Kurdes . La Turquie et
l’Iran accusent la région autonome du Kurdistan iraqien de servir de base
arrière aux rebelles turcs et iraniens, et somment Bagdad de prendre des
mesures.
Troubles de voisinage
Une
recrudescence des attentats attribués à la rébellion kurde en Turquie inquiète
de plus en plus Ankara. En effet, un groupe armé de rebelles kurdes,
responsable de plusieurs attentats à la bombe, a menacé cette semaine
d’attaquer des cibles touristiques dans le pays et conseillé aux touristes
européens d’éviter de s’y rendre. Il s’agit des Faucons de la liberté du
Kurdistan (TAK), considéré par Ankara comme une organisation de façade du Parti
des travailleurs du Kurdistan (PKK), tandis que le PKK affirme qu’il s’agit
d’un groupe dissident sur lequel il n’exerce aucun contrôle. Cette nouvelle
menace est survenue au lendemain de la saisie de 17 kilos d’explosifs dans le
sud-est du pays. Selon les forces de sécurité, ces explosifs étaient destinés à
des attaques terroristes de rebelles séparatistes kurdes, prévues le 31 mars,
jour du nouvel an kurde (Newrouz).
De
l’autre côté de la frontière, en Iran, le séparatisme kurde inquiète autant. Dix-sept
rebelles armés « entrés en Iran pour mener des opérations de sabotage » et
quatre militaires iraniens ont été tués près de la frontière iraqienne. Selon
le commandant des Gardiens de la Révolution, le général Yahya Rahim Safavi, 30
rebelles ont été tués au cours de la semaine dernière dans des affrontements
entre les forces armées iraniennes et les militants du Pejak (Parti pour une
vie libre au Kurdistan).
Ces
nouveaux affrontements entre les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique
du régime de Téhéran, et le Pejak, un parti séparatiste kurde iranien, ont eu
lieu après que l’Iran eut menacé d’attaquer les rebelles kurdes iraniens basés
en Iraq si le gouvernement iraqien ne les expulsait pas des zones frontalières.
« Si le gouvernement iraqien n’expulse pas les rebelles armés iraniens liés aux
étrangers de la zone (frontalière Iraq-Iran), les Gardiens de la Révolution se
réservent le droit de les pourchasser au-delà des frontières » de l’Iran, a
averti le général Yahya Rahim Safavi.
En
effet, les membres armés du Pejak, ainsi que ceux du Parti des travailleurs du
Kurdistan (PKK), parti séparatiste turc considéré comme une organisation
terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l’Union européenne, sont installés
dans les montagnes de Qandil, qui longent les frontières de l’Iraq, de l’Iran
et de la Turquie, depuis lesquelles ils mènent des opérations contre la Turquie
et l’Iran depuis deux ans. La présence armée du PKK et du Pejak dans cette
région autonome d’Iraq est donc bien embarrassante pour son gouvernement kurde
régional qui a du mal à maintenir de bonnes relations avec ses voisins.
Car,
les Iraniens ne sont pas les seuls à menacer le gouvernement régional du
Kurdistan, créé le 7 mai 2006, d’intervenir militairement si celui-ci ne se
décide pas à agir contre les rebelles kurdes. En effet, Ankara reproche
régulièrement au gouvernement régional du Kurdistan, et aux Etats-Unis de
laisser les rebelles kurdes de Turquie utiliser le nord de l’Iraq comme base
arrière. L’armée turque a même récemment accusé les Kurdes iraqiens de soutenir
les rebelles et de leur fournir des explosifs pour mener des attaques en
Turquie. Malgré l’impatience d’Ankara, les Etats-Unis lui ont déconseillé
d’intervenir militairement au Kurdistan iraqien qui est relativement la région
la plus stable d’Iraq. Pour régler le problème, Washington préférerait une
meilleure coopération entre la Turquie, le gouvernement iraqien et les Kurdes
iraqiens, a récemment déclaré le porte-parole du Département d’Etat américain,
Tom Casey.
Ce
plan pourrait, d’ailleurs, se concrétiser puisque, la semaine dernière, le
Conseil national de sécurité turc s’est prononcé en faveur d’un renforcement
des efforts diplomatiques pour régler le problème. Le président de la région
autonome du Kurdistan iraqien, Massoud Barzani, a appelé le 26 février à des
négociations pour mettre fin aux tensions entre le gouvernement régional du
Kurdistan et la Turquie. Enfin, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan,
a adressé jeudi ses vœux de prompt rétablissement au président iraqien Jalal
Talabani, hospitalisé à Amman depuis dimanche. « M. Talabani (qui est Kurde) a
dit qu’il pensait que la Turquie et l’Iraq pouvaient travailler ensemble pour
rapidement surmonter leurs problèmes », a déclaré le collaborateur de M.
Erdogan à l’AFP.
Malgré
cette déclaration de bonne volonté, les menaces turques et iraniennes ne sont
pas à prendre à la légère, puisqu’ils ont déjà plusieurs fois attaqué les camps
rebelles de Qandil en 2006.
Julie Durand