Peinture .
Adam Hénein utilise l’acrylique ou le fusain pour créer deux
mondes séparés et complémentaires à la fois, qui nous
invitent à l’évasion et à la liberté.
Quand
humour et ludisme sont à la fête
Une
tasse effleure à peine la soucoupe avant de s’établir
complètement. C’est le moment délicieux et unique qui
précède le plaisir de la pause café. Un moment furtif et
infini à la fois où le temps s’évade au loin pour ne laisser
place qu’au désir dans son essence même. Adam Hénein n’a
qu’à faire du temps. Dans ses petits carnets, les dessins se
multiplient. Ils remontent à des temps lointains, aux années
1980. Ils reprendront vie sous son pinceau pour communiquer
un plaisir qui transcende les temps.
Ses
peintures en acrylique ou au fusain sont le prolongement de
ses sculptures. Moments de répit où, à travers les formes
qu’il peint, il se prépare au plaisir de la sculpture. Le
monde géométrique d’Adam Hénein qui semble, au premier abord,
parfaitement différent de ses dessins au fusain n’en est pas
aussi éloigné que l’on pourrait l’imaginer. Dans les ronds,
les triangles ou les carrés se faufilent des lignes molles
qui cassent la rigueur du dessin de base. Les peintures, qui
se confinent dans des cadres en forme de cercles grands ou
petits ou dans d’immenses rectangles, demandent plus de
liberté. Une ligne se casse laissant une ouverture, une
autre se noue et laisse deviner une autre ligne qui, elle,
s’en va au loin. Où en sommes-nous des premières formes qui
nous semblaient incontournables ? Dans leurs proximités, les
formes, qui se voulaient dures et fermes, créent d’autres
qui vivent de leur propre vie pour constituer un ensemble où
les formes inséparables s’accrochent les unes aux autres
dans un ultime rêve de réconciliation. Une réconciliation
qui, telle la vie, est à renégocier toujours et partout. Le
dernier mot n’est pas encore dit. Il ne le sera qu’à la fin.
Et entre-temps la vie bouscule les formes, casse les lignes,
et mélange les mondes.
Dans la
légèreté, il peint des formes géométriques qui s’articulent,
s’enchâssent ou s’évadent au loin pour nous faire rêver.
Cependant ses formes vivent de leur propre vie et deviennent
des entités à part entière qui s’amusent et s’élancent vers
l’infini. Dans les couleurs de bleu, marron, brique, gris et
noir, elles essayent de s’équilibrer. Mais en vain. Les
touches d’argenté et de doré, les différentes dimensions de
ses peintures sont là pour s’ajouter à la fantaisie et à
l’humour de ses œuvres. Comme pour cette femme qui s’étend
telle une nymphe sur des plaques dorées ou argentées pour
s’amuser de l’art nouveau et se rire d’elle-même et de nous
dans une invitation à l’évasion. De plus, les lignes de
couleurs, qui encadrent les peintures, laissant des espaces
ouverts comme autant d’issues de sortie, nous préparent à ce
moment merveilleux et magique de liberté.
Une
magie qu’on gardera comme le souvenir d’un délicieux plaisir
dont l’un des temps forts est certes ces planches au fusain
où érotisme et humour sont à la fête à travers des dessins
qui se faufilent et se tortillent dans les jardins secrets
du non-dit. Des corps de femmes s’élancent, et se profilent
dans des tons de noir, blanc et gris comme pour une
invitation à l’érotisme et au bonheur. De petits triangles
rappellent les signes de leur féminité dans un ballet de
formes où l’emplacement de la signature d’Adam Hénein, les
petits tatouages que l’on décèle ça et là, sur les corps,
les petites taches, comme autant de creux et de courbes
fantasmés, surgissent aux détours du crayon pour donner à
ces êtres féminins uniques et sacrés, une aura de mystère
qui communique avec l’au-delà.
Soheir Fahmi