Ecoles.
Le décès d’une élève des suites des coups de son professeur
relance le débat sur les châtiments corporels dans les
établissements scolaires.
Le tableau noir de la violence
Un fait divers, un cas isolé, ou un système d’éducation
qu’il est temps de changer ? L’élève de dix ans qui a
succombé aux coups de son professeur oblige les
professionnels de l’enseignement à définir leur position.
Imane
Sayed Ahmad, une élève bavarde
et qui en plus ne faisait pas ses devoirs, a été battue sur
la tête par son professeur dans une école primaire à
Al-Marg, dans la banlieue du
Caire. La fille qui a perdu conscience a été transportée à
l’hôpital, mais les médecins ont découvert qu’elle était
déjà morte. Les parents ont intenté un procès contre le
professeur qui frappait systématiquement ses élèves, et
contre le ministère de l’Education, qui n’a pas réussi à
trouver le genre de sanctions dissuasives pour obliger les
enseignants à arrêter cette pratique. Et en attendant
l’aboutissement de l’enquête, le professeur a été suspendu
de son travail ...
Les statistiques du ministère de l’Education indiquent une
hausse du nombre de cas recensés de violence contre les
élèves. Pourtant, en vertu d’un décret ministériel, les
châtiments corporels sont interdits. Une interdiction dont
le respect varie d’une école à l’autre.
Selon Mohamad Omar, professeur à la faculté de pédagogie,
même s’il ne s’agit pas d’un phénomène, ces chiffres
montrent que le nombre de cas de violence est en hausse. «
On assiste à des incidents qui ne se produisaient pas
auparavant. Dans les écoles égyptiennes, les professeurs ont
toujours battu les élèves, mais personne n’avait jamais
entendu parler d’un enfant tué à coups de bâton », dit-il.
De leur côté, les professeurs essayent de trouver une
explication pour justifier le recours à la force afin de
pouvoir contrôler la classe. Mohamad
Chadi, professeur de langue arabe dans une école
publique, estime que le ministère a retiré aux professeurs
l’arme du carnet de notes. « En privant les professeurs du
droit de pénaliser les élèves en leur retranchant quelques
notes, le ministère de l’Education
ne nous a laissé que le bâton pour pouvoir contrôler une
classe qui peut compter jusqu’à 80 élèves », regrette-t-il.
D’un point de vue social, Azza
Korayem, sociologue, pense qu’au
cours des trente dernières années, le statut de l’enseignant
a connu progressivement un recul alarmant. « Le métier
d’enseignant est aujourd’hui l’un des moins respectés, alors
qu’autrefois, les professeurs des écoles étaient entourés
d’un halo de vénération. Le côté financier et le phénomène
des cours privés qui obligent le professeur à tendre la main
à ses élèves sont en partie responsables de cette nouvelle
situation. Ceci pousse les professeurs à utiliser la
violence pour bien marquer leur terrain », analyse
Azza, tout en mettant en garde
contre une généralisation du recours à la violence dans les
établissements scolaires.
En effet, au cours des dernières années, ces établissements
ont été le théâtre de plusieurs actes d’agressions commis
par des élèves contre leurs professeurs. En janvier 2006, un
lycéen a giflé et insulté son enseignante devant tous ses
camarades de classe. Le ministère a été alors accusé de
n’avoir pris aucune mesure pour réparer l’honneur de la
professeure. « Il ne faut désormais pas s’étonner de voir
des élèves agresser leur professeur, puisque le bon exemple
est perdu », renchérit Sarwat Gamal, professeur à la faculté
de pédagogie, de l’Université de Aïn-Chams.
Certains, comme le député Sami Mahrane, appellent à adopter
des sanctions musclées contre les professeurs qui recourent
à la violence. Aujourd’hui, un professeur qui commet un acte
de violence contre ses élèves est simplement privé d’une
partie de son salaire. « Ceci n’est pas assez dissuasif. Un
professeur qui bat ses élèves doit être interdit d’exercer
ce métier et confiné à un travail administratif », estime
Mahrane.
Cependant, les spécialistes préfèrent s’attaquer à l’origine
du problème. C’est le cas de Mohamad Gamal, pédagogue, qui
appelle les responsables à réduire les effectifs des classes
et à assurer une formation pédagogique aux professeurs pour
permettre une meilleure communication avec les élèves. «
Comment un professeur peut-il communiquer avec 80 élèves à
la fois ? C’est une situation qui dépasse ses capacités,
surtout s’il n’a pas reçu la formation pédagogique
nécessaire. Il est donc normal de voir les professeurs
recourir à la violence », explique Gamal.
De son côté, le ministère de l’Education se veut apaisant.
Réda Abou-Serri, sous-secrétaire au ministère, pense qu’il
ne faut rien exagérer. « Ces accidents arrivent rarement,
ils sont loin de constituer un phénomène caractéristique de
nos écoles. Cela ne veut pas dire que le ministère ne
prendra pas les mesures nécessaires pour mettre un terme à
ce genre de pratique », assure le responsable, sans pour
autant préciser la nature de ces mesures. Il s’est contenté
d’affirmer que « des comités ont été formés pour en discuter
». Or, il est bien connu en Egypte que la création d’un
comité pour la résolution d’une affaire équivaut à la
reléguer aux calendes grecques .
Mirande
Youssef