Liban .
La Conférence des bailleurs de fonds au Liban dite de Paris
III débutera le 25 janvier sur fond de tension politique et
économique dans le pays du Cèdre. Le gouvernement de Fouad
Siniora tentera d’obtenir un financement pour son vaste
programme de réformes.
Réformes économiques sur fond de discorde politique
Construire sur des sables mouvants n’est pas chose facile.
Et le gouvernement libanais de Fouad Siniora, qui avait
promis de s’atteler à la reconstruction politique avant
toute autre reconstruction, semble patiner. Au lendemain du
déclenchement des manifestations de plus d’un millier de
travailleurs libanais, qui se sont poursuivies jusqu’à la
fin de la semaine, une délégation libanaise comprenant le
ministre des Finances, Jihad Azour, le ministre de l’Economie,
Sami Haddad, et le gouverneur de la Banque centrale, Riad
Salamé, se rendait à Paris, le 10 janvier, pour participer
aux réunions préparatoires à la Conférence des bailleurs de
fonds au Liban, dite conférence de Paris III, qui débutera
le 25 janvier. Ils y ont notamment présenté le programme de
réformes du gouvernement de Fouad Siniora. Mais la
Confédération Générale des Travailleurs du Liban (CGTL) a
appelé les Libanais à protester contre les réformes
économiques proposées par le gouvernement.
En effet, l’opposition, formée du mouvement chiite du
Hezbollah et du Courant Patriotique Libre (CPL) dirigé par
Michel Aoun, menait depuis un mois un sit-in à Beyrouth pour
faire chuter le gouvernement Siniora. Et Aoun avait annoncé
une escalade du mouvement la semaine dernière de façon
progressive, prédisant que le mouvement allait s’étendre à
tous les ministères et centres vitaux du pays, comme les
aéroports et les ports.
Le vaste programme de réformes de Siniora était destiné à
encourager la reprise de la croissance et des
investissements. Avec ce programme, les dirigeants libanais
tenteront de séduire les bailleurs de fonds réunis dans la
capitale française, afin de récolter les capitaux
nécessaires, de relancer l’économie libanaise et de réduire
la dette publique qui s’élève à plus de 41 milliards de
dollars, soit 180 % du PIB, outre des pertes de 6,3
milliards de dollars dues aux 34 jours de conflit armé avec
Israël, en juillet 2006.
L’opposition a fortement critiqué le programme de réformes
et ne voit pas l’utilité de le soumettre à la Conférence de
Paris III, accusant le gouvernement de donner la possibilité
à la communauté internationale de s’ingérer dans les
affaires internes du Liban.
De son côté, le Hezbollah met en garde contre la période
choisie par le gouvernement pour soumettre ce plan et
suscite des interrogations sur un éventuel agenda politique.
Il relève dans ce programme de réformes une invitation à la
communauté internationale à investir dans l’avenir du Liban,
dans sa cohésion et dans sa démocratie. Selon l’opposition,
le programme de réformes ne répond pas au principe de
l’équilibre entre les différents secteurs économiques et
n’est pas en mesure de réaliser les objectifs financiers
affichés, notamment la baisse du niveau d’endettement par
rapport au PIB. De plus, le Hezbollah dénonce l’absence de
projet de développement dans les régions défavorisées et les
régions rurales, alors que le plan de réformes reconnaît la
hausse de la pauvreté dans ces régions. Il critique par
ailleurs le programme qui propose une nouvelle fiscalité sur
les personnes à revenu limité, dont les salaires n’ont pas
évolué depuis 1996.
Les privatisations en question
Les milieux syndicaux, de leur côté, s’élèvent contre
l’augmentation proposée des taxes, notamment le taux de la
TVA de 10 à 12 % pour la première phase. Une autre
augmentation progressive de la TVA à 15 % doit suivre en
2010. Par ailleurs, les Libanais s’opposent à la levée des
subventions sur les carburants et l’absence d’une politique
d’encouragement aux secteurs créateurs d’emploi, comme ceux
de l’industrie et de l’agriculture. Or, la privatisation de
quelques secteurs stratégiques est également abordée dans le
programme de privatisation comme ceux de l’électricité et de
la téléphonie mobile, et soulève un tollé. « Le gouvernement
s’apprête à vendre sur un plateau d’argent des sociétés
publiques très performantes dont la vente rapportera moins
au Trésor, alors que la privatisation des sociétés
déficitaires a été reportée en attendant leur vente aux
enchères », tempête Ghassan Ghosn, chef de la CGTL, qui
critique aussi la privatisation parce qu’elle aboutira à des
licenciements dans le secteur public. Il ajoute que la
croissance a été négative en 2006 pour la première fois
depuis cinq ans. « Les Libanais n’ont pas besoin de
nouvelles acrobaties financières, mais souhaitent une
véritable croissance, ce plan a besoin d`être examiné et
corrigé, ce qui nécessite un consensus politique et une
participation de l`opposition au pouvoir », affirme Naïm
Qassem, le numéro deux du Hezbollah qui, lui, en revanche,
ne s’oppose pas à la privatisation des services.
L’opposition critique également la pertinence de la tenue de
la conférence des donateurs, arguant que la dernière
Conférence Paris II, tenue en 2002 et consacrée au sauvetage
financier du Liban, n’avait abouti qu’à des promesses de
réformes économiques jamais tenues. « Paris II nous a
consacré 4,4 milliards de dollars pour la reconstruction du
Liban. On ne sait pas comment l’argent a été utilisé. Il y a
eu beaucoup de soupçons sur l’utilisation de cet argent »,
rappelle Qassem.
Et Siniora de se défendre et d’insister sur la nécessité
d’un tel programme lorsque le secteur de la téléphonie
mobile, la société d’aviation nationale Middle East Airlines
et les sociétés d’électricité coûtent à l’Etat un milliard
de dollars par an, soit 20 % des recettes du Trésor en 2006.
Par ailleurs, le premier ministre prétend dans son programme
pouvoir réduire la dette publique à 135 % du PIB (contre 180
%). Il prévient également l’opposition : « la Conférence de
Paris III est une occasion de sauver le pays de la
catastrophe », tout en rappelant la nécessité d’obtenir une
aide financière précieuse.
Cependant, selon Ghazi Al-Oreidi, ministre libanais de
l’Information, le fait que le Hezbollah soit prêt à
présenter les points de différends est en soi un pas vers
une possibilité de compromis.
Le président français Chirac, à l’issue des réunions
préparatoires, est cependant venu au secours du premier
ministre libanais, saluant l’important programme de réformes
économiques présenté par le gouvernement légitime et
démocratique présidé par M. Fouad Siniora, et les efforts
qu’il mène pour la reconstruction du Liban.
Et pour vendre son produit, Siniora a entamé une tournée
dans quelques pays arabes comme l’Arabie saoudite, le
Koweït, le Bahreïn, les Emirats et Oman, en commençant par
le Caire le 14 janvier où il a obtenu le soutien du
président Moubarak.
Dahlia Réda