Le drame somalien
Salama A. Salama
L’Italie
s’est vivement opposée à l’attaque barbare lancée par les
forces américaines contre la Somalie, pour la simple raison
que ce pays était l’une de ses colonies. De plus, l’Union
européenne l’a critiquée à cause de la mort de dizaines
d’innocents et parce que cette attaque ne sert nullement à
instaurer la paix dans l’est de l’Afrique. Le secrétaire
général de l’Onu, Ban Ki-Moon, a aussi exprimé ses craintes
envers le recours à la force armée. Par contre, les pays
arabes et islamiques ainsi que la Ligue arabe dont la
Somalie est membre, n’ont donné aucun signe de vie. C’est le
silence de l’impuissance, car ils ont pris l’habitude de
voir les pays étrangers s’ingérer dans leurs affaires
internes et régionales.
Le fiasco de l’ingérence militaire américaine s’est répété à
plusieurs reprises au cours des deux dernières décennies
sous différents prétextes et arguments. Cependant, ils
tournaient toujours autour de la défense des intérêts
américains face au pouvoir soviétique dans l’est de
l’Afrique avant le changement des conjonctures mondiales. En
1992, Washington avait lancé une opération appelée Rendre
l’espoir (Restore hope) sous prétexte d’aider les victimes
de la famine et de réinstaurer la paix dans une Somalie
déchirée par des batailles sanglantes entre les chefs de
guerre. L’Onu avait d’ailleurs pris part à cette campagne.
Mais elle a abouti à un fiasco et 30 soldats américains ont
été tués dans des batailles dirigées par Mohamed Farah Aïdid
et leurs corps ont été exhibés à travers les rues de
Mogadiscio. C’est alors que Clinton avait décidé de retirer
ses troupes.
Puis, en 1998, à la suite de l’attaque des ambassades
américaines au Kenya et en Tanzanie, la Somalie a été placée
sous un vif contrôle, accusée d’abriter des éléments
terroristes d’Al-Qaëda.
Les Etats-Unis n’ont jamais été loin des conflits internes
en Somalie. Des conflits qui ne se sont jamais éteints entre
les chefs de guerre d’une part et les islamistes d’autre
part. Washington s’était alors empressé de soutenir les
chefs de guerre qui ont pillé la Somalie et suscité
l’hostilité de leur peuple. L’ingérence américaine a abouti
à un échec flagrant et les Tribunaux islamiques sont sortis
victorieux alors que l’on comptait des centaines de morts
des deux côtés. Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui est
le dernier épisode de l’ingérence militaire américaine par
procuration via l’Ethiopie. En effet, les Etats-Unis
soutiennent financièrement et militairement ce pays pour
lancer une offensive écrasante contre les islamistes. Ils
ont participé à des raids aériens pour poursuivre ceux qui
fuyaient et les empêcher de s’échapper à travers les
frontières du Kenya.
Comme ce fut le cas en Iraq, les Américains ou les
Ethiopiens ont apporté sur leurs chars un nouveau président
somalien qui n’avait pas mis les pieds en Somalie depuis
1978. Sa première déclaration fut que les Etats-Unis avaient
le droit de frapper n’importe où afin de poursuivre Al-Qaëda.
Chaque intervention militaire américaine survenait loin de
la légitimité internationale. Puis, les Etats-Unis
demandaient à des forces de l’Onu ou à des forces africaines
de servir leurs objectifs. Mais, ils ne parvenaient toujours
pas à instaurer la paix. Le fait qui se répètera
certainement cette fois-ci. La présence des forces des
Tribunaux islamiques a suscité la crainte de l’Egypte qui a
béni l’intervention éthiopienne. Dans ce contexte, plusieurs
questions s’imposent. Ce sont d’ailleurs les mêmes questions
posées par le président érythréen dont le pays a subi des
attaques éthiopiennes ces dernières années. Est-ce que l’Ethiopie
est devenue la seule force régionale reconnue dans l’Afrique
de l’Est ? Quelles sont les conséquences des équilibres
fragiles autour d’elle ? Ceci signifie-t-il que l’influence
égyptienne et arabe a entièrement disparu de l’est de
l’Afrique ? .