvrières », assure Abdel-Fattah, tout en
affirmant qu’il y a eu en l’espace de quelques mois 200
mouvements de grèves un peu partout en Egypte.
Mahmoud
Amin Al-Alem est l’un des fervents du mouvement communiste
égyptien. Il fut emprisonné sous Nasser et condamné à mort
sous Sadate avant d’être gracié par ce dernier. « Je pense
qu’il s’agit d’un coup médiatique. Il est possible
qu’Al-Alem ait voulu donner un peu de poids au mouvement
communiste et donner l’impression que c’est un mouvement
capable d’agir efficacement », estime Nabil Abdel-Fattah.
Même son de cloche chez Ahmad Bahaeddine, militant gauchiste
et membre du mouvement d’opposition Kéfaya. « Les grèves
ouvrières auxquelles nous avons assisté ont eu lieu à cause
de la souffrance des ouvriers et des citoyens qui vivent
dans des conditions économiques très difficiles », affirme
Bahaeddine.
Au vu du
tohu-bohu suscité par ses déclarations, Mahmoud Amin Al-Alem
a annoncé que le journaliste qui a fait l’entretien avec lui
n’a pas bien compris ses intentions. Quoi qu’il en soit, les
propos de l’intellectuel ont déclenché un vif débat sur un
mouvement longtemps absent de la scène politique.
Sabah
Sabet
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3 QUESTIONS À
Rubin Karapatian,
ambassadeur d’Arménie au Caire.
« L’Egypte et l’Arménie signeront dix accords de coopération
»
Al-Ahram
Hebdo : Le président arménien, Robert Kotcharian, et son
épouse, Bella Kotcharian, effectueront une visite en Egypte
les 14 et 15 avril. Quels en sont les objectifs ?
Rubin
Karapatian :
Le
président Kotcharian et son épouse seront reçus au palais
présidentiel de Qobba, ce qui reflète le caractère officiel
de la visite, mais aussi les fortes relations entre les deux
pays. Le président sera accompagné d’une délégation de très
haut niveau qui comprend plusieurs ministres, notamment ceux
des Affaires étrangères, de l’Economie et du Commerce, ainsi
que d’une trentaine d’hommes d’affaires. Les pourparlers
entre les deux présidents porteront certainement sur les
relations bilatérales politiques et économiques, dans
l’objectif de les renforcer. En outre, le président et la
délégation arméniens s’entretiendront avec le chef de la
diplomatie égyptienne, Ahmad Aboul-Gheit et le premier
ministre égyptien, Ahmad Nazif. L’Egypte et l’Arménie
signeront dix accords de coopération dans divers domaines,
dont notamment la justice, le commerce et le tourisme.
— Outre
la promotion des relations égypto-arméniennes, cette visite
aura-t-elle une dimension régionale ?
— Tout à
fait. Le président Kotcharian sera accueilli par le
secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et
prononcera un discours à l’intention des représentants des
pays arabes. C’est très important d’avoir ce contact étant
donné la présence de fortes communautés arméniennes dans
plusieurs pays arabes, surtout au Liban, en Syrie et en
Iraq.
— Et
qu’en est-il de la communauté arménienne en Egypte ?
— Elle
est tout aussi importante. En effet, la présence arménienne
en Egypte remonte à l’ère des Fatimides. Sous Mohamad Ali,
le fondateur de l’Egypte moderne, les Egyptiens ont eu pour
premier ministre l’Arménien Noubar pacha. La communauté
arménienne a aussi fourni à l’Egypte plusieurs ministres,
comme Artine pacha, Boghos pacha ... C’est une grande
histoire d’amitié entre les deux peuples.
Aïcha
Abdel-Ghaffar
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