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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Dossier

Etats-Unis-Monde arabe . L’Iran est ultra-diabolisé par l’Amérique tant et si bien que ce pays fait figure d’épouvantail pour les pays arabes au-delà des réalités objectives.

Au-delà du spectre

La caricature ci-contre est bien significative. Un monde arabe qui se jette dans les bras d’une Amérique bien alignée sur Israël pour échapper au péril iranien. Si la crainte de la présence d’un Iran puissant dans son voisinage fait partie de la politique arabe depuis bien longtemps, l’appréhension et les doutes actuels seraient surtout nourris par les Américains. Qu’il s’agisse du nucléaire qui accorde à l’ancien Empire des Perses des moyens technologiques bien avancés par rapport au reste de la région, ou de la montée en flèche de la popularité du Hezbollah chiite sapant parfois les assises des régimes sunnites, on montre toujours du doigt l’Iran comme un danger. Et Washington, dans sa volonté de créer un consensus contre Téhéran, ne fait que renforcer cet état d’esprit chez les Arabes. En fait comme le souligne Ahmad Ibrahim, spécialiste de l’Iran et rédacteur en chef de Cahiers stratégiques, la position arabe vis-à-vis du nucléaire iranien, si elle se situe à équidistance de celles de Washington et de Téhéran, a évolué de manière significative pour se démarquer de l’Iran. « Les pays arabes sont pour un Moyen-Orient exempt d’armes de destruction massive. Ils craignent que la volonté de l’Iran de défier la communauté internationale sur ce plan ne lance une course à l’arme nucléaire dans la région entre Téhéran et Tel-Aviv. Ils ne se trouvent pas alors en situation confortable, pris en tenailles en quelque sorte et obligés de posséder eux aussi l’arme nucléaire ». Il relève à cet égard que les Américains, au départ, n’avaient pas associé les régimes arabes à leur campagne contre le nucléaire iranien. Ce n’est qu’en 2005 qu’ils ont fait pression dans ce sens. Et si certains pays estimaient les craintes américaines un peu exagérées, la plupart se sont vite rangés sous la bannière américaine. Le spécialiste rappelle à cet égard que les pays arabes ont approuvé au sein de « l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et du Conseil de sécurité des mesures contre l’Iran. Les résolutions 1 737 et 1 747 ».

L’autre dossier est celui du chiisme. Washington a bien poussé dans cette direction, d’autant plus que le président iranien Ahmedinejad est un ancien membre des « Gardiens de la Révolution » et vu donc comme un « radical » par rapport au monde sunnite, susceptible de soulever communauté et minorités chiites dans la région. L’exemple de l’Iraq reste aussi une preuve de cette percée chiite. Comme le rappelle Ahmad Ibrahim, l’Iran de Khatami n’a pas manqué de soutenir l’invasion américaine. Une lutte d’influence donc où les pays arabes croient trouver dans un appui américain une sorte de bouclier.

Cependant pour de nombreux analystes, il s’agirait autant de la chose que de son contraire. Si l’Amérique montre aux Arabes le spectre iranien comme la chose la plus à éviter, il est aussi plausible que Washington et Téhéran ne sont pas des ennemis naturels et qu’ils se livrent à un jeu d’intérêts. Le politologue Antoine Sfeir, dans un livre d’entretiens, Américains et Arabes : L’affrontement. Entretiens d’Antoine Sfeir et Nicole Bacharan, affirme : « L’Iran n’est pas l’ennemi naturel des Etats-Unis. C’est une puissance régionale, qui a bâti une véritable géopolitique, et ses intérêts ne s’opposent pas toujours à ceux des Américains. Les ponts n’ont jamais été coupés entre l’Administration américaine et les Iraniens. Il faut tout simplement analyser les intérêts stratégiques des deux pays. (...) Or, qui est le meilleur gendarme du Golfe persique ? Ce sont les Iraniens ... ». L’autre argument de Sfeir concerne le chiisme. Il affirme que « la situation actuelle est dans l’intérêt des Iraniens, qui ont obtenu des acquis dans ce pays et cherchent à stabiliser également la situation pour renforcer le pouvoir de la majorité chiite. La stabilisation d’un califat chiite, aujourd’hui parachevé grâce aux Etats-Unis, à travers Téhéran, Bagdad, le régime de Damas et le Hezbollah libanais, permet de contrebalancer le pouvoir sunnite de la Jordanie, de l’Egypte et de l’Arabie saoudite ».

Des arguments à ne pas négliger. De toute façon, la libération des marins britanniques si elle a un sens, « c’est que l’Iran ne cherche pas la confrontation avec l’Occident » comme le soutient le politologue iranien Mohamad Sadeq Al-Hosseini, cité par l’AFP. « Elle constitue une étape judicieuse vers une solution pacifique sur le plus épineux dossier au Proche-Orient, c’est-à-dire la question nucléaire iranienne », a-t-il précisé.

En capturant les marins, Téhéran a montré qu’il ne craignait pas de croiser le fer avec l’Occident, mais le dénouement de la crise s’est finalement accompagné de sourires et de poignées de mains. Significatif d’une certaine manière et démontrant que les autres acteurs régionaux, les 4 pays du Quartette arabe, devraient faire preuve de prudence et d’attentisme en gérant leurs rapports avec l’Iran et ne pas trop croire l’Oncle Sam.

Ahmed Loutfi

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