La participation civile aux amendements constitutionnels
Al-Sayed
Eléwa
Professeur de sciences politiques
à
l’Université de Hélouan
Le
passage vers la démocratie est à nos portes. La porte des
amendements constitutionnels est grande ouverte aux forces
politiques. Il incombe donc à ces forces politiques de
prendre les choses en main et de confirmer la participation
de toute la société dans ce processus historique qui
représente une condition sine qua non pouvant garantir sans
nul doute la réussite de cette expérience et l’aboutissement
de la démocratie.
Il faut introduire un changement dans les mentalités et la
culture même du vote. Et ceci doit se manifester par la
prise de conscience des devoirs qui implique l’idée de la
citoyenneté. Rappelons que 77 % des Egyptiens s’abstiennent
de voter. Ce chiffre dénote une véritable insouciance de la
part des deux tiers du peuple égyptien et un désengagement
évident du processus politique. Nous sommes face à une
problématique à laquelle il est difficile de trouver une
issue. Il faut à tout prix associer les efforts des
institutions et de la société civile. L’objectif étant de
sensibiliser nos compatriotes sur la nécessité d’une vraie
vie politique motivée par une vraie démocratie pour la
garantie même du quotidien. Les forces politiques
égyptiennes, quant à elles, ont beaucoup à faire et c’est
essentiellement à elles de stimuler la volonté d’un réel
changement dans les esprits. Ainsi, l’Egypte pourra-t-elle
récupérer sa position et son prestige régional et
international qu’elle mérite.
Mais avant d’ancrer cette volonté chez le citoyen, il faut
effectuer des pas concrets vers la modernisation de l’Etat
et de la société à travers le raffermissement de la bonne
gestion qui doit avoir pour pilier les décisions censées, la
transparence et le développement du sens critique. La clé
réside dans les mains des organisations civiles,
représentées dans les ONG, les communautés, les syndicats,
les partis, les centres de recherches et les institutions
éducatives.
Personnellement, je vous livre mon expérience au regard de
ma position académique. Lorsqu’un dialogue politique a lieu
et lorsque la vie politique passe par un tournant important,
j’essaye de stimuler la volonté de mes étudiants en leur
demandant de présenter des rapports. A titre d’exemple, je
leur ai demandé de faire une recherche et des analyses sur
les amendements constitutionnels proposés. Et le résultat
était excellent parce que leurs rapports et leurs réponses
ont reflété toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique
avec toutes ses ambitions et tendances.
Certains rapports ont, par exemple, favorisé la nécessité
d’opter pour un régime parlementaire réglementant et
régularisant les prérogatives du président de la République
et renforçant celles du premier ministre. Ce dernier aura le
droit de soumettre les ministres à des interrogations.
D’autres ont estimé que le pouvoir judiciaire doit être
indépendant avec une réactivation du rôle de l’Assemblée du
peuple dans la discussion du budget, du bilan, avec un
renforcement de la décentralisation et du rôle des partis
politiques.
Les espoirs s’attachaient également à voir de nouveaux
amendements constitutionnels dans un avenir proche
renforçant davantage les libertés publiques et les droits de
l’homme. Dans ce contexte, la redéfinition de la presse et
des médias en général est un débat intéressant sur lequel il
y aurait beaucoup à dire. Les universités, instituts,
écoles, institutions éducatives et organisations populaires
agiront-elles pour prendre part au plus important et plus
dangereux dialogue sur l’avenir de la patrie
?.