Commissaire de l’Union Européenne pour les relations
extérieures et la politique de voisinage,
Benita Ferrero Waldner évoque l’accord sur la politique de voisinage signé mardi avec
l’Egypte, et la politique de l’Europe au Proche-Orient.
« Il faut donner aux Palestiniens
un horizon politique bien défini »
Al-Ahram
Hebdo : Vous venez d’achever une tournée dans la région qui
a inclus l’Egypte, les territoires occupés, Israël et la
Jordanie. Quel est le bilan de cette tournée ?
Benita Ferrero Waldner :
Ma tournée avait une double priorité. D’un côté, il y avait
le processus de paix israélo-palestinien, pour lequel nous
voulons maintenir l’élan politique qui est en train de se
présenter et faire tout notre possible pour le renfoncer, le
préserver et lui donner tout notre support. De l’autre, il y
avait les agendas bilatéraux et ceci est surtout avec
l’Egypte où le plan d’action, dans le cadre de la politique
européenne de voisinage, est entré en vigueur cette semaine.
— Lors de son voyage en Europe, le président palestinien
Mahmoud Abbass a essayé de convaincre les Européens de la
nécessité de soutenir les accords de La Mecque et le futur
gouvernement d’union nationale. Quelle sera la position de
l’Europe et quel est le rôle qu’elle va jouer dans cette
question ?
— L’Europe est déterminée à tout faire pour préserver les
conditions favorables qui sont en train de se présenter pour
une évolution positive dans le dossier israélo–palestinien.
Je pense que l’accord de La Mecque a représenté une
contribution extrêmement positive dans une situation
difficile et dangereuse qui aurait pu dégénérer en guerre
civile. Mais maintenant nous avons tous de très grandes
attentes par rapport au gouvernement d’unité nationale. Nous
avons discuté de cela avec le président Mahmoud Abbass. Mais
maintenant, nous ne pouvons pas donner plus de détails sur
l’évolution de cette question car il n’y en a pas. Ils sont
dans un processus de négociations. Tout ce que je peux dire,
c’est qu’à la fin, nous allons juger ce gouvernement sur son
programme et suivant ses actions. C’est seulement après la
mise en place du gouvernement palestinien d’union nationale
que nous allons nous prononcer. Mais, c’est un moment
particulièrement favorable car le premier ministre
israélien, Ehud Olmert, nous a confirmé être prêt à se
réunir avec le président Mahmoud Abbass. Aussi la secrétaire
d’Etat américaine Condoleezza Rice a pris des engagements
vis-à-vis de la question et a annoncé qu’elle reviendrait
dans la région dans peu de temps pour essayer de pousser le
processus et faciliter le rapport entre les parties. Puis,
il y aura une réunion bientôt du Quartette au Caire.
Ensuite, ce qui est très positif, après une longue période,
c’est que le Quartette arabe se réunira bientôt, ceci est
très important car il montre la disposition des Arabes à
accorder leur soutien à l’élan actuel. Puis, il y aura aussi
le sommet arabe à Riyad. De cette manière, si l’on porte un
regard global et l’on analyse l’actuel scénario, l’on
constatera qu’il y a une possibilité pour que le processus
de paix entre Palestiniens et Israéliens reprenne. Il s’agit
sûrement d’un processus entre les deux parties et nous ne
pouvons pas remplacer leur volonté politique d’avancer.
Mais, nous pouvons les mettre ensemble, les aider, les
encourager à surmonter les obstacles et donner des pas
positifs vers le compromis. Et pour que le processus de paix
puisse avancer, je pense qu’il doit y avoir une perspective
très claire sur le statut final, une perspective dans
laquelle les Palestiniens puissent croire, un horizon
politique bien défini.
— Et quand est-ce que vous comptez retirer les sanctions
imposées aux Palestiniens ?
— J’ai dit que nous allons encore juger ce gouvernement par
son programme et ses actes, mais sur ce point, il faut dire
clairement que nous n’avons pas de sanctions politiques de
notre part. Nous avons dit, dès le départ, que nous sommes
prêts à travailler avec un gouvernement qui respecte les
trois principes de l’approbation des accords signés, la
reconnaissance d’Israël et l’arrêt de la violence. Ceci n’a
malheureusement pas eu lieu jusqu’à présent. Mais nous
n’avons pas abandonné le peuple palestinien.
— Quels sont, alors, les mécanismes que vous utilisés pour
atténuer la crise humanitaire en Palestine et fournir une
aide aux habitants des territoires occupés ?
