Al-Ahram Hebdo, Economie | Nouvelle vague protestataire
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Economie

Ouvriers . Depuis une semaine, plusieurs protestations ouvrières se sont succédé dans différents gouvernorats, allant du sit-in jusqu’à la grève. Et dans la majorité des cas, le gouvernement a cédé aux revendications.

Nouvelle vague protestataire

Depuis la fin 2006, avec la grève de 27 000 ouvriers de l’entreprise publique de filature Al-Mahalla, on assiste à une succession de vagues de colère. Au cours des deux dernières semaines, sept actes de protestation se sont fait remarquer. «  Les ouvriers d’Egypte ont finalement réalisé que la grève pourrait devenir un moyen efficace d’améliorer les conditions de travail », commente Kamal Abbass, coordinateur de la Maison des services syndicaux, une ONG qui offre des services juridiques et de soutien aux ouvriers. Un penseur de gauche de renom, Mahmoud Amin Al-Alem, est allé jusqu’à annoncer que ces protestations seront désormais organisées par une organisation communiste, dont la toile s’étend d’Assouan, au sud du pays, jusqu’à Alexandrie, au nord. Une déclaration qui a été, cependant, réfutée par la plupart des analystes de gauche. Kamal Khalil, directeur du Centre des recherches socialistes, même s’il note une résurrection d’un mouvement ouvrier dont le ton avait baissé tout le long des années 1990, regrette toutefois que les organisations socialistes et communistes n’y soient pour rien. Il insiste sur la nature spontanée et non programmée de ces mouvements qui sont en train de prendre de l’ampleur.

Le jeudi 5 avril a connu, à lui seul, le déclenchement de 4 mouvements dans 4 différents gouvernorats. Ainsi, 100 ouvriers de l’arsenal de la marine d’Alexandrie ont-ils organisé un sit-in devant le siège de la société Holding pour le transport maritime, réclamant leur droit à une prime de qualification suite à un verdict de justice, une prime que les responsables refusent d’exécuter. Pour la même raison, les conducteurs de train ont menacé d’entrer en grève cette semaine, si l’Organisme des chemins de fer n’accorde aux conducteurs et à leurs assistants une prime de risques. A Suez, un des plus riches gouvernorats égyptiens, 500 douaniers travaillant dans des bureaux privés ont manifesté au siège de la municipalité. Ces employés ont été licenciés à cause de la clôture du port public d’Adabiya, au profit d’un autre privé, à quelques kilomètres près, le port de Sokhna. Le même jour à Guiza, les chiffonniers du quartier de Omraniya se sont rassemblés devant le siège de l’entreprise Sanzor, revendiquant leurs salaires qu’ils n’ont pas touchés au début du mois. Le nouveau président de l’entreprise avait, en fait, imposé aux chiffonniers des amendes qui dépassent la totalité de leurs salaires au cours du mois de mars. Alors que dans le gouvernorat de Ménoufiya, les ouvriers de l’entreprise Aboul-Makarem pour le textile mènent une grève depuis le 2 avril, revendiquant les primes de novembre et décembre 2004 et celles de janvier 2005. Les ouvriers revendiquent également l’augmentation annuelle de 10 % décidée par le gouvernement, octroyée toutes les années au mois de mai. Ils ne l’ont pas touchée depuis 1999.

Par ailleurs, 9 000 ouvriers des minoteries du Caire et de Guiza avaient organisé plusieurs sit-in depuis fin mars à cause de la réduction des quotas de farine distribuée aux minoteries publiques au profit des minoteries privées, ce qui devrait engendrer une diminution des primes de production de ces ouvriers. Ces primes sont équivalentes à la totalité de leurs salaires. Ces deux derniers mouvements de protestation se sont calmés suite à des promesses du ministère de la Main-d’œuvre de résoudre leurs problèmes. Par ailleurs, 6 000 ouvriers de l’entreprise Bolvar ont organisé deux sit-in pour recevoir les 7 % de profits des actions de l’entreprise qui leur sont consacrés, et pour augmenter les primes mensuelles de 22 à 60 L.E.

Dans la majorité des cas, le gouvernement a fini par céder, comme dans le cas des ouvriers des minoteries ou ceux de Bolvar. Dans d’autres cas, comme celui des ouvriers d’Aboul-Makarem, le ministère de la Main-d’œuvre est intervenu et s’est entendu avec le patron pour prendre en considération les demandes des ouvriers.

Un mouvement sans leader

Comment donc expliquer cette attitude du gouvernement ? Les ouvriers seraient-ils en train de devenir une force de pression ?

«  Lorsque les premiers mouvements se sont déclenchés au début de l’année, certains ont prévu que ce serait un phénomène qui s’arrêterait bientôt. Mais à mon avis, les ouvriers ont maintenant plus confiance en leur mouvement », estime Kamal Abbass. En fait, lors de la première vague de privatisation, entamée au milieu des années 1990, les ouvriers n’ont pas protesté contre la perte de plusieurs de leurs acquis. Ainsi, la privatisation et le système de la retraite anticipée qui l’a accompagnée, sont passés sans engendrer de fortes réactions de la part des ouvriers. Egalement, les salaires ont connu, au cours de cette même période, une baisse de leur valeur réelle, voire de leur valeur nominale dans certains cas sans que cela ne génère de mouvement ouvrier notable. Par ailleurs, Abbass note que les faibles actes de protestation de cette époque s’achevaient rapidement et sans succès. les ouvriers étaient convaincus que mener une grève pouvait leur coûter cher, puisqu’ils risquaient même la prison. Ils avaient perdu confiance en leur pouvoir. On les entendait souvent répéter : « Fini le temps où les ouvriers pouvaient contraindre le gouvernement à réaliser leurs demandes ».

Or, ce défaitisme a pris du recul depuis quelque temps. Voire dans la majorité des cas, les ouvriers reprennent leur mouvement de protestation s’ils sentent que leurs demandes ne seront pas prises en compte. Cependant, ce mouvement ouvrier ascendant garde un caractère commun du mouvement des années passées : c’est toujours un mouvement défensif qui réagit aux attaques du gouvernement et à celles des hommes d’affaires. Kamal Abbass justifie cela par l’absence de leadership. «  Il n’y a pas de syndicat général qui organise le mouvement ou qui négocie pour améliorer les conditions de travail des ouvriers. Et aucun parti politique ne remplit ce rôle ».

Marwa Hussein

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