Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le tableau noir de la violence
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Egypte

Ecoles. Le décès d’une élève des suites des coups de son professeur relance le débat sur les châtiments corporels dans les établissements scolaires. 

Le tableau noir de la violence 

Un fait divers, un cas isolé, ou un système d’éducation qu’il est temps de changer ? L’élève de dix ans qui a succombé aux coups de son professeur oblige les professionnels de l’enseignement à définir leur position.

Imane Sayed Ahmad, une élève bavarde et qui en plus ne faisait pas ses devoirs, a été battue sur la tête par son professeur dans une école primaire à Al-Marg, dans la banlieue du Caire. La fille qui a perdu conscience a été transportée à l’hôpital, mais les médecins ont découvert qu’elle était déjà morte. Les parents ont intenté un procès contre le professeur qui frappait systématiquement ses élèves, et contre le ministère de l’Education, qui n’a pas réussi à trouver le genre de sanctions dissuasives pour obliger les enseignants à arrêter cette pratique. Et en attendant l’aboutissement de l’enquête, le professeur a été suspendu de son travail ...

Les statistiques du ministère de l’Education indiquent une hausse du nombre de cas recensés de violence contre les élèves. Pourtant, en vertu d’un décret ministériel, les châtiments corporels sont interdits. Une interdiction dont le respect varie d’une école à l’autre.

Selon Mohamad Omar, professeur à la faculté de pédagogie, même s’il ne s’agit pas d’un phénomène, ces chiffres montrent que le nombre de cas de violence est en hausse. « On assiste à des incidents qui ne se produisaient pas auparavant. Dans les écoles égyptiennes, les professeurs ont toujours battu les élèves, mais personne n’avait jamais entendu parler d’un enfant tué à coups de bâton », dit-il.

De leur côté, les professeurs essayent de trouver une explication pour justifier le recours à la force afin de pouvoir contrôler la classe. Mohamad Chadi, professeur de langue arabe dans une école publique, estime que le ministère a retiré aux professeurs l’arme du carnet de notes. « En privant les professeurs du droit de pénaliser les élèves en leur retranchant quelques notes, le ministère de l’Education ne nous a laissé que le bâton pour pouvoir contrôler une classe qui peut compter jusqu’à 80 élèves », regrette-t-il.

D’un point de vue social, Azza Korayem, sociologue, pense qu’au cours des trente dernières années, le statut de l’enseignant a connu progressivement un recul alarmant. « Le métier d’enseignant est aujourd’hui l’un des moins respectés, alors qu’autrefois, les professeurs des écoles étaient entourés d’un halo de vénération. Le côté financier et le phénomène des cours privés qui obligent le professeur à tendre la main à ses élèves sont en partie responsables de cette nouvelle situation. Ceci pousse les professeurs à utiliser la violence pour bien marquer leur terrain », analyse Azza, tout en mettant en garde contre une généralisation du recours à la violence dans les établissements scolaires.

En effet, au cours des dernières années, ces établissements ont été le théâtre de plusieurs actes d’agressions commis par des élèves contre leurs professeurs. En janvier 2006, un lycéen a giflé et insulté son enseignante devant tous ses camarades de classe. Le ministère a été alors accusé de n’avoir pris aucune mesure pour réparer l’honneur de la professeure. « Il ne faut désormais pas s’étonner de voir des élèves agresser leur professeur, puisque le bon exemple est perdu », renchérit Sarwat Gamal, professeur à la faculté de pédagogie, de l’Université de Aïn-Chams.

Certains, comme le député Sami Mahrane, appellent à adopter des sanctions musclées contre les professeurs qui recourent à la violence. Aujourd’hui, un professeur qui commet un acte de violence contre ses élèves est simplement privé d’une partie de son salaire. « Ceci n’est pas assez dissuasif. Un professeur qui bat ses élèves doit être interdit d’exercer ce métier et confiné à un travail administratif », estime Mahrane.

Cependant, les spécialistes préfèrent s’attaquer à l’origine du problème. C’est le cas de Mohamad Gamal, pédagogue, qui appelle les responsables à réduire les effectifs des classes et à assurer une formation pédagogique aux professeurs pour permettre une meilleure communication avec les élèves. « Comment un professeur peut-il communiquer avec 80 élèves à la fois ? C’est une situation qui dépasse ses capacités, surtout s’il n’a pas reçu la formation pédagogique nécessaire. Il est donc normal de voir les professeurs recourir à la violence », explique Gamal.

De son côté, le ministère de l’Education se veut apaisant. Réda Abou-Serri, sous-secrétaire au ministère, pense qu’il ne faut rien exagérer. « Ces accidents arrivent rarement, ils sont loin de constituer un phénomène caractéristique de nos écoles. Cela ne veut pas dire que le ministère ne prendra pas les mesures nécessaires pour mettre un terme à ce genre de pratique », assure le responsable, sans pour autant préciser la nature de ces mesures. Il s’est contenté d’affirmer que « des comités ont été formés pour en discuter ». Or, il est bien connu en Egypte que la création d’un comité pour la résolution d’une affaire équivaut à la reléguer aux calendes grecques .

Mirande Youssef

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