— Sur cette question, il faut souligner que nous avons même
accordé plus d’aides aux Palestiniens durant l’année
dernière qu’à n’importe quel autre moment. Nous avons fait
des donations d’une valeur de 700 millions d’euros alors que
d’habitude celles-ci étaient d’une valeur de 500 millions
d’euros. Et il y a quelques jours, j’étais à Ramallah et je
suis allée dans une banque voir comment se déroule le
processus de notre mécanisme temporaire d’aide financière
aux Palestiniens les plus pauvres et nécessiteux. C’est très
facile pour eux. Ils peuvent eux-mêmes prendre l’argent à la
banque et encaisser leur aide sociale. Et les populations
sont souvent très reconnaissantes que ceci puisse avoir lieu
dans les présentes circonstances alors que les conditions
sont très difficiles sur les frontières à Rafah où il n’y a
pas de mouvement libre des personnes ni des biens, plus le
fait que les transferts des taxes ne leur parviennent pas.
— Qu’en est-il de la position de l’Europe sur les fouilles
faites prêts de la mosquée d’Al–Aqsa et qui non seulement la
mettent en danger, mais aussi créent des tensions inutiles
avec les Palestiniens ?
— Bien sûr, nous réalisons combien cette question est
délicate et nous en avons parlé lors de nos réunions au
Conseil européen. Pour le moment, les travaux ont été pour
la plupart interrompus car la Cour suprême en Israël a pris
en main l’affaire. Nous sommes très conscients que ce genre
d’actes est difficilement acceptable pour les Palestiniens.
Mais tout cela est en train d’être traité.
— A l’heure où les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran
ne cessent de monter, que fait l’Europe pour éviter le
pire ?
— L’Europe garde cette approche de deux chemins. Ceci veut
dire que, d’un côté, nous appliquons les résolutions du
Conseil de sécurité de l’Onu et nous essayons de faire cela
d’une manière très claire. Mais d’un autre côté, nous ne
fermons pas la porte au dialogue avec l’Iran. C’est plutôt
le contraire, nous avons laissé notre porte ouverte, et cela
malgré le fait que les Iraniens jusqu’à présent, n’ont
malheureusement rien fait pour remplir les conditions
requises. Et celles-ci sont uniquement : suspendre
l’enrichissement d’uranium et puis, entrer dans des
négociations. Nous avons encore l’espoir que nous pouvons
régler cette affaire par la voie des négociations. Mais en
même temps, au Conseil de sécurité, il y a de nouvelles
discussions sur une nouvelle résolution imposant des
sanctions encore plus dures contre l’Iran. Mais nous ne
sommes pas encore là.
— L’Egypte et l’Union européenne ont conclu cette semaine
l’accord sur le plan d’action qui servira de guide pour le
processus de coopération entre l’Egypte et l’Union
européenne au cours des prochaines années. Que représente ce
pas pour l’Europe ?
— Le plan d’action entre l’Union européenne et l’Egypte est
entré cette semaine en application. Cela nous permettra
d’ouvrir un nouveau chapitre dans nos relations avec ce très
grand pays de la région, auquel nous accordons une très
grande importance au sein de l’Union européenne. Au début de
cette nouvelle étape, nous allons approfondir nos
partenariats dans un grand nombre des domaines-clés pour les
deux côtés. Avec le paquet financier nous sommes en train de
proposer plusieurs avantages existants dans la politique
européenne de voisinage où nous offrons un ensemble de
nouvelles opportunités à l’Egypte, en plus d’un processus de
réformes.
— Quels sont les principaux points du plan d’action entre
l’UE et l’Egypte ?
— Il s’agit d’un document dont les termes régiront la
coopération entre nous au cours des prochaines deux ou trois
années. Sa structure est la même que celle des accords
d’association préalablement lancés par les accords de
Barcelone. Celui-ci contient les trois chapitres essentiels
liés à la coopération dans les volets économique politique
et socioculturel. Pour chacun de ces domaines, nous
entreprendrons avec l’Egypte notre assistance, notamment
dans les domaines de l’énergie, de l’infrastructure et de
l’organisation des flux migratoires. Notre liste est très
longue et ambitieuse. Nous avons soulevé, lors de nos
discussions avec le premier ministre Ahmad Nazif,
l’importance du fait que cette initiative reçoive
l’attention et l’effort nécessaire, car c’est ce document
qui guidera notre partenariat vers les directions à
entreprendre dans le travail. Et le premier ministre nous a
promis tout son appui.
Randa
Achmawi