Afrique .
Malgré des avancées certaines, le continent et ses
bailleurs de fonds sont toujours à la recherche des remèdes
qui permettront enfin l’envol économique. Mais la tâche
reste ardue dans une économie mondiale incertaine.
Comment décoller ?
Les perspectives pour l’économie mondiale 2007, publiées en
décembre 2006 par la Banque mondiale et intitulées Comment
gérer la prochaine vague de mondialisation, mettent le doigt
sur les difficultés que doivent surmonter les Africains.
Selon les auteurs de ce rapport, l’essor des économies en
développement tire vers le haut la croissance mondiale. Mais
il sera particulièrement délicat de parvenir à ce que
l’Afrique subsaharienne profite de la prochaine vague de
mondialisation. Ses économies ont beau avoir vu leurs
résultats s’améliorer ces dernières années, avec une
croissance de 5,3 % en 2006 et une baisse escomptée de
l’incidence de la pauvreté, les progrès d’ensemble restent
trop lents.
Pour les experts de la Banque, l’accroissement rapide de la
population africaine et le gonflement du nombre des jeunes
signifient que les pays africains pourraient voir le nombre
absolu d’individus vivant dans un état de pauvreté extrême
rester à peu près constant. La pauvreté deviendra alors plus
que jamais un problème propre à l’Afrique subsaharienne :
selon les projections, la part des populations les plus
déshéritées du globe qui vivent dans cette région doublerait
d’ici 2030.
D’un autre côté, note le rapport, l’Afrique subsaharienne
est aussi la région qui aurait potentiellement le plus à
gagner d’une intégration économique, car elle pourrait tirer
partie des technologies et des écarts de salaires pour
parvenir durablement à un niveau de croissance plus élevé.
Mais pour cela, ajoutent ses auteurs, des réformes
s’imposent afin de renforcer le climat des investissements
dans la région, ainsi qu’un surcroît d’aide pour ses
infrastructures.
Une croissance de plus de 6 %
Dans ses dernières Perspectives économiques, publiées en
septembre 2006, le Fonds Monétaire International (FMI)
estime pour sa part que la croissance de l’économie mondiale
devrait dépasser les 5 % en 2006 malgré la flambée des cours
du pétrole et que l’Afrique subsaharienne devrait connaître
les taux d’expansion les plus élevés depuis le début des
années 1970, à plus de 5,2 % en 2006 et 6,3 % en 2007. Mais
le FMI souligne que les perspectives sont entourées de plus
d’incertitudes que d’habitude en raison de risques multiples
: un ralentissement plus important que prévu aux Etats-Unis
mais aussi l’accentuation des pressions inflationnistes liée
aux cours élevés du pétrole et d’autres matières premières.
Les Etats-Unis, avec une croissance prévue de 3,4 % en 2006
et 2,9 % en 2007, restent toujours la principale locomotive
de l’expansion globale, mais un certain rééquilibrage se
manifeste avec la reprise au Japon qui continue bon train et
de nets progrès en Europe. Le FMI a revu à la hausse ses
prévisions pour la Chine, qui devrait enregistrer une
croissance dépassant 10 % cette année comme en 2007. L’Inde
dépasserait les 8 % puis les 7 %. Révision en hausse aussi
pour la Russie, grand exportateur de pétrole, dont la
croissance serait de 6,5 % pour les deux années.
Une « nouvelle architecture »
Selon le FMI, l’Afrique subsaharienne a continué à
bénéficier de cette expansion rapide de l’économie mondiale.
La forte demande asiatique, surtout chinoise, pour ses
matières premières aura compensé dans l’ensemble l’impact
adverse des prix élevés du brut sur les pays importateurs de
pétrole. Les réformes structurelles en cours et la mise en
œuvre de meilleures politiques économiques y ont également
contribué. Le FMI prévoit ainsi en 2007 des taux de
croissance de 6,4 % pour le Nigeria et de 31,4 % pour
l’Angola, les principaux producteurs de pétrole de l’Afrique
subsaharienne. L’Afrique du Sud, le géant économique de la
région, devrait enregistrer une croissance de 4,2 % cette
année et de 4,0 % en 2007.
Les experts de la Conférence des Nations-Unies pour le
commerce et le développement (Cnuced) s’attaquent, eux, à la
nature et aux modalités de l’aide accordée à l’Afrique. Ils
estiment que non seulement cette aide doit être multipliée
par deux, comme en conviennent désormais les donateurs, mais
aussi que la plus grande partie doit en être distribuée à un
niveau multilatéral, peut-être par un fonds des
Nations-Unies indépendant de toute pression politique, ce
qui ne semble pas être pour le moment à l’ordre du jour des
principaux bailleurs de fonds, qui auraient versé au total
quelque 500 milliards de dollars en guise d’aide à l’Afrique
depuis 1980.
La Cnuced estime que l’aide devrait être surtout budgétaire
et versée en tranches prévisibles sur des périodes plus
longues. Ceci afin de remplacer « l’actuel système chaotique
» dans lequel un trop grand nombre d’institutions cherchent
à réaliser de trop nombreux projets de développement, qui
parfois se concurrencent, sont coûteux à administrer et
plongent fréquemment les gouvernements africains dans la
perplexité en raison des nombreuses règles et conditions. La
Cnuced n’hésite pas à parler d’une « nouvelle architecture »
s’inspirant du plan Marshall (qui a contribué à la
reconstruction de l’Europe occidentale après la deuxième
guerre mondiale). Idée fréquemment avancée par les Africains
eux-mêmes sans susciter de véritable réponse des bailleurs
de fonds.
Marie
Joannidis (MFI)