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 Semaine du 12 à 18 avril 2006, numéro 606

 

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Bangladesh . Le bras de fer politique entre le gouvernement et l’opposition s’est achevé sur une victoire de cette dernière. L’avenir du paysreste toutefois hypothéqué.

L’opposition gagne une partie

Après trois mois de graves tensions entre le gouvernement bangladais et l’opposition, le chef de l’Etat, Lajuddin Ahmad, a bravement réussi, cette semaine, à sauver son pays d’un véritable chaos, qui aurait pu avoir d’implacables séquelles sur un peuple de 140 millions d’habitants, déjà considéré comme l’un des plus pauvres de la planète. Au seuil d’une crise politique qui s’annonce sans merci, le gouvernement du Bangladesh, pays musulman laïque d’Asie du Sud, a cédé aux exigences de l’opposition, formée de 14 partis regroupés autour de la ligue Awami, un parti nationaliste et laïque de gauche, dirigée par Hasina Wajed, ex-premier ministre.

Il n’était donc pas question pour le gouvernement d’opter pour un durcissement total. Après avoir décrété jeudi dernier l’état d’urgence dans le pays (couvre-feu dans une soixantaine de villes, censure des médias et suspension des libertés politiques), le gouvernement a dû lâcher du lest. Considérée comme le principal catalyseur de la crise, la tenue des législatives du 22 janvier a été finalement reportée par le président, après des mois de réticence de sa part et de pressions de la part de l’opposition qui accusait le pouvoir de préparer le truquage des élections. L’opposition est convaincue que les autorités ont ajouté sur les listes électorales 14 millions de citoyens « fantômes » au profit de son rival, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP, parti conservateur au pouvoir depuis les élections de 2001) dirigé par Mme Khaleda Zia, qui a quitté son poste de premier ministre le 27 octobre 2006. Comme carte de pression, le parti Awami a entre autres menacé, la semaine dernière, de boycotter le scrutin initialement prévu le 22 janvier.

Cédant encore plus face à l’opposition, le président bangladais a démissionné, vendredi, de son poste de chef du gouvernement intérimaire qu’il occupait depuis octobre 2006.  Accusé par l’opposition de privilégier le BNP lors de la préparation des législatives, M. Ahmad a été remplacé, samedi, par l’ancien gouverneur de la banque centrale du Bangladesh, Fakhruddin Ahmad, considéré comme politiquement « neutre ». « Le nouveau gouvernement intérimaire aura la lourde tâche de préparer des élections nouvelles, aussi vite que possible, et acceptables pour tous les partis politiques », avait promis le nouveau président, ajoutant que les « listes électorales seront corrigées », sans avancer un calendrier précis. Selon les experts, ce processus prendra « au moins six mois ».

« Victoire du peuple »

Suite à cette série de concessions, la ligue Awami a salué « une victoire de la démocratie », ou plutôt « une victoire du peuple », tout en espérant un scrutin juste et équitable. « Sans doute, c’est une victoire pour l’opposition qui a vu toutes ses revendications se concrétiser après des mois de pressions. En effet, la situation était explosive dans le pays et il était impossible qu’une seule tendance politique participe aux élections puisque l’opposition a menacé de les boycotter. Le président a dû faire marche arrière car il n’avait pas le choix. Or, les deux parties doivent rapidement trouver un compromis pour organiser de nouvelles élections », analyse le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences politiques de l’Université du Caire.

Depuis le mois d’octobre, la vague de violence, que déchaîne l’opposition, a fait une cinquantaine de morts et des milliers de blessés dans des affrontements entre manifestants et forces de sécurité. Le Bangladesh n’en est pas à sa première crise politique. L’avènement d’un régime démocratique en 1990 s’est traduit par une implacable rivalité entre les deux principales formations du BNP et la ligue Awami. Commentant cette récente vague de violence qui déferle sur le pays, l’intellectuel bangladais, Sirajul Islam Chowdhury, estime sur un ton pessimiste : « Nous marchons vers un avenir incertain. Nos partis ne se comportent pas de manière démocratique. Nos dirigeants ne soutiennent pas la démocratie, ils l’exercent mais ils ne l’embrassent pas vraiment, et c’est bien là le problème qui doit être réglé ». Plus ferme encore, le professeur de droit bangladais, Asif Nazrul a estimé samedi que « le peuple veut d’abord la sécurité et ensuite la démocratie. Les gens en ont assez de ces deux partis ».

Maha Al-Cherbini

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