Al-Ahram Hebdo, Economie | Un scénario qui se répète 
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Economie

Médicaments . La dernière hausse des prix de 10 à 25 % rend amère la vie des plus malades et les experts dénoncent la soumission du gouvernement aux multinationales, dans un marché des plus opaques.  

Un scénario qui se répète  

Les fêtes sont devenues les occasions préférées du gouvernement pour annoncer une hausse des prix. Comme pour éviter toute réaction hostile à ses décisions. Cette fois-ci, la hausse a touché le secteur des médicaments. Pendant les congés du grand Baïram et du Noël orthodoxe, plus de 94 médicaments ont en effet été augmentés de 10 à 25 %, voire 100 % pour le cas des traitements récents des maladies cardiaques, du diabète et de la tension artérielle. « Cette hausse n’est pas la première du genre. Depuis 2003, les sociétés pharmaceutiques nous envoient des listes de hausses annuelles variant entre 2 et 3 L.E. pour les médicaments fabriqués localement et de 5 à 6 L.E. pour les importés », explique Medhat Mario, un propriétaire de pharmacie. Il ajoute que ces sociétés demandent même aux pharmacies de vendre les stocks anciens aux nouveaux prix.

Mais cette dernière hausse a suscité le mécontentement des citoyens, comme Fahmi Morsi, cardiaque et diabétique, âgé de 50 ans. « Mon budget ne supporte aucune hausse. Je verse déjà chaque mois presque le tiers de mon salaire pour acheter mes médicaments. Avec la nouvelle augmentation, je serai incapable de recevoir le même traitement ». Il se demande si une pharmacie acceptera de vendre les médicaments à crédit ...

La hausse des prix a aussi poussé certains à renoncer à l’achat de médicaments. C’est l’exemple de Hicham Ahmad, un ouvrier sensible aux grippes, qui préfère désormais souffrir plutôt que de payer 4 L.E. pour se soigner. « La facture des médicaments est devenue un fardeau sur le budget des personnes à revenus très modestes », s’insurge-t-il.

Ces réactions contre des nouvelles augmentations confortent les inquiétudes des experts vis-à-vis des répercussions de la mise en œuvre de l’accord sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC), entré en vigueur en janvier 2005. Selon cet accord, il n’est pas permis de produire les médicaments brevetés par les multinationales sans payer un droit élevé. Et cela tout le long de la période de protection de 20 ans. De plus, aucune entreprise ne peut « copier » ce médicament pendant cette période. Raouf Hamed, expert de pharmaceutiques, explique cependant qu’il « est trop tôt pour parler des répercussions de cet accord dans le secteur du médicament. Car il ne doit toucher que les médicaments lancés sur le marché récemment. Alors que la dernière augmentation touche les anciens médicaments ».

De sa part, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, explique que la hausse concerne des médicaments non récents dont les prix n’ont pas bougé depuis très longtemps. « 80 médicaments sur 94 ayant été augmentés, sont ceux des sociétés du secteur public des affaires. Le reste est la production de multinationales », souligne-t-il. Il trouve la hausse logique pour ces dernières, qui dépensent des milliards de dollars pour des produits qui se vendent à 5 ou 10 L.E. « Il faut renforcer les budgets de ces sociétés pour qu’elles puissent continuer à développer des médicaments », dit-il. Il ajoute que le ministère refuse de toucher au prix de 460 sortes de médicaments essentiels. « Par contre, nous essayons de baisser les prix de certains autres. Par exemple, nous avons mené des négociations réussies, en décembre dernier, avec une société productrice pour baisser les prix d’un médicament de 1 300 L.E. à 480 L.E. », explique Al-Gabali. Il ajoute que le ministère a également baissé les prix de 40 médicaments en 2006. Parmi lesquels 9 ont bénéficié d’une baisse entre 10 et 32 %, pour les rendre plus accessibles au grand public.

 

Coup de pouce

Une justification qui s’inscrit en faveur des multinationales qui ont exprimé leur satisfaction quant à la récente hausse des prix. Elles assurent que le gouvernement leur donne un coup de pouce pour compenser leurs pertes résultant de la fluctuation de la monnaie nationale. « Le ministère de la Santé a fixé les prix de médicaments pour une longue durée en se basant sur un dollar à 3,45 L.E. Alors qu’il a atteint en réalité presque 6 L.E. Le coût de nos importations de matières premières a augmenté de plus de 40 % à cause de la fluctuation de la monnaie nationale. Et nous étions obligés de vendre selon les mêmes prix. Qui peut supporter cette différence ? », s’interroge Alaa Al-Sammane, le porte-parole de la multinationale Sanofi Aventis. Il ajoute que cette situation a conduit les sociétés à baisser leurs investissements dans le domaine pour minimiser les pertes. D’après Al-Sammane, sa société a réalisé 615 millions de L.E. de ventes en 2006. Mais il refuse de dévoiler le chiffre de ses profits, qui pour Raouf Hamed sont énormes, comme pour toute multinationale du secteur. « Leurs médicaments sont très chers et avec le temps, les prix des matières premières baissent sur les marchés internationaux. En plus, des pressions sont exercées par les sociétés sur le gouvernement pour augmenter les prix en vue de maximiser les profits », souligne-t-il. Il comprend pourtant que les sociétés publiques cherchent, elles, à augmenter leurs prix. Car pendant de longues années, elles ont vendu à perte. Il ajoute que le gouvernement devrait être transparent en dévoilant les critères sur lesquels il décide d’une augmentation. Transparence ? Le ministère refuse de dévoiler les chiffres des importations. Sans parler de l’évolution de la part sur le marché des médicaments sous brevet contre la catégorie hors brevet ... .

Gilane Magdi

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