Asean .
Deux questions ont dominé les travaux du 12e sommet des
dirigeants de la région Asie-Pacifique : la lutte contre le
terrorisme et la crise nucléaire de la Corée du Nord.
L’Asie de l’est en quête de stabilité
Lutte antiterroriste, crise coréenne, problèmes de
dépendance énergétique. Le 12e sommet de l’Asean, qui s’est
tenu dimanche et lundi derniers aux Philippines, s’est
penché sur de nombreux sujets variés, mais n’est parvenu à
des progrès que dans quelques domaines. Lors de ce sommet,
qui a regroupé les chefs d’Etat et de gouvernement des dix
de l’Asean (Malaisie, Indonésie, Philippines, Singapour,
Thaïlande, Brunei, Laos, Vietnam, Cambodge Birmanie) et
leurs six partenaires régionaux privilégiés (Chine, Japon,
Corée du Sud, Inde, Australie et Nouvelle-Zélande), le sujet
du terrorisme s’est imposé. D’autant plus que le mercredi
précédant la réunion, une série d’attentats à la bombe non
revendiqués ont tué 7 personnes dans l’île de Mindanao aux
Philippines. Aucun lien formel n’a été établi avec le
sommet, mais la date de l’attentat correspondait à
l’ouverture des rencontres asiatiques. En décembre, le
sommet avait déjà été annulé au dernier moment pour cause de
risque terroriste. Le contexte se prêtait donc à une
décision, et les ministres ont approuvé lors du sommet un
texte renforçant la coopération entre Etats membres, en
particulier pour le contrôle des flux financiers. Ce texte
encourage le partage d’informations, et incite à un contrôle
renforcé aux frontières. En outre, le document impose aux
membres des efforts joints pour l’identification des flux
financiers suspects, et fait office d’accord d’extradition
régional entre les membres de l’Asean, pour les actes
reconnus comme terroristes par la convention. Ce document
vient compléter — de façon beaucoup plus concrète — les
condamnations prononcées jusqu’à maintenant par
l’organisation, et le site Internet créé en 2005 pour le
partage d’informations.
Pour ce qui est de la Corée du Nord, le message envoyé à
Pyongyang est clair : les membres de l’Asean soutiennent les
résolutions onusiennes et demandent à Pyongyang d’abandonner
son arsenal nucléaire pour favoriser la paix et la stabilité
régionales. L’organisation a également exprimé son soutien à
la résolution des Nations-Unies de non-prolifération
nucléaire en Asie. Ce sujet a été traité en détail lors du
sommet « Asean+3 » dans l’après-midi de dimanche, en
présence de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon. La
Corée s’était engagée en décembre 2005 à renoncer à son
arsenal en échange de garanties de sécurité, puis s’était
rétractée en réclamant préalablement une suppression des
sanctions américaines. Les discussions reprises en décembre
2006 après le premier essai nucléaire n’ont pas permis
d’avancées.
En revanche, l’organisation s’est montrée beaucoup plus
mesurée envers la Birmanie, dont les violations des droits
de l’homme sont régulièrement pointées par les ONG et, plus
récemment, au sein de l’Onu. Les Etats-Unis ont, en effet,
présenté vendredi dernier un projet de résolution visant à
encourager la réforme démocratique au Myanmar. Cette
résolution a été rejetée par la Russie et la Chine, alliées
traditionnelles du pays au sein de l’Onu. L’Asean a certes
appelé à la libération des prisonniers et à « progresser
vers la réconciliation nationale », mais le communiqué final
de l’organisation insiste sur la volonté de « gérer les
problèmes importants au sein de la région », afin de
démontrer sa pertinence. La déclaration finale est donc
beaucoup moins ambitieuse que le texte de la réunion
préparatoire des ministres des Affaires étrangères, qui
demandait explicitement la libération d’Aung San Suu Kyi,
principale opposante au régime.
Enfin, l’Asie du Sud-Est pourrait voir naître la plus grande
zone de libre-échange au monde. Le sommet a en effet abouti
à un nouvel accord avec la Chine, qui devrait ouvrir ses
frontières aux pays de l’Asean dans le secteur des services
: banques, tourisme, immobilier, santé, transports et
technologies de l’information. Cet accord s’ajoute à celui
de 2002 sur le commerce des biens. Les membres de l’Asean
ont également avancé la date de création du marché commun à
2015.
Les membres se sont également mis d’accord sur le principe
de la rédaction et adoption d’une charte, qui pourrait
donner une existence juridique à l’Asean. Le premier
ministre adjoint de Singapour exprimait ainsi son inquiétude
quant à l’avenir de l’organisation avant le sommet : « si
l’Asean ne se réforme pas, je pense qu’à partir d’un certain
moment elle ressemblera à toutes ces organisations promises
à une lente disparition ».
Laure
Jouteau