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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Opinion

Les Palestiniens dans l’impasse

Mohamed Khaled Al-Azaar
Ecrivain palestinien

Selon une logique purement démocratique, l’opération électorale consiste à trancher par les urnes entre deux ou plusieurs visions politiques en opposition. Cette opération définit et réalise les objectifs prévus par le parti politique choisi par les électeurs. Or, il est étrange de constater que c’est exactement le contraire qui se passe en Palestine. C’est-à-dire que les tensions deviennent de plus en plus aiguës. Cette tension alarmante implique qu’il existe une ou plusieurs failles dans la situation politique palestinienne, et sans doute aussi dans la vie socioculturelle. On pourrait dire qu’à la suite des élections législatives de 2006, la situation politique en Palestine connaît une détérioration particulièrement inquiétante, les tensions augmentent au lieu de s’apaiser.

Il est clair, en effet, que les relations entre les différents partenaires du régime palestinien sont en détérioration continue. C’est-à-dire entre les deux pôles du régime, le Hamas et le Fatah.

Aujourd’hui, la tension en Palestine est telle qu’elle fait perdre à la cause palestinienne toute crédibilité et décourage les alliés et les partisans aux niveaux arabe, régional et international.

La solution la plus simpliste de cet état de chaos politique et sécuritaire serait d’attribuer à l’occupation israélienne la responsabilité de ce désastre. Même s’il est vrai que la démocratie et l’occupation ne peuvent faire bon ménage. De plus, Israël, fort de son oppression, n’a de cesse de s’infiltrer dans tous les aspects de la vie palestinienne. Comme toute force d’occupation, Israël vise à semer la pagaille entre les différentes factions palestiniennes. De plus, Israël est la force motrice du blocus imposé aux Palestiniens, lesquels se disputent aujourd’hui autour de la façon d’y mettre fin.

Mais le facteur israélien n’est pas l’unique responsable de ce qui se passe. D’autres éléments arabes, régionaux et internationaux interviennent dans la situation actuelle. Ce qui permet à toutes les parties concernées d’avoir une influence positive ou négative sur la situation. En effet, les complications du conflit arabo-palestinien et de la cause palestinienne, ainsi que le nombre énorme d’éléments intervenant dans ces 2 questions, ont mené à la situation actuelle.

Il n’y a meilleure preuve que l’insinuation faite par le Fatah lors d’un discours récemment prononcé à propos des rôles iranien et syrien dans la victoire du Hamas. Ceci est extrêmement nuisible à l’autonomie de décision palestinienne et exploite le champ palestinien au profit d’autres programmes arabes ou régionaux. En contrepartie, le Hamas prétend qu’à l’intérieur du Fatah, il y a un groupe subversif qui vise à faire échouer son gouvernement pour exécuter des objectifs américains et israéliens.

Dans tous les cas, le Fatah, les factions palestiniennes et le Hamas lui-même, tout le monde semble encore être sous le choc de la victoire écrasante du Hamas aux élections. Ils affrontent tous la situation partant de la logique de la crise. Dans un tel contexte, il est certain que la difficulté réside dans la création d’un climat politique sain débarrassé des vieilles habitudes pour le moins destructrices lorsque le Fatah était la seule force politique. Presqu’une année déjà depuis cette mutation, les réactions palestiniennes ainsi que les échos extérieurs ne sont toujours pas apaisés. De plus, rien n’est apparu à l’horizon concernant le règlement du conflit palestino-israélien.

 

Succession d’erreurs

Je pense qu’en essayant de remédier à cette « crise », beaucoup d’erreurs ont été commises, qui ont de plus en plus aggravé la situation.

Au lendemain de la victoire du Hamas, le Fatah a refusé la proposition de former un gouvernement d’union nationale. Et il n’était pas facile pour le Hamas d’accepter les conditions du Fatah. Ceci signifiait que le Hamas devait renoncer trop tôt à son programme électoral, son idéologie, et par conséquent, tromper les électeurs. Et quand le Fatah est revenu à la table des négociations autour du nouveau gouvernement au lendemain du blocus imposé au Hamas et au peuple palestinien, le Hamas avait perdu toute confiance dans le Fatah, d’autant plus que le dernier avait commencé à afficher une volonté d’adopter les conditions israéliennes et internationales contre le Hamas.

Le Quartette a également commis une erreur quand il s’est empressé d’imposer au nouveau gouvernement des conditions dictées par Israël et les Etats-Unis. Il a aussi accentué le blocus politique, financier et économique sans aucune base juridique ou politique logique. Il semble donc que le Hamas n’a eu ni la chance, ni le temps nécessaire de lire attentivement le climat international séparément de ses fondements idéologiques. Sachant que le Hamas n’est pas classé parmi les courants islamistes dogmatiques. Le Hamas penche plutôt vers la flexibilité et l’adoption de politiques réalistes. Ceci est clair dans son refus des interventions de Bin Laden et Aymane Al-Zawahri qui l’incitent à suivre la méthode de la Qaëda et de renoncer au processus politique palestinien sous l’occupation israélienne. De plus, le Hamas reconnaît les frontières de 1967 de l’Etat palestinien et son programme politique ne fait aucune allusion à la destruction de l’Etat hébreu. Le Hamas a signé le document d’entente nationale palestinienne en juin dernier et a accepté de s’annexer à l’OLP après sa réforme.

Quant aux régimes arabes, ils ont aussi commis une erreur en boycottant le gouvernement du Hamas, et ont trop tardé à l’aider.

Et enfin, la logique du Hamas ne manque pas d’erreurs. Par exemple, le Hamas a accepté la légitimité arabe et internationale comme base du règlement palestinien, sans donner d’explication. En réalité, les formules contournées auxquelles le Hamas a recours pour ne pas se retrouver obligé de suivre les conditions extérieures ne sont pas toujours efficaces. De plus, sa présence au pouvoir implique d’accepter un apaisement avec Israël. Et ceci l’empêche de gérer une politique engagée et d’entamer des négociations. D’un autre côté, ceci l’empêche de poursuivre son action de lutte et de résistance. Et à cause de pressions extérieures et de complots intérieurs, le Hamas se considère visé et semble toujours être sur ses gardes. Cette situation l’a poussé à partir à la recherche de partisans financiers et à former des forces sécuritaires qui lui sont propres. Et en prenant en considération les efforts déployés pour aider ce qui est appelé l’institution présidentielle dirigée par Mahmoud Abbass, le Hamas est de plus en plus convaincu qu’un complot vise à faire disparaître le plus vite possible son gouvernement. De son côté, le Fatah estime que le climat intérieur et extérieur est devenu propice à l’anéantissement de l’ère Hamas.

Dans un contexte pareil, la scène palestinienne semble être sur le point d’exploser. Il est sûr que le peuple palestinien et la cause qu’il défend depuis des décennies seront les principales victimes de cette explosion .

 

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