Al-Ahram Hebdo, Egypte |
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Egypte

Politique . Les récentes déclarations de l’intellectuel Mahmoud Amin Al-Alem, affirmant qu’un « mouvement communiste clandestin existe en Egypte », créent la stupeur et alimentent une série d’interrogations.


Déclarations explosives

Un mouvement communiste égyptien puissant disposant d’une organisation sans faille et d’une puissante capacité de mobilisation. A l’heure du capitalisme effréné, de l’ouverture économique et de l’effondrement du communisme mondial, cela semble relever plutôt de l’utopie. Et pourtant, l’écrivain communiste Mahmoud Amin Al-Alem a lancé un pavé dans la mare en affirmant cette semaine qu’une « organisation communiste clandestine existe en Egypte. Elle est présente d’Assouan à Alexandrie ». Cette organisation, selon Al-Alem, serait à l’origine des grèves et des protestations ouvrières qui ont eu lieu au cours de ces derniers mois en Egypte. « Les membres de notre organisation agissent dans les rues. Ils ne disent jamais leurs noms pour ne pas s’exposer à des problèmes avec la sécurité. Nous avons dans notre mouvement des membres du Parti nassérien et du parti du Rassemblement », a affirmé Al-Alem. L’agenda de cette organisation clandestine est chargé. « Après les usines, nous allons nous rendre dans les universités et dans les champs, auprès des paysans », a affirmé Al-Alem qui assure que les membres du mouvement « se réunissent dans des lieux inconnus ». Quant aux objectifs du mouvement, ils sont multiples : soutenir les protestations ouvrières, lutter contre l’état d’urgence et la loi annoncée de lutte contre le terrorisme, appeler à une nouvelle Constitution qui garantit l’égalité entre les citoyens et les droits des travailleurs, lutter contre la privatisation et la politique d’exclusion ...

Les déclarations d’Al-Alem suscitent bien évidemment des réactions en chaîne. Ce mouvement existe-t-il vraiment ? Et qui sont ses membres ? Les premières réactions sont venues du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPI) et du Parti nassérien, tous deux cités dans les propos d’Al-Alem. « Je demande à Mahmoud Amin Al-Alem d’annoncer les noms des membres du Rassemblement qui font partie de ce fameux mouvement communiste. Si une telle chose s’avère vraie, ces membres doivent être punis et exclus du parti », affirme Réfaat Al-Saïd, président du Rassemblement, qui exprime son étonnement. Quant à Diaeddine Daoud, président du Parti nassérien, il émet lui aussi des doutes : « Je ne crois pas que des Nassériens fassent partie d’un tel mouvement, s’il existe réellement. Peut-être qu’Al-Alem a voulu parler de l’Union des forces socialistes en Egypte qui a été formée il y a plus de deux mois. Cette union comprenait le parti du Rassemblement, le Parti nassérien et des militants communistes », assure Daoud.

Leaders emprisonnés

Réalité ou coup de bluff ? C’est dans les années 1920 que le mouvement communiste égyptien voit le jour et se concrétise par la création, en 1921 à Alexandrie, du Parti communiste égyptien. Ce parti appelait à l’unité arabe et à la lutte pour les droits des ouvriers, surtout dans l’agriculture et l’industrie. Mais le parti entre en désaccord avec le gouvernement wafdiste de l’époque et ses leaders sont arrêtés. Dans les années 1950, les communistes créent le Parti communiste unifié. Ils manifestent leur désaccord avec le président Nasser, surtout en ce qui concerne l’union avec la Syrie. Leurs leaders sont aussitôt arrêtés et emprisonnés de 1959 jusqu’en 1964. Après cette période, Nasser dissout le Parti communiste et demande aux communistes d’incorporer l’Union socialiste. Le même scénario se reproduit sous Sadate. Les communistes qui tentent de se réorganiser s’opposent à la politique d’ouverture économique de l’ex-président et critiquent l’entrée de l’Egypte dans le capitalisme mondial mené, selon eux, par les Etats-Unis et Israël. Dans les années 1970 et 80, les communistes accentuent leurs critiques. Ils refusent les accords de Camp David et la mise à l’écart de l’Egypte par le monde arabe qui en a résulté. Ils refusent de même la soumission à Israël. Sadate les met en prison. En 1987, ils participent aux élections législatives sur les listes du parti du Rassemblement et ne réalisent aucun résultat. « Au cours de toutes ces années, le mouvement communiste égyptien est resté relativement faible. D’une part, en raison des coups successifs de l’Etat, et d’autre part, parce que le terrain en Egypte n’a jamais été propice aux idées d’un tel mouvement », analyse Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS). Et d’expliquer qu’on a souvent lié le communisme à l’athéisme alors que dans un pays comme l’Egypte, la population reste très attachée à la religion. Preuve de cette faiblesse, aucun communiqué issu au nom des communistes n’a été émis au cours des 15 dernières années même pas pour protester contre l’invasion américaine de l’Iraq ou les massacres perpétrés contre les Palestiniens par l’armée israélienne.

