Al-Ahram Hebdo, Arts | Ode à Sourour
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 Semaine du 11 au 17 avril 2007, numéro 657

 

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Arts

Théâtre . Pour célébrer le 75e anniversaire du poète, critique et dramaturge Naguib Sourour (1932-1978), le théâtre Al-Talia présente Kan gadaa (il était un gaillard). Un spectacle musical basé sur des extraits de l’œuvre de l’auteur.

Ode à Sourour

Il était cet homme sarcastique, rebelle. Proférant ouvertement des diatribes contre la société et la politique, il utilisait un vocabulaire audacieux et profond d’un arabe soutenu. Il était ce voyou, cet intellectuel, qui exprimait ses sentiments et ses positions clairement, accusé souvent de bizarrerie. C’était Naguib Sourour (1932-1978). Un nom bien marqué dans l’histoire de la poésie et du théâtre des années 1960.

Puisant dans les thèmes populaires et folkloriques de l’Egypte, Sourour a réussi à créer un théâtre populaire et sociopolitique. Et dans la pièce Kan gadaa (il était un gaillard), qui se donne actuellement sur les planches du théâtre Abdel-Moneim Madbouli, mise en scène par Imane Al-Sérafi, il est tout simplement ce brave homme indiqué par le titre.

Afin de rendre hommage à Sourour, cet écrivain qui a été éprouvé sa vie durant, le metteur en scène opte pour une sorte d’élégie mélodramatique, conjuguant certaines œuvres théâtrales connues et quelques extraits de ses poèmes. On y discerne ainsi des extraits de son chef-d’œuvre Yassine et Bahiya, accompagnés de quelques poèmes de Lozoum ma yalzam (ce qu’il faut). Puis se succèdent d’autres poèmes et d’autres extraits dramatiques de Ménein aguib nass (d’où chercher les gens), Qoulou li ein al-chams (dites au soleil), Al-Hokm baad al-modawla (jugement après délibération), etc.

On passe d’une scène à l’autre et d’une histoire à l’autre. Les poèmes de Sourour sont scandés par des acteurs interprétant des situations dramatiques chargées de significations évocatrices, de proximité étroite avec la vie de ce poète et critique. Dans certaines séquences, un acteur, Mahmoud Massoud, enfile l’identité du poète pour narrer quelques épisodes de son histoire, arborant un air triste et sérieux.

Quelques discours sur la justice sociale et réflexions traduisant l’opinion de Sourour sur le régime politique d’aujourd’hui sont actualisés par une énonciation du poète et du dramaturge Sameh Al-Ali.

Les textes de Sourour sont assez provocateurs, les acteurs essayent de l’être aussi. Pour ce, certains d’entre eux ont recours à une alternance savante de longues digressions, de slogans usés et un jeu trop enthousiasmé.

Par des chansons dramatiques, la musique et le chant mélodieux des acteurs, Al-Sérafi confère au spectacle une tonalité mélancolique.

Orchestrant la performance d’un takht arabe avec un chœur, le compositeur Farouq Al-Charnoubi mêle un registre traditionnel et des taqassim afin de conférer un air de mélopée à la pièce. Les chansons écrites par Sameh Al-Ali, interprétées par Al-Charnoubi lui-même ou par le chœur, jouent un rôle primordial dans la pièce. Elles servent à résumer, introduire et relancer les scènes. Par exemple, déplorant la mort de Yassine, un des protagonistes principaux dans la pièce de Sourour Yassine et Bahiya égrène la mélopée Aman aya amah (je vous prie ma mère) en arabe dialectal pour instiller dans l’intrigue le sentiment de la perte.

Dans le but de mettre en évidence un show complet, le metteur en scène choisit de figurer la tonalité triste par une chorégraphie simple.

Le décor, conçu par Mohamad Hachem, est inspiré du patrimoine égyptien comme le sont les œuvres de Sourour. On se trouve face à un temple pharaonique, aux colonnes romaines, entouré par des motifs d’arabesque et des éléments rappelant la ruelle égyptienne ou encore la vie rurale du pays. Ainsi, le décorateur superpose-t-il des formes liées à des époques distinctes pour donner une impression de richesse. Mais faute de beaucoup de détails et de plusieurs niveaux, la superficie rétractée en vient à restreindre le mouvement des danseurs et parfois des acteurs.

Les habits des acteurs se limitent à la couleur noire, signe de deuil et de chagrin. Quelques foulards noirs, blancs, ou encore rouges ajoutent des significations claires et directes et associent la perte, la bonté et le sang.

L’éclairage est limité à deux couleurs traditionnelles : jaune et rouge. Le jeu de focalisation a été souvent raté faute de techniciens. Ainsi, les projecteurs s’allument-ils soudainement après l’apparition des héros qui débutent déjà leur discours. Dans plusieurs scènes, le jeu se fait dans un éclairage ouaté. Le deuil n’exige-t-il pas une lumière plus nuancée ?

Par les textes de Sourour, son histoire, la musique, les chansons, les danses et le jeu des acteurs, le metteur en scène Imane Al-Sérafi a créé une élégie dramatique. Toutefois, l’ambiance surchargée d’un caractère ténébreux nous empêche de sonder l’ironie et le sarcasme propres à l’œuvre grandiose de Naguib Sourour.

May Sélim

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Tous les soirs, à 21h (relâche le mardi) au théâtre Abdel-Moneim Madbouli (Métropole), fin rue 26 Juillet, centre-ville. Tél. : 593 33 34.

 




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