Exposition.
Réda Abdel-Salam revisite des œuvres réalisées lors de la
deuxième guerre du Golfe. Alliant peintures et collages, il
aborde son obsession : les conflits entre les êtres humains.
Treize ans de réflexion
Témérité, hardiesse et énergie s’en dégagent. Les œuvres de
Réda Abdel-Salam se veulent fougueuses au niveau de la
couleur, de la forme, de la technique et de la thématique.
Cet artiste, professeur à la faculté des beaux-arts, est
toujours soucieux des conflits entre humains. A travers ses
tableaux grand format, réalisés dans les années 1990,
variant entre peintures et collages, il se livre à un jeu
d’assemblage très contrasté. Le tout s’incruste d’une touche
de modernité. « J’ai conçu cette série à partir de la
deuxième guerre du Golfe ; elle traite dans son ensemble des
problèmes actuels et chroniques : ruine, mort, conflit
humain. Maintenant et après 13 ans, j’ai pris la décision de
revisiter ces œuvres que j’ai longtemps délaissées dans mon
atelier et de les soumettre à un jeu d’assemblage, surtout
que j’ai constaté que les conflits dans le monde ne
finissent jamais. Voici la guerre d’Afghanistan, de l’Iraq,
de la Palestine … », souligne Réda Abdel-Salam.
Avec une nouvelle vision, plus contemporaine et plus mûre,
l’artiste a alors repris ses tableaux, 13 ans plus tard. «
Ce sont des tableaux non soumis au temps ni aux lois. Ils
constituent un espace ouvert, au temps illimité et infini.
Et sont capables d’exprimer les événements mondiaux ou
régionaux qui nous angoissent chaque jour et qui peuplent
notre inconscient. Ils n’enregistrent pas d’incident, mais
esquissent une réaction vis-à-vis de la réalité »,
ajoute-t-il. L’essentiel pour Abdel-Salam c’est la force de
la structuration, l’architecture de l’œuvre, basée sur des
lignes et des formes abstraites.
La palette de Abdel-Salam est riche et condensée ; ce sont
des couleurs sombres, qui chagrinent, comme le noir ou le
gris. Ce choix de couleurs n’est pas sans dévoiler la
souffrance de l’artiste. « Qu’est-ce qui reste du bon vieux
temps ? Rien. Des débris, des décombres, des ruines, des
objets éparpillés », dit-il. Cependant, Réda Abdel-Salam ne
s’attarde pas trop sur les laideurs du quotidien. Il donne à
son œuvre une dimension esthétique. Celle-ci s’incarne par
l’emploi des collages bien calculés et celui des couleurs
chaudes, parfois même criardes et choquantes qui rompent
avec la monotonie et la structure de base de la toile. A
travers ce contraste entre laideur et esthétisme, entre
peinture et collage, Abdel-Salam laisse de côté sa
mélancolie et entre en interaction avec l’œuvre. Il
retranche des parties, en ajoute d’autres. En fait, tout
dépend du besoin dimensionnel. « La structure de l’œuvre,
plutôt d’ordre sophistiqué, tient de l’accumulation »,
précise l’artiste qui donne des titres à ses toiles afin
d’aider le récepteur à déchiffrer sa visée « dramatique ».
Comme cette série de tableaux intitulée Contemplation du
temps perdu. Une série centrée autour d’êtres tourmentés,
affligés, de formes abstraites et de maisons en ruine. Un
autre conflit éternel qui préoccupe Abdel-Salam est celui de
l’homme et sa proie (oiseau ou poisson). Ce conflit se
soumet à la seule loi de la jungle, celle du plus fort. Cela
est bien démontré à travers Envol dans le ciel, plongée aux
tréfonds.
Un troisième conflit dans L’Homme et la femme. « L’homme est
chasseur. Il ne cherche que la sensualité dans la femme, sa
proie », dit Abdel-Salam à l’affût de tout genre de conflit
humain pour en faire ressortir les contrastes.
Névine Lameï