Al-Ahram Hebdo, Arts | Deux autres fous de Laïla
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Arts

Spectacle . Tout le monde en parle, alors que peu de gens l’ont vu. Majnoun Laïla, un show de danse et de chant, signé Marcel Khalifé et Qassim Haddad, soulève un tollé, alors qu’il n’a été donné que deux fois au Bahreïn.

Deux autres fous de Laïla

Mobilisation générale ou carrément guerre ouverte par les nouveaux inquisiteurs de la foi ? Avec leur nouveau show Laïla wal majnoun ou Majnoun Laïla (le fou de Laïla), l’interprète-compositeur libanais Marcel Khalifé et le poète bahreïni Qassim Haddad ont-ils commis l’erreur fatale chez les bédouins comme l’a fait jadis Qaïs, le fou de Laïla ? Ce dernier, héros de l’histoire d’amour la plus populaire au Moyen-Orient et en Asie Centrale, a été condamné pour avoir chanté à tous les vents son amour pour sa cousine. Il a fait de ses poèmes une arme contre le pouvoir tribal et l’autoritarisme des us et coutumes jusqu’à perdre la raison. En rappelant cette idylle amoureuse, à travers un spectacle de danse et de chant, Khalifé et Haddad n’ont pas manqué d’exaspérer les chantres de l’orthodoxie. Leur show parle d’amour, apparemment une raison suffisante pour s’attirer les foudres des députés islamistes au Bahreïn, lesquels constituent les 3/4 des 40 sièges du Parlement. En fait, le show a inauguré, début mars dernier, le festival « Printemps de la culture » organisé par le ministère de l’Information à un coût de 800 000 dinars bahreïnis, et lequel est censé s’étendre jusqu’à mi-avril. Ces parlementaires ont jugé « lascifs » les tableaux de danse mimant les scènes d’amour de Qaïs et Laïla, interprétés par une troupe libanaise, pendant que Marcel Khalifé chante sur les planches. « Les danses sont de goût dépravé et constituent une offense à la morale publique et à la morale religieuse. De plus, les poèmes chantés profanent les valeurs islamiques. La Constitution reconnaît clairement l’islam comme étant la religion officielle, du coup tout ce qui passe dans le pays doit s’y conformer », affirme le communiqué de presse publié par le groupe islamiste Assala, lequel est représenté par 7 membres au Parlement. Ces derniers ont essayé de faire bloc avec d’autres formations politiques afin d’ouvrir une enquête sur la question et prendre des mesures adéquates contre les organisateurs, garantissant qu’un tel événement ne se reproduise plus. « La danseuse a déboutonné le haut du danseur, et ce qui s’ensuivait ressemblait à un acte sexuel, sans nudité », a déclaré, au Daily Star du 9 mars dernier, cheikh Mohamad Khaled, député du bloc Al-Minbar, une filiation des Frères musulmans.

Scènes voluptueuses ? Cela donne l’amour du vice ? Le large public n’est pas en mesure de le juger, car le show a été juste donné en première, deux soirées d’affilée à la capitale Manama. Cela n’empêche que la renommée de Khalifé et Haddad est gage de respect. Le premier né en 1950, le deuxième en 1948, ils font partie d’une même génération d’intellectuels engagés qui n’ont de cesse milité pour les justes causes depuis les années 1970. D’ailleurs, tous les deux ne sont pas restés inactifs. A la déclaration de guerre, ils ont riposté par une déclaration d’amour, envoyée notamment par courriel à pas mal de sympathisants. « On a juste voulu inciter les gens à la joie contre l’aversion, à la vie contre le néant. (…) Au-delà des règlements de comptes politiques ou personnels, nous considérons la démarche du bloc islamiste comme une tentative bien ciblée et bien arrangée pour terroriser les créateurs de toute culture libre, refusant de céder ». Ainsi, mettent-ils en jeu leurs relations, leurs partisans pour essayer de contrer l’offensive. Et l’affaire s’est vite transformée en un affrontement plus symbolique entre les libéraux et les conservateurs, les laïcs et les islamistes. Les uns et les autres ne manquent pas de réagir à travers les blogs ou les forums de discussion ; leurs mails sont en abondance faisant preuve d’un désenchantement de part et d’autre. De quoi faire une publicité énorme à l’œuvre, alors que le livre a paru, il y a des années de cela. Apparemment, il ne faut pas juste tirer sur le musicien, mais aussi sur les poètes, les danseurs, les metteurs en scène … Les nouvelles formes d’inquisition, il y en a de toutes les couleurs.

Dalia Chams

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