Théâtre
.
Pour célébrer le 75e
anniversaire
du poète,
critique et dramaturge Naguib
Sourour (1932-1978), le
théâtre Al-Talia
présente Kan
gadaa (il
était un
gaillard). Un spectacle musical
basé sur des
extraits de
l’œuvre de l’auteur.
Ode
à Sourour
Il
était cet
homme
sarcastique, rebelle.
Proférant
ouvertement des diatribes contre
la société et la
politique,
il utilisait un
vocabulaire
audacieux et profond d’un
arabe
soutenu. Il était
ce voyou,
cet
intellectuel, qui exprimait
ses sentiments et
ses positions
clairement,
accusé souvent de
bizarrerie.
C’était Naguib
Sourour (1932-1978). Un nom
bien marqué
dans
l’histoire de la poésie
et du
théâtre des années 1960.
Puisant
dans les
thèmes populaires et
folkloriques de
l’Egypte,
Sourour a réussi
à créer
un théâtre
populaire et sociopolitique.
Et dans la pièce Kan
gadaa (il
était un
gaillard), qui se donne
actuellement
sur les
planches du
théâtre
Abdel-Moneim Madbouli,
mise en scène par
Imane Al-Sérafi,
il est
tout simplement
ce brave
homme indiqué par le
titre.
Afin
de rendre
hommage à
Sourour,
cet écrivain qui a
été éprouvé
sa vie
durant, le metteur en
scène opte pour
une sorte
d’élégie
mélodramatique, conjuguant
certaines
œuvres théâtrales
connues et
quelques extraits de
ses poèmes.
On y discerne
ainsi des
extraits de son chef-d’œuvre
Yassine et
Bahiya, accompagnés de
quelques
poèmes de Lozoum ma
yalzam (ce
qu’il faut).
Puis se
succèdent d’autres
poèmes et
d’autres extraits
dramatiques de
Ménein
aguib nass (d’où
chercher les
gens),
Qoulou li
ein al-chams
(dites au
soleil), Al-Hokm
baad al-modawla
(jugement après
délibération), etc.
On
passe d’une
scène à
l’autre et d’une histoire
à l’autre.
Les poèmes de
Sourour
sont scandés par des
acteurs
interprétant des situations
dramatiques chargées de
significations évocatrices, de
proximité
étroite avec la vie de ce
poète et critique.
Dans
certaines séquences, un
acteur,
Mahmoud Massoud,
enfile
l’identité du
poète pour
narrer quelques
épisodes de son histoire,
arborant un air
triste et
sérieux.
Quelques
discours
sur la justice sociale et
réflexions
traduisant l’opinion de
Sourour sur
le régime politique
d’aujourd’hui
sont
actualisés par une
énonciation
du poète et
du dramaturge
Sameh Al-Ali.
Les
textes de
Sourour sont
assez provocateurs, les
acteurs
essayent de l’être
aussi. Pour
ce, certains
d’entre eux
ont recours
à une
alternance
savante de longues
digressions, de slogans usés et
un jeu trop
enthousiasmé.
Par des
chansons dramatiques, la
musique et le chant
mélodieux des
acteurs, Al-Sérafi
confère au spectacle
une
tonalité mélancolique.
Orchestrant
la performance d’un takht
arabe avec un
chœur, le
compositeur Farouq Al-Charnoubi
mêle un
registre traditionnel et
des taqassim
afin de
conférer un air de mélopée
à la pièce. Les chansons
écrites par
Sameh Al-Ali, interprétées
par Al-Charnoubi
lui-même ou
par le chœur,
jouent un
rôle primordial dans la
pièce. Elles
servent à
résumer,
introduire et relancer
les scènes. Par
exemple,
déplorant la mort de Yassine,
un des protagonistes
principaux
dans la pièce de Sourour
Yassine et
Bahiya égrène la
mélopée
Aman aya amah (je
vous prie
ma mère) en
arabe dialectal pour instiller
dans l’intrigue le
sentiment de la perte.
Dans
le but de mettre en
évidence un show
complet, le
metteur en scène choisit
de figurer la tonalité
triste par
une chorégraphie simple.
Le
décor, conçu par
Mohamad
Hachem, est
inspiré du
patrimoine
égyptien comme le
sont les
œuvres de Sourour. On se
trouve face
à un temple pharaonique,
aux colonnes
romaines,
entouré par des motifs
d’arabesque et des éléments
rappelant la
ruelle
égyptienne ou encore la
vie rurale
du pays. Ainsi, le
décorateur superpose-t-il
des formes
liées à des époques
distinctes pour
donner une
impression de richesse.
Mais faute
de beaucoup de détails et de
plusieurs
niveaux, la superficie
rétractée en
vient à
restreindre le
mouvement des danseurs et
parfois des
acteurs.
Les
habits des acteurs se
limitent à
la couleur noire,
signe de
deuil et de chagrin. Quelques
foulards noirs, blancs,
ou encore rouges
ajoutent des significations
claires et
directes et associent la
perte, la
bonté et le sang.
L’éclairage
est limité
à deux
couleurs
traditionnelles : jaune
et rouge. Le jeu de
focalisation a
été souvent
raté faute
de techniciens.
Ainsi, les
projecteurs s’allument-ils
soudainement après
l’apparition des
héros qui
débutent déjà leur
discours.
Dans plusieurs
scènes, le
jeu se fait dans un
éclairage
ouaté. Le deuil
n’exige-t-il pas
une lumière
plus nuancée ?
Par les
textes de
Sourour, son histoire, la
musique, les chansons, les
danses et le jeu des
acteurs, le
metteur en scène Imane
Al-Sérafi a
créé une
élégie
dramatique. Toutefois,
l’ambiance
surchargée d’un caractère
ténébreux
nous empêche de
sonder
l’ironie et le sarcasme
propres à
l’œuvre grandiose de
Naguib
Sourour.
May
Sélim