Al-Ahram Hebdo, Economie | Réformes économiques sur fond de discorde politique
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Economie

Liban . La Conférence des bailleurs de fonds au Liban dite de Paris III débutera le 25 janvier sur fond de tension politique et économique dans le pays du Cèdre. Le gouvernement de Fouad Siniora tentera d’obtenir un financement pour son vaste programme de réformes.  

Réformes économiques sur fond de discorde politique 

Construire sur des sables mouvants n’est pas chose facile. Et le gouvernement libanais de Fouad Siniora, qui avait promis de s’atteler à la reconstruction politique avant toute autre reconstruction, semble patiner. Au lendemain du déclenchement des manifestations de plus d’un millier de travailleurs libanais, qui se sont poursuivies jusqu’à la fin de la semaine, une délégation libanaise comprenant le ministre des Finances, Jihad Azour, le ministre de l’Economie, Sami Haddad, et le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, se rendait à Paris, le 10 janvier, pour participer aux réunions préparatoires à la Conférence des bailleurs de fonds au Liban, dite conférence de Paris III, qui débutera le 25 janvier. Ils y ont notamment présenté le programme de réformes du gouvernement de Fouad Siniora. Mais la Confédération Générale des Travailleurs du Liban (CGTL) a appelé les Libanais à protester contre les réformes économiques proposées par le gouvernement.

En effet, l’opposition, formée du mouvement chiite du Hezbollah et du Courant Patriotique Libre (CPL) dirigé par Michel Aoun, menait depuis un mois un sit-in à Beyrouth pour faire chuter le gouvernement Siniora. Et Aoun avait annoncé une escalade du mouvement la semaine dernière de façon progressive, prédisant que le mouvement allait s’étendre à tous les ministères et centres vitaux du pays, comme les aéroports et les ports.

Le vaste programme de réformes de Siniora était destiné à encourager la reprise de la croissance et des investissements. Avec ce programme, les dirigeants libanais tenteront de séduire les bailleurs de fonds réunis dans la capitale française, afin de récolter les capitaux nécessaires, de relancer l’économie libanaise et de réduire la dette publique qui s’élève à plus de 41 milliards de dollars, soit 180 % du PIB, outre des pertes de 6,3 milliards de dollars dues aux 34 jours de conflit armé avec Israël, en juillet 2006.

L’opposition a fortement critiqué le programme de réformes et ne voit pas l’utilité de le soumettre à la Conférence de Paris III, accusant le gouvernement de donner la possibilité à la communauté internationale de s’ingérer dans les affaires internes du Liban.

De son côté, le Hezbollah met en garde contre la période choisie par le gouvernement pour soumettre ce plan et suscite des interrogations sur un éventuel agenda politique. Il relève dans ce programme de réformes une invitation à la communauté internationale à investir dans l’avenir du Liban, dans sa cohésion et dans sa démocratie. Selon l’opposition, le programme de réformes ne répond pas au principe de l’équilibre entre les différents secteurs économiques et n’est pas en mesure de réaliser les objectifs financiers affichés, notamment la baisse du niveau d’endettement par rapport au PIB. De plus, le Hezbollah dénonce l’absence de projet de développement dans les régions défavorisées et les régions rurales, alors que le plan de réformes reconnaît la hausse de la pauvreté dans ces régions. Il critique par ailleurs le programme qui propose une nouvelle fiscalité sur les personnes à revenu limité, dont les salaires n’ont pas évolué depuis 1996.

 

Les privatisations en question

Les milieux syndicaux, de leur côté, s’élèvent contre l’augmentation proposée des taxes, notamment le taux de la TVA de 10 à 12 % pour la première phase. Une autre augmentation progressive de la TVA à 15 % doit suivre en 2010. Par ailleurs, les Libanais s’opposent à la levée des subventions sur les carburants et l’absence d’une politique d’encouragement aux secteurs créateurs d’emploi, comme ceux de l’industrie et de l’agriculture. Or, la privatisation de quelques secteurs stratégiques est également abordée dans le programme de privatisation comme ceux de l’électricité et de la téléphonie mobile, et soulève un tollé. « Le gouvernement s’apprête à vendre sur un plateau d’argent des sociétés publiques très performantes dont la vente rapportera moins au Trésor, alors que la privatisation des sociétés déficitaires a été reportée en attendant leur vente aux enchères », tempête Ghassan Ghosn, chef de la CGTL, qui critique aussi la privatisation parce qu’elle aboutira à des licenciements dans le secteur public. Il ajoute que la croissance a été négative en 2006 pour la première fois depuis cinq ans. « Les Libanais n’ont pas besoin de nouvelles acrobaties financières, mais souhaitent une véritable croissance, ce plan a besoin d`être examiné et corrigé, ce qui nécessite un consensus politique et une participation de l`opposition au pouvoir », affirme Naïm Qassem, le numéro deux du Hezbollah qui, lui, en revanche, ne s’oppose pas à la privatisation des services.

L’opposition critique également la pertinence de la tenue de la conférence des donateurs, arguant que la dernière Conférence Paris II, tenue en 2002 et consacrée au sauvetage financier du Liban, n’avait abouti qu’à des promesses de réformes économiques jamais tenues. « Paris II nous a consacré 4,4 milliards de dollars pour la reconstruction du Liban. On ne sait pas comment l’argent a été utilisé. Il y a eu beaucoup de soupçons sur l’utilisation de cet argent », rappelle Qassem.

Et Siniora de se défendre et d’insister sur la nécessité d’un tel programme lorsque le secteur de la téléphonie mobile, la société d’aviation nationale Middle East Airlines et les sociétés d’électricité coûtent à l’Etat un milliard de dollars par an, soit 20 % des recettes du Trésor en 2006. Par ailleurs, le premier ministre prétend dans son programme pouvoir réduire la dette publique à 135 % du PIB (contre 180 %). Il prévient également l’opposition : « la Conférence de Paris III est une occasion de sauver le pays de la catastrophe », tout en rappelant la nécessité d’obtenir une aide financière précieuse.

Cependant, selon Ghazi Al-Oreidi, ministre libanais de l’Information, le fait que le Hezbollah soit prêt à présenter les points de différends est en soi un pas vers une possibilité de compromis.

Le président français Chirac, à l’issue des réunions préparatoires, est cependant venu au secours du premier ministre libanais, saluant l’important programme de réformes économiques présenté par le gouvernement légitime et démocratique présidé par M. Fouad Siniora, et les efforts qu’il mène pour la reconstruction du Liban.

Et pour vendre son produit, Siniora a entamé une tournée dans quelques pays arabes comme l’Arabie saoudite, le Koweït, le Bahreïn, les Emirats et Oman, en commençant par le Caire le 14 janvier où il a obtenu le soutien du président Moubarak.

Dahlia Réda

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