Ukraine .
La crise politique s’aggrave entre le président
pro-occidental et son premier ministre pro-russe après la
dissolution du Parlement. Une médiation internationale a été
demandée à l’Autriche.
Le
bras de fer continue
Deux ans
et demi après la Révolution orange qui a porté le président
Iouchtchenko pro-occidental au pouvoir, la crise se durcit
en Ukraine. La lutte pour le pouvoir est à son comble, entre
le président pro-occidental, Viktor Iouchtchenko, et son
premier ministre pro-russe, Viktor Ianoukovitch. Dimanche,
la crise a pris un tournant très dangereux avec le refus du
président de revenir sur sa décision de dissoudre le
Parlement à majorité pro-russe. Le passage des députés pro-occidentaux
au camp opposé a été le prétexte par M. Iouchtchenko, aux
prises avec une majorité hostile à sa politique d’ancrage à
l’Occident, pour dissoudre le Parlement et fixer au 27 mai
des législatives anticipées. Selon lui, la coalition pro-russe
offre aux députés pro-occidentaux des pots-de-vin, s’élevant
à plusieurs milliers de dollars pour changer de camp. «
Cette dissolution servirait de vaccin contre la tyrannie et
l’usurpation » dont il accuse la coalition pro-russe qui a
vu ses rangs grossir avec le renfort des députés de
l’opposition.
Contestant cette décision comme anticonstitutionnelle, les
députés de la majorité pro-russe, qui continuent de siéger
malgré le décret de dissolution, ont, pour leur part, voté
une résolution accusant le chef de l’Etat d’avoir provoqué
un « chaos juridique » et de pousser les autorités centrales
à « commettre des actes illégaux ». Parallèlement, environ
15 000 partisans du premier ministre ont déclenché une large
série de manifestations dans les rues du pays. « A bas
Iouchtchenko », scandaient les manifestants. Prouvant ses
bonnes intentions, la majorité parlementaire a de nouveau
exclu de ses rangs onze transfuges venus de l’opposition
pro-occidentale. La majorité pro-russe estime avoir
satisfait ainsi à la principale exigence du président.
Pourtant, M. Iouchtchenko demeure intransigeant : « Je ne
ferai pas un seul pas pour annuler le décret. Ma décision
est constitutionnelle et légale », tout en affirmant qu’il
serait prêt à un compromis sur la date des législatives.
Selon des experts sur place, la Cour constitutionnelle va
examiner la validité de la dissolution du Parlement cette
semaine, mais sa décision pourrait prendre aux environs d’un
mois, selon les experts.
Confiance méritée
Face à
cette impasse, le premier ministre a fait appel, cette
semaine, à une médiation internationale à la participation
de l’Autriche pour trouver une solution. En effet, M.
Ianoukovitch a créé la surprise en demandant la médiation
internationale de Vienne, ignorant l’offre de médiation
russe. Justifiant son choix, le premier ministre a affirmé,
samedi : « L’Autriche est connue comme un pays démocratique
neutre. Elle bénéficie d’une confiance méritée ». Commentant
le choix du premier ministre, Volodymyr Fesenko, directeur
du Centre des études politiques Penta, explique : «
Ianoukovitch ne peut pas en appeler à la Russie car
Iouchtchenko n’écoutera pas Moscou. Bien plus, le premier
ministre, considéré comme une marionnette de Moscou, veut
briser ce stéréotype et devenir un leader européen. Depuis
sa nomination en août, Ianoukovitch cherche à plaire à
l’Europe, il va à Bruxelles plus souvent qu’à Moscou. Il
tente même de rivaliser avec le président dans le domaine de
l’intégration européenne ».
Poursuivant l’analyse, le chef du Centre des recherches
politiques et d’étude des conflits à Kiev, Mikhaïlo
Pogrebinski, ajoute que la médiation européenne a peu de
chances de réussir aujourd’hui en raison de la position
ferme du président Iouchtchenko qui refuse de revenir sur la
dissolution du Parlement : « Je pense que cela ne donnera
rien, car Iouchtchenko refuse toutes les concessions que
Ianoukovitch lui propose », estime M. Pogrebinski.
Les
propos de M. Pogrebinski ont leur part de crédibilité
puisque le président a déjà rejeté toute médiation
internationale — russe ou européenne — dans la crise : «
Nous trouverons nous-mêmes une solution à nos problèmes
nationaux. Nous avons assez d’expérience et de bonne volonté
pour résoudre notre crise », a affirmé le président.
Dans une
tentative de résoudre cette crise, plusieurs pays ont
affirmé leur disposition à intervenir. Le premier a été
Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne qui
a demandé aux deux Viktor de faire preuve de retenue et de
sagesse. Il s’agit de la première intervention européenne
dans la crise politique en Ukraine. Pour sa part, le
président polonais, Lech Kaczynski, a proposé ses services,
rôle qu’avait joué son prédécesseur lors de la Révolution
orange. Comme prévu, la réaction la plus remarquable, cette
semaine, était celle de la Russie qui ne cesse de soutenir
le camp du premier ministre pro-russe. Samedi, la Douma (chambre
basse du Parlement) a estimé que la dissolution du Parlement
ukrainien était contraire à la Constitution et envoyait un «
signal extrêmement dangereux » aux forces politiques
dans le pays. Dans un communiqué, le président russe
Vladimir Poutine a exprimé le souhait que les responsables
ukrainiens fassent preuve de retenue pour régler la crise
par un dialogue constructif.
La
question qui s’impose à l’heure actuelle est la suivante :
Si les leaders politiques ne réussissent pas à contenir la
crise, l’Ukraine aura-t-elle recours à une révolution d’une
autre couleur pour y mettre fin ? Tout se décidera après la
décision de la Cour constitutionnelle cette semaine.
Maha
Al-Cherbini