Cinéma . Le succès rencontré cette année par la Caravane du
cinéma euro-arabe, tenue au Caire du 4 au 10 avril, fait
désormais d’elle un événement culturel majeur.
Solide
attelage
Au
bout d’une semaine de projections et de rencontres entre
cinéphiles arabes et européens, le bilan de cette deuxième
édition de la Caravane du cinéma euro-arabe rassemble
paraît-il les suffrages de la critique aussi bien que ceux
du public, massivement fidèle. Les séances (au centre Ibdaa,
dans l’enceinte de l’Opéra) étaient souvent pleines et les
spectateurs enthousiastes, ce qui n’est pas forcément le cas
dans d’autres manifestations plus coutumières.
« Cette année n’est pas comme celle d’avant. Nous allons
d’une surprise à l’autre. Le choix des films est excellent,
même si leur nombre est, à mon avis, restreint », fait
remarquer le critique Sami Seifeddine. Une autre belle
surprise, selon lui, est l’origine géographique des films,
avec une forte présence arabe, notamment syrienne.
La caravane a aussi projeté, cette année, certains films «
mutants », loin des œuvres classiques.
Aux commandes pour la deuxième année consécutive, Hala Galal,
directrice de la société Semat, et son équipe ont conçu une
programmation à la fois éclectique et cohérente. Fouinant du
côté des cinémas européens et arabes sérieux mais aussi
commerciaux, sa ligne artistique s’est resserrée. La
caravane a programmé un nombre plus limité de films, jetant
la lumière sur les boîtes de production, sur les artistes et
sur les tendances dont les travaux se sont avérés essentiels
aux confins du cinéma non hollywoodien.
A commencer par le film d’ouverture : Volver de l’Espagnol
Almodovar qui a décroché, il y a peu de temps, l’Oscar du
meilleur film étranger. C’est dans ce film que le matador du
cinéma espagnol revient à son monde féminin à travers
l’histoire de trois générations de femmes issues de son
milieu d’enfance.
« Nous avons pris l’initiative de présenter ce grand film
pour la première fois en Egypte et dans le monde arabe, en
dépit des rumeurs, lesquelles ont engendré un vrai
malentendu avec la censure », indique Hala Galal,
organisatrice de la caravane.
Outre
les fictions qui ont rencontré un grand succès dans les
festivals internationaux, comme le film anglo-turc 37 Uses
for a Dead Sheep (les 37 usages d’un mouton mort),
l’espagnol Le Sel de la terre de Sadrolin Tam, l’allemand
Shoot Back (répondre au tir) de Michael Trabitzsch et
Katharina Kiecol et le tunisien Making of de Nouri Bouzid,
les films engagés avaient le vent en poupe. Politiques ou
sociaux, ceux-ci n’hésitaient pas à jouer de la séduction
des images pour faire passer les messages les plus enragés.
Citons-en le film franco-algérien Back Home (la rentrée) de
Rabeh Ameur Zaimeche, le marocain Quel monde magnifique de
Faouzi Bensaúdi et le film soudanais Tout sur Darfour de
Taghrid Al-Sanhouri. Un parti pris évident de la part des
organisateurs. « Nombreux sont les cinéastes qui préfèrent
aujourd’hui exprimer un point de vue politique portant leur
vision sur le monde où ils vivent. Le cinéma a toujours
quelque chose de sérieux à dire », explique Hala Galal.
Avec la Syrie comme invitée d’honneur, la caravane a consacré
une partie de son activité à la projection de beaux films
ambitieux. Il s’agit de Lettres verbales de Abdel-Hamid
Abdel-Latif et La Nuit de Mohamad Malas, Terre pour un
étranger de Sami Zikri, Les Etoiles en plein jour d’Ossama
Mohamad et Extras de Nabil Maleh.
Un colloque regroupant des professionnels du cinéma s’est
également tenu au CFCC de Mounira, sur les possibilités de
la coopération arabo-européenne dans le domaine de la
production. Sous le titre de L’Europe et le monde arabe,
compères ou rivaux, le colloque a démarré sur un thème
ancien et classique, mais la question a été relancée à
travers l’interaction entre cinéastes et cinéphiles arabes,
comme les Marocains Faouzi BenSaïdi et Moustapha Al-Messnawi,
le producteur espagnol José Maria Riba et le critique
égyptien Ali Abou-Chadi, également président du Centre
national égyptien du cinéma et responsable de la
censure.
Cette journée de discussions a eu comme fruit un accord
verbal entre les différentes parties ainsi que des
recommandations, proclamant la nécessité de l’intervention
des entités européennes concernées pour garantir, le plus
vite possible, une coopération cinématographique équitable
entre l’Europe et les pays arabes.
Autre moment fort de la caravane : la cérémonie dédiée au
centenaire du cinéma égyptien. En coopération avec
l’Institut Goethe et l’Association des documentaristes, la
caravane a organisé une cérémonie pour l’occasion, où l’on a
projeté un film égyptien muet, en côte à côte avec deux
jeunes réalisations.
Finalement, la panoplie de films projetés a mis en avant un
cinéma tant respectable que commercial.
Yasser
Moheb