Al-Ahram Hebdo,Arts | Quand humour et ludisme sont à la fête
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Arts

Peinture . Adam Hénein utilise l’acrylique ou le fusain pour créer deux mondes séparés et complémentaires à la fois, qui nous invitent à l’évasion et à la liberté.

Quand humour et ludisme sont à la fête

Une tasse effleure à peine la soucoupe avant de s’établir complètement. C’est le moment délicieux et unique qui précède le plaisir de la pause café. Un moment furtif et infini à la fois où le temps s’évade au loin pour ne laisser place qu’au désir dans son essence même. Adam Hénein n’a qu’à faire du temps. Dans ses petits carnets, les dessins se multiplient. Ils remontent à des temps lointains, aux années 1980. Ils reprendront vie sous son pinceau pour communiquer un plaisir qui transcende les temps.

Ses peintures en acrylique ou au fusain sont le prolongement de ses sculptures. Moments de répit où, à travers les formes qu’il peint, il se prépare au plaisir de la sculpture. Le monde géométrique d’Adam Hénein qui semble, au premier abord, parfaitement différent de ses dessins au fusain n’en est pas aussi éloigné que l’on pourrait l’imaginer. Dans les ronds, les triangles ou les carrés se faufilent des lignes molles qui cassent la rigueur du dessin de base. Les peintures, qui se confinent dans des cadres en forme de cercles grands ou petits ou dans d’immenses rectangles, demandent plus de liberté. Une ligne se casse laissant une ouverture, une autre se noue et laisse deviner une autre ligne qui, elle, s’en va au loin. Où en sommes-nous des premières formes qui nous semblaient incontournables ? Dans leurs proximités, les formes, qui se voulaient dures et fermes, créent d’autres qui vivent de leur propre vie pour constituer un ensemble où les formes inséparables s’accrochent les unes aux autres dans un ultime rêve de réconciliation. Une réconciliation qui, telle la vie, est à renégocier toujours et partout. Le dernier mot n’est pas encore dit. Il ne le sera qu’à la fin. Et entre-temps la vie bouscule les formes, casse les lignes, et mélange les mondes.

Dans la légèreté, il peint des formes géométriques qui s’articulent, s’enchâssent ou s’évadent au loin pour nous faire rêver. Cependant ses formes vivent de leur propre vie et deviennent des entités à part entière qui s’amusent et s’élancent vers l’infini. Dans les couleurs de bleu, marron, brique, gris et noir, elles essayent de s’équilibrer. Mais en vain. Les touches d’argenté et de doré, les différentes dimensions de ses peintures sont là pour s’ajouter à la fantaisie et à l’humour de ses œuvres. Comme pour cette femme qui s’étend telle une nymphe sur des plaques dorées ou argentées pour s’amuser de l’art nouveau et se rire d’elle-même et de nous dans une invitation à l’évasion. De plus, les lignes de couleurs, qui encadrent les peintures, laissant des espaces ouverts comme autant d’issues de sortie, nous préparent à ce moment merveilleux et magique de liberté.

Une magie qu’on gardera comme le souvenir d’un délicieux plaisir dont l’un des temps forts est certes ces planches au fusain où érotisme et humour sont à la fête à travers des dessins qui se faufilent et se tortillent dans les jardins secrets du non-dit. Des corps de femmes s’élancent, et se profilent dans des tons de noir, blanc et gris comme pour une invitation à l’érotisme et au bonheur. De petits triangles rappellent les signes de leur féminité dans un ballet de formes où l’emplacement de la signature d’Adam Hénein, les petits tatouages que l’on décèle ça et là, sur les corps, les petites taches, comme autant de creux et de courbes fantasmés, surgissent aux détours du crayon pour donner à ces êtres féminins uniques et sacrés, une aura de mystère qui communique avec l’au-delà.

Soheir Fahmi

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