Iran .
Téhéran a annoncé avoir réussi l’enrichissement industriel
d’uranium, provoquant une montée de la tension avec les pays
occidentaux.
Nouveau défi
Une
nouvelle escalade en perspective entre la République
islamique et l’Occident. Le ton a été donné lundi lorsque
Téhéran a annoncé être passé à l’enrichissement industriel
d’uranium. Le président Mahmoud Ahmadinejad a clamé que
l’Iran « a rejoint les pays qui produisent du combustible
nucléaire à une échelle industrielle », dans un discours
prononcé à l’usine d’enrichissement de Natanz, dans le
centre du pays, à l’occasion de la première journée du
nucléaire iranien qui marque la date où, il y a un an,
l’Iran avait réussi à enrichir de l’uranium à un niveau de
3,5 %, suffisant pour produire du combustible nucléaire. «
Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour célébrer l’entrée du
projet d’enrichissement d’uranium à un niveau industriel »,
avait annoncé peu avant le président de l’Organisation
iranienne de l’énergie atomique (OEA), Gholam-Reza Aghazadeh,
présent lui aussi à Natanz.
A
Washington, le département d’Etat a immédiatement réagi en
estimant que ce nouveau « défi » lancé par l’Iran justifiait
la voie des sanctions choisie par le Conseil de sécurité de
l’Onu. Les Etats-Unis semblent se sentir reconfortés dans
leur stratégie de sanctions par l’annonce iranienne. De son
côté, l’Union européenne a exhorté l’Iran de « coopérer
pleinement » avec l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA) et de « suivre la résolution des Nations-Unies
».
M.
Aghazadeh a aussi annoncé « le début de la production en
masse de centrifugeuses » pour l’enrichissement d’uranium.
Mais étrangement, aucun des deux responsables n’a donné le
nombre de centrifugeuses d’enrichissement supposées
fonctionner à Natanz. Le vice-président de l’OEA, Mohammad
Saïdi, s’est refusé à apporter toute précision sur le sujet.
Pour atteindre une capacité industrielle, l’Iran doit faire
tourner plusieurs dizaines de milliers de telles machines. A
la mi-février, Téhéran a informé l’AIEA que deux cascades,
de 164 centrifugeuses chacune, étaient prêtes à fonctionner
et deux autres en voie d’installation, l’objectif étant de
disposer d’environ 3 000 centrifugeuses d’ici au mois de mai.
Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale,
Ali Larijani, a répondu « oui » à une question des
journalistes lui demandant si l’Iran avait commencé à
alimenter en hexafluorure d’uranium les 3 000 centrifugeuses.
Mais il n’a pas précisé si elles étaient toutes installées.
La question du nombre est cruciale, car une installation de
3 000 centrifugeuses permet théoriquement d’obtenir, dans un
délai de six à douze mois, une quantité suffisante d’uranium
hautement enrichi pour une bombe nucléaire.
Les
grandes puissances occidentales, ainsi que les pays arabes
voisins, craignent que la République islamique ne détourne
son programme civil à des fins militaires afin d’obtenir une
telle arme. Téhéran a toujours démenti que telle soit son
intention. Le président a répété que l’Iran ne permettrait
pas aux grandes puissances de freiner son programme
nucléaire. « Notre nation défendra ses droits jusqu’au bout
», a dit M. Ahmadinejad, en ajoutant que « notre chemin vers
le développement est irréversible ». L’Iran, a-t-il averti,
« n’autorisera pas certaines grandes puissances brutales à
mettre des obstacles à son progrès grâce à leur influence
dans la communauté internationale ». M. Larijani a renchéri
sur ce thème en affirmant que « si (les grandes puissances)
exercent de nouvelles pressions, nous n’aurons pas d’autre
choix que de reconsidérer notre appartenance au TNP », le
traité de non-prolifération nucléaire. Une menace jugée «
inacceptable » par la Maison Blanche, qui a rejeté lundi
toute remise en cause de la coopération iranienne avec
l’AIEA.
Ces
annonces constituent un véritable défi à la communauté
internationale, le Conseil de sécurité des Nations-Unies
ayant exigé, dans maintenant trois résolutions, que l’Iran
suspende ses activités d’enrichissement d’uranium.
L’exécutif onusien a imposé dans ses deux dernières
résolutions (1737 et 1747) des sanctions sur les programmes
nucléaire et balistique iraniens, à cause de son refus de
suspendre son enrichissement. Ce procédé permet d’obtenir
aussi bien du combustible pour une centrale nucléaire que la
matière première d’une bombe atomique. L’AIEA doit publier
fin mai un nouveau rapport sur le programme iranien et le
Conseil de sécurité pourrait renforcer ses sanctions contre
Téhéran si ce rapport est négatif.
Hicham Mourad