Mais cela ne signifie pas pour autant que le mouvement communiste auquel a fait référence Mahmoud Amin Al-Alem n’existe pas. « Il existe de multiples petites cellules communistes. Mais celles-ci ne sont pas suffisamment puissantes pour mobiliser un mouvement de protestation aussi vaste que celui qu’on a vu au cours des derniers mois. Aucun mouvement n’aurait eu la capacité de mobiliser 200 mouvements de grèves et de protestations ouvrières », assure Abdel-Fattah, tout en affirmant qu’il y a eu en l’espace de quelques mois 200 mouvements de grèves un peu partout en Egypte.

Mahmoud Amin Al-Alem est l’un des fervents du mouvement communiste égyptien. Il fut emprisonné sous Nasser et condamné à mort sous Sadate avant d’être gracié par ce dernier. « Je pense qu’il s’agit d’un coup médiatique. Il est possible qu’Al-Alem ait voulu donner un peu de poids au mouvement communiste et donner l’impression que c’est un mouvement capable d’agir efficacement », estime Nabil Abdel-Fattah. Même son de cloche chez Ahmad Bahaeddine, militant gauchiste et membre du mouvement d’opposition Kéfaya. « Les grèves ouvrières auxquelles nous avons assisté ont eu lieu à cause de la souffrance des ouvriers et des citoyens qui vivent dans des conditions économiques très difficiles », affirme Bahaeddine.

Au vu du tohu-bohu suscité par ses déclarations, Mahmoud Amin Al-Alem a annoncé que le journaliste qui a fait l’entretien avec lui n’a pas bien compris ses intentions. Quoi qu’il en soit, les propos de l’intellectuel ont déclenché un vif débat sur un mouvement longtemps absent de la scène politique.

Sabah Sabet

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3 QUESTIONS À

Rubin Karapatian, ambassadeur d’Arménie au Caire.

« L’Egypte et l’Arménie signeront dix accords de coopération »

Al-Ahram Hebdo : Le président arménien, Robert Kotcharian, et son épouse, Bella Kotcharian, effectueront une visite en Egypte les 14 et 15 avril. Quels en sont les objectifs ?

Rubin Karapatian : Le président Kotcharian et son épouse seront reçus au palais présidentiel de Qobba, ce qui reflète le caractère officiel de la visite, mais aussi les fortes relations entre les deux pays. Le président sera accompagné d’une délégation de très haut niveau qui comprend plusieurs ministres, notamment ceux des Affaires étrangères, de l’Economie et du Commerce, ainsi que d’une trentaine d’hommes d’affaires. Les pourparlers entre les deux présidents porteront certainement sur les relations bilatérales politiques et économiques, dans l’objectif de les renforcer. En outre, le président et la délégation arméniens s’entretiendront avec le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmad Aboul-Gheit et le premier ministre égyptien, Ahmad Nazif. L’Egypte et l’Arménie signeront dix accords de coopération dans divers domaines, dont notamment la justice, le commerce et le tourisme.

— Outre la promotion des relations égypto-arméniennes, cette visite aura-t-elle une dimension régionale ?

— Tout à fait. Le président Kotcharian sera accueilli par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et prononcera un discours à l’intention des représentants des pays arabes. C’est très important d’avoir ce contact étant donné la présence de fortes communautés arméniennes dans plusieurs pays arabes, surtout au Liban, en Syrie et en Iraq.

— Et qu’en est-il de la communauté arménienne en Egypte ?

— Elle est tout aussi importante. En effet, la présence arménienne en Egypte remonte à l’ère des Fatimides. Sous Mohamad Ali, le fondateur de l’Egypte moderne, les Egyptiens ont eu pour premier ministre l’Arménien Noubar pacha. La communauté arménienne a aussi fourni à l’Egypte plusieurs ministres, comme Artine pacha, Boghos pacha  ... C’est une grande histoire d’amitié entre les deux peuples.

Aïcha Abdel-Ghaffar

 




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