Al-Ahram Hebdo, Economie | Comment décoller ?
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Economie

Afrique . Malgré des avancées certaines, le continent et ses bailleurs de fonds sont toujours à la recherche des remèdes qui permettront enfin l’envol économique. Mais la tâche reste ardue dans une économie mondiale incertaine. 

Comment décoller ?

Les perspectives pour l’économie mondiale 2007, publiées en décembre 2006 par la Banque mondiale et intitulées Comment gérer la prochaine vague de mondialisation, mettent le doigt sur les difficultés que doivent surmonter les Africains. Selon les auteurs de ce rapport, l’essor des économies en développement tire vers le haut la croissance mondiale. Mais il sera particulièrement délicat de parvenir à ce que l’Afrique subsaharienne profite de la prochaine vague de mondialisation. Ses économies ont beau avoir vu leurs résultats s’améliorer ces dernières années, avec une croissance de 5,3 % en 2006 et une baisse escomptée de l’incidence de la pauvreté, les progrès d’ensemble restent trop lents.

Pour les experts de la Banque, l’accroissement rapide de la population africaine et le gonflement du nombre des jeunes signifient que les pays africains pourraient voir le nombre absolu d’individus vivant dans un état de pauvreté extrême rester à peu près constant. La pauvreté deviendra alors plus que jamais un problème propre à l’Afrique subsaharienne : selon les projections, la part des populations les plus déshéritées du globe qui vivent dans cette région doublerait d’ici 2030.

D’un autre côté, note le rapport, l’Afrique subsaharienne est aussi la région qui aurait potentiellement le plus à gagner d’une intégration économique, car elle pourrait tirer partie des technologies et des écarts de salaires pour parvenir durablement à un niveau de croissance plus élevé. Mais pour cela, ajoutent ses auteurs, des réformes s’imposent afin de renforcer le climat des investissements dans la région, ainsi qu’un surcroît d’aide pour ses infrastructures.

 

Une croissance de plus de 6 %

Dans ses dernières Perspectives économiques, publiées en septembre 2006, le Fonds Monétaire International (FMI) estime pour sa part que la croissance de l’économie mondiale devrait dépasser les 5 % en 2006 malgré la flambée des cours du pétrole et que l’Afrique subsaharienne devrait connaître les taux d’expansion les plus élevés depuis le début des années 1970, à plus de 5,2 % en 2006 et 6,3 % en 2007. Mais le FMI souligne que les perspectives sont entourées de plus d’incertitudes que d’habitude en raison de risques multiples : un ralentissement plus important que prévu aux Etats-Unis mais aussi l’accentuation des pressions inflationnistes liée aux cours élevés du pétrole et d’autres matières premières. Les Etats-Unis, avec une croissance prévue de 3,4 % en 2006 et 2,9 % en 2007, restent toujours la principale locomotive de l’expansion globale, mais un certain rééquilibrage se manifeste avec la reprise au Japon qui continue bon train et de nets progrès en Europe. Le FMI a revu à la hausse ses prévisions pour la Chine, qui devrait enregistrer une croissance dépassant 10 % cette année comme en 2007. L’Inde dépasserait les 8 % puis les 7 %. Révision en hausse aussi pour la Russie, grand exportateur de pétrole, dont la croissance serait de 6,5 % pour les deux années.

 

Une « nouvelle architecture »

Selon le FMI, l’Afrique subsaharienne a continué à bénéficier de cette expansion rapide de l’économie mondiale. La forte demande asiatique, surtout chinoise, pour ses matières premières aura compensé dans l’ensemble l’impact adverse des prix élevés du brut sur les pays importateurs de pétrole. Les réformes structurelles en cours et la mise en œuvre de meilleures politiques économiques y ont également contribué. Le FMI prévoit ainsi en 2007 des taux de croissance de 6,4 % pour le Nigeria et de 31,4 % pour l’Angola, les principaux producteurs de pétrole de l’Afrique subsaharienne. L’Afrique du Sud, le géant économique de la région, devrait enregistrer une croissance de 4,2 % cette année et de 4,0 % en 2007.

Les experts de la Conférence des Nations-Unies pour le commerce et le développement (Cnuced) s’attaquent, eux, à la nature et aux modalités de l’aide accordée à l’Afrique. Ils estiment que non seulement cette aide doit être multipliée par deux, comme en conviennent désormais les donateurs, mais aussi que la plus grande partie doit en être distribuée à un niveau multilatéral, peut-être par un fonds des Nations-Unies indépendant de toute pression politique, ce qui ne semble pas être pour le moment à l’ordre du jour des principaux bailleurs de fonds, qui auraient versé au total quelque 500 milliards de dollars en guise d’aide à l’Afrique depuis 1980.

La Cnuced estime que l’aide devrait être surtout budgétaire et versée en tranches prévisibles sur des périodes plus longues. Ceci afin de remplacer « l’actuel système chaotique » dans lequel un trop grand nombre d’institutions cherchent à réaliser de trop nombreux projets de développement, qui parfois se concurrencent, sont coûteux à administrer et plongent fréquemment les gouvernements africains dans la perplexité en raison des nombreuses règles et conditions. La Cnuced n’hésite pas à parler d’une « nouvelle architecture » s’inspirant du plan Marshall (qui a contribué à la reconstruction de l’Europe occidentale après la deuxième guerre mondiale). Idée fréquemment avancée par les Africains eux-mêmes sans susciter de véritable réponse des bailleurs de fonds.

Marie Joannidis (MFI)

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