Les Palestiniens dans l’impasse
Mohamed Khaled Al-Azaar
Ecrivain palestinien
Selon une logique purement démocratique, l’opération
électorale consiste à trancher par les urnes entre deux ou
plusieurs visions politiques en opposition. Cette opération
définit et réalise les objectifs prévus par le parti
politique choisi par les électeurs. Or, il est étrange de
constater que c’est exactement le contraire qui se passe en
Palestine. C’est-à-dire que les tensions deviennent de plus
en plus aiguës. Cette tension alarmante implique qu’il
existe une ou plusieurs failles dans la situation politique
palestinienne, et sans doute aussi dans la vie
socioculturelle. On pourrait dire qu’à la suite des
élections législatives de 2006, la situation politique en
Palestine connaît une détérioration particulièrement
inquiétante, les tensions augmentent au lieu de s’apaiser.
Il est clair, en effet, que les relations entre les
différents partenaires du régime palestinien sont en
détérioration continue. C’est-à-dire entre les deux pôles du
régime, le Hamas et le Fatah.
Aujourd’hui, la tension en Palestine est telle qu’elle fait
perdre à la cause palestinienne toute crédibilité et
décourage les alliés et les partisans aux niveaux arabe,
régional et international.
La solution la plus simpliste de cet état de chaos politique
et sécuritaire serait d’attribuer à l’occupation israélienne
la responsabilité de ce désastre. Même s’il est vrai que la
démocratie et l’occupation ne peuvent faire bon ménage. De
plus, Israël, fort de son oppression, n’a de cesse de
s’infiltrer dans tous les aspects de la vie palestinienne.
Comme toute force d’occupation, Israël vise à semer la
pagaille entre les différentes factions palestiniennes. De
plus, Israël est la force motrice du blocus imposé aux
Palestiniens, lesquels se disputent aujourd’hui autour de la
façon d’y mettre fin.
Mais le facteur israélien n’est pas l’unique responsable de
ce qui se passe. D’autres éléments arabes, régionaux et
internationaux interviennent dans la situation actuelle. Ce
qui permet à toutes les parties concernées d’avoir une
influence positive ou négative sur la situation. En effet,
les complications du conflit arabo-palestinien et de la
cause palestinienne, ainsi que le nombre énorme d’éléments
intervenant dans ces 2 questions, ont mené à la situation
actuelle.
Il n’y a meilleure preuve que l’insinuation faite par le
Fatah lors d’un discours récemment prononcé à propos des
rôles iranien et syrien dans la victoire du Hamas. Ceci est
extrêmement nuisible à l’autonomie de décision palestinienne
et exploite le champ palestinien au profit d’autres
programmes arabes ou régionaux. En contrepartie, le Hamas
prétend qu’à l’intérieur du Fatah, il y a un groupe
subversif qui vise à faire échouer son gouvernement pour
exécuter des objectifs américains et israéliens.
Dans tous les cas, le Fatah, les factions palestiniennes et
le Hamas lui-même, tout le monde semble encore être sous le
choc de la victoire écrasante du Hamas aux élections. Ils
affrontent tous la situation partant de la logique de la
crise. Dans un tel contexte, il est certain que la
difficulté réside dans la création d’un climat politique
sain débarrassé des vieilles habitudes pour le moins
destructrices lorsque le Fatah était la seule force
politique. Presqu’une année déjà depuis cette mutation, les
réactions palestiniennes ainsi que les échos extérieurs ne
sont toujours pas apaisés. De plus, rien n’est apparu à
l’horizon concernant le règlement du conflit
palestino-israélien.
Succession d’erreurs
Je pense qu’en essayant de remédier à cette « crise »,
beaucoup d’erreurs ont été commises, qui ont de plus en plus
aggravé la situation.
Au lendemain de la victoire du Hamas, le Fatah a refusé la
proposition de former un gouvernement d’union nationale. Et
il n’était pas facile pour le Hamas d’accepter les
conditions du Fatah. Ceci signifiait que le Hamas devait
renoncer trop tôt à son programme électoral, son idéologie,
et par conséquent, tromper les électeurs. Et quand le Fatah
est revenu à la table des négociations autour du nouveau
gouvernement au lendemain du blocus imposé au Hamas et au
peuple palestinien, le Hamas avait perdu toute confiance
dans le Fatah, d’autant plus que le dernier avait commencé à
afficher une volonté d’adopter les conditions israéliennes
et internationales contre le Hamas.
Le Quartette a également commis une erreur quand il s’est
empressé d’imposer au nouveau gouvernement des conditions
dictées par Israël et les Etats-Unis. Il a aussi accentué le
blocus politique, financier et économique sans aucune base
juridique ou politique logique. Il semble donc que le Hamas
n’a eu ni la chance, ni le temps nécessaire de lire
attentivement le climat international séparément de ses
fondements idéologiques. Sachant que le Hamas n’est pas
classé parmi les courants islamistes dogmatiques. Le Hamas
penche plutôt vers la flexibilité et l’adoption de
politiques réalistes. Ceci est clair dans son refus des
interventions de Bin Laden et Aymane Al-Zawahri qui
l’incitent à suivre la méthode de la Qaëda et de renoncer au
processus politique palestinien sous l’occupation
israélienne. De plus, le Hamas reconnaît les frontières de
1967 de l’Etat palestinien et son programme politique ne
fait aucune allusion à la destruction de l’Etat hébreu. Le
Hamas a signé le document d’entente nationale palestinienne
en juin dernier et a accepté de s’annexer à l’OLP après sa
réforme.
Quant aux régimes arabes, ils ont aussi commis une erreur en
boycottant le gouvernement du Hamas, et ont trop tardé à
l’aider.
Et enfin, la logique du Hamas ne manque pas d’erreurs. Par
exemple, le Hamas a accepté la légitimité arabe et
internationale comme base du règlement palestinien, sans
donner d’explication. En réalité, les formules contournées
auxquelles le Hamas a recours pour ne pas se retrouver
obligé de suivre les conditions extérieures ne sont pas
toujours efficaces. De plus, sa présence au pouvoir implique
d’accepter un apaisement avec Israël. Et ceci l’empêche de
gérer une politique engagée et d’entamer des négociations.
D’un autre côté, ceci l’empêche de poursuivre son action de
lutte et de résistance. Et à cause de pressions extérieures
et de complots intérieurs, le Hamas se considère visé et
semble toujours être sur ses gardes. Cette situation l’a
poussé à partir à la recherche de partisans financiers et à
former des forces sécuritaires qui lui sont propres. Et en
prenant en considération les efforts déployés pour aider ce
qui est appelé l’institution présidentielle dirigée par
Mahmoud Abbass, le Hamas est de plus en plus convaincu qu’un
complot vise à faire disparaître le plus vite possible son
gouvernement. De son côté, le Fatah estime que le climat
intérieur et extérieur est devenu propice à l’anéantissement
de l’ère Hamas.
Dans un contexte pareil, la scène palestinienne semble être
sur le point d’exploser. Il est sûr que le peuple
palestinien et la cause qu’il défend depuis des décennies
seront les principales victimes de cette explosion .