Al-Ahram Hebdo, Economie | Le brut contre les truands
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Economie

Pierres précieuses . Les producteurs africains de diamants ont créé fin 2006 leur propre organisation, afin de mieux défendre leurs intérêts sur la scène internationale et profiter de cette ressource pour leur développement. 

Le brut contre les truands 

Mise sur pied à l’initiative de l’Angola, qui a longtemps souffert du trafic des « diamants sales » pendant la guerre civile, l’Association des pays africains producteurs de diamants (ADPA, selon le sigle anglais) a été officiellement lancée en novembre 2006 à Luanda. Le président angolais José Eduardo dos Santos a souligné le rôle essentiel que devrait jouer à l’avenir l’ADPA, dont les pays membres représentent plus de 60 % de la production mondiale de pierres brutes, dans la surveillance du marché des diamants. L’objectif de cette instance est d’éviter que le diamant ne soit utilisé pour soutenir financièrement les conflits sur le continent – comme cela est trop souvent le cas – et de protéger les prix de production. L’association prévoit notamment de réunir les pays producteurs et les grandes sociétés de la branche dans un forum spécifique de concertation, afin de coopérer de façon permanente, dans l’espoir de garantir une croissance durable du continent.

Présidée par un conseil des ministres dirigé par rotation par chacun des pays membres, l’association compte 16 pays : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Botswana, Congo-Brazzaville, Côte-d’Ivoire, Ghana, Guinée, Liberia, Mali, Mauritanie, Namibie, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Tanzanie, Zimbabwe. L’ADPA est guidée par une série de mécanismes parmi lesquels le système de contrôle international connu sous le nom de « Processus de Kimberley », appuyé par les Nations-Unies.

Selon le Conseil mondial du diamant, dont le siège est à New York, les principaux producteurs de diamants sont une vingtaine dans le monde, parmi lesquels le Canada, la Russie, l’Australie, le Brésil, le Venezuela, l’Inde et la Chine ainsi que plusieurs pays africains. Le Botswana en tire le plus gros bénéfice suivi de l’Afrique du Sud et de l’Angola. Les pays africains produisent chaque année des diamants d’une valeur de 8,4 milliards de dollars et le Conseil mondial, qui a créé récemment un site web pour « tout dire » sur le commerce de ces pierres précieuses – www.diamondfacts.org –, estime que cette industrie extractive fait vivre directement ou indirectement 10 millions de personnes à travers le monde.

Le Processus de Kimberley, conçu en 2000, a été lancé officiellement en novembre 2002. Cette initiative internationale avait pour but de mettre un terme au commerce international illicite de diamants bruts, les « diamants de guerre », qui selon la définition donnée par l’Onu « sont des pierres originaires de zones contrôlées par des forces ou des factions opposées aux gouvernements légitimes et internationalement reconnus et qui sont utilisées pour financer des actions militaires contre ces gouvernements, ou pour agir à l’encontre de décisions du Conseil de sécurité ». Outre l’Angola, le Liberia, la Sierra Leone et la RDC étaient déjà confrontés à ce cas de figure. Selon l’Onu, depuis l’an 2000, le commerce illicite de diamants serait toutefois passé de 15 % à moins de 1 % aujourd’hui du commerce total des gemmes brutes. Ce qui a été confirmé fin 2006 par le département d’Etat américain.

 

« Faiblesse des contrôles »

Établi à l’initiative des pays d’Afrique australe producteurs de diamants, le Processus de Kimberley est un partenariat tripartite qui associe gouvernements, organisations non gouvernementales et secteur du diamant. Son système de certification, destiné à assurer un suivi du diamant des mines aux ateliers de polissage, est entré en vigueur le 1er janvier 2003. Mais des ONG, comme la britannique Global Witness qui, la première, avait mené campagne contre les « diamants de guerre » et la canadienne Partenariat Afrique Canada, ont mis le doigt sur les carences du système. Elles déplorent les faiblesses des contrôles et recommandent des mesures plus strictes pour éliminer les diamants illégaux des circuits légitimes.

La situation pénible des chercheurs de diamants — les « creuseurs » africains — a également été dénoncée. « La plupart des creuseurs artisanaux, qui évoluent dans une économie de casino en espérant toucher le gros lot, gagnent en fait seulement un dollar par jour en moyenne. Cela les place dans la tranche de revenus qui confine à la pauvreté absolue », avait souligné une étude publiée en 2004.

Le Conseil mondial du diamant, créé en 2000 et chargé de faire connaître les points de vue de l’industrie, a participé à toutes les réunions du Processus de Kimberley, à la plupart des groupes de travail et des comités. Il a aussi produit un « guide essentiel » du Processus de Kimberley et maints documents éducatifs sur les diamants de guerre. Il a lancé son site Internet peu avant la sortie, début 2007, d’un film américain intitulé Le Diamant de sang qui se passe en Sierra Leone. Ayant en vedette Leonardo Di Caprio, le film raconte l’histoire d’un mercenaire sans scrupule qui part à la recherche d’un très gros diamant au plus fort de l’horrible guerre livrée par le RUF à la fin des années 1990.

Marie Joannidis (MFI) 

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