Pierres précieuses .
Les producteurs africains de diamants ont créé fin 2006
leur propre organisation, afin de mieux défendre leurs
intérêts sur la scène internationale et profiter de cette
ressource pour leur développement.
Le brut contre les truands
Mise sur pied à l’initiative de l’Angola, qui a longtemps
souffert du trafic des « diamants sales » pendant la guerre
civile, l’Association des pays africains producteurs de
diamants (ADPA, selon le sigle anglais) a été officiellement
lancée en novembre 2006 à Luanda. Le président angolais José
Eduardo dos Santos a souligné le rôle essentiel que devrait
jouer à l’avenir l’ADPA, dont les pays membres représentent
plus de 60 % de la production mondiale de pierres brutes,
dans la surveillance du marché des diamants. L’objectif de
cette instance est d’éviter que le diamant ne soit utilisé
pour soutenir financièrement les conflits sur le continent –
comme cela est trop souvent le cas – et de protéger les prix
de production. L’association prévoit notamment de réunir les
pays producteurs et les grandes sociétés de la branche dans
un forum spécifique de concertation, afin de coopérer de
façon permanente, dans l’espoir de garantir une croissance
durable du continent.
Présidée par un conseil des ministres dirigé par rotation
par chacun des pays membres, l’association compte 16 pays :
Afrique du Sud, Algérie, Angola, Botswana, Congo-Brazzaville,
Côte-d’Ivoire, Ghana, Guinée, Liberia, Mali, Mauritanie,
Namibie, République centrafricaine, République démocratique
du Congo, Tanzanie, Zimbabwe. L’ADPA est guidée par une
série de mécanismes parmi lesquels le système de contrôle
international connu sous le nom de « Processus de Kimberley
», appuyé par les Nations-Unies.
Selon le Conseil mondial du diamant, dont le siège est à New
York, les principaux producteurs de diamants sont une
vingtaine dans le monde, parmi lesquels le Canada, la
Russie, l’Australie, le Brésil, le Venezuela, l’Inde et la
Chine ainsi que plusieurs pays africains. Le Botswana en
tire le plus gros bénéfice suivi de l’Afrique du Sud et de
l’Angola. Les pays africains produisent chaque année des
diamants d’une valeur de 8,4 milliards de dollars et le
Conseil mondial, qui a créé récemment un site web pour «
tout dire » sur le commerce de ces pierres précieuses –
www.diamondfacts.org –, estime que cette industrie
extractive fait vivre directement ou indirectement 10
millions de personnes à travers le monde.
Le Processus de Kimberley, conçu en 2000, a été lancé
officiellement en novembre 2002. Cette initiative
internationale avait pour but de mettre un terme au commerce
international illicite de diamants bruts, les « diamants de
guerre », qui selon la définition donnée par l’Onu « sont
des pierres originaires de zones contrôlées par des forces
ou des factions opposées aux gouvernements légitimes et
internationalement reconnus et qui sont utilisées pour
financer des actions militaires contre ces gouvernements, ou
pour agir à l’encontre de décisions du Conseil de sécurité
». Outre l’Angola, le Liberia, la Sierra Leone et la RDC
étaient déjà confrontés à ce cas de figure. Selon l’Onu,
depuis l’an 2000, le commerce illicite de diamants serait
toutefois passé de 15 % à moins de 1 % aujourd’hui du
commerce total des gemmes brutes. Ce qui a été confirmé fin
2006 par le département d’Etat américain.
« Faiblesse des contrôles »
Établi à l’initiative des pays d’Afrique australe
producteurs de diamants, le Processus de Kimberley est un
partenariat tripartite qui associe gouvernements,
organisations non gouvernementales et secteur du diamant.
Son système de certification, destiné à assurer un suivi du
diamant des mines aux ateliers de polissage, est entré en
vigueur le 1er janvier 2003. Mais des ONG, comme la
britannique Global Witness qui, la première, avait mené
campagne contre les « diamants de guerre » et la canadienne
Partenariat Afrique Canada, ont mis le doigt sur les
carences du système. Elles déplorent les faiblesses des
contrôles et recommandent des mesures plus strictes pour
éliminer les diamants illégaux des circuits légitimes.
La situation pénible des chercheurs de diamants — les «
creuseurs » africains — a également été dénoncée. « La
plupart des creuseurs artisanaux, qui évoluent dans une
économie de casino en espérant toucher le gros lot, gagnent
en fait seulement un dollar par jour en moyenne. Cela les
place dans la tranche de revenus qui confine à la pauvreté
absolue », avait souligné une étude publiée en 2004.
Le Conseil mondial du diamant, créé en 2000 et chargé de
faire connaître les points de vue de l’industrie, a
participé à toutes les réunions du Processus de Kimberley, à
la plupart des groupes de travail et des comités. Il a aussi
produit un « guide essentiel » du Processus de Kimberley et
maints documents éducatifs sur les diamants de guerre. Il a
lancé son site Internet peu avant la sortie, début 2007,
d’un film américain intitulé Le Diamant de sang qui se passe
en Sierra Leone. Ayant en vedette Leonardo Di Caprio, le
film raconte l’histoire d’un mercenaire sans scrupule qui
part à la recherche d’un très gros diamant au plus fort de
l’horrible guerre livrée par le RUF à la fin des années
1990.
Marie
Joannidis (MFI)