Théâtre .
La pièce Al-Qadiya 2007 (la cause 2007), adaptation de
l’œuvre de Yousri Al-Guindi écrite en 1968, Al-Yahoudi
al-taëh (le juif errant), narre le drame du peuple
palestinien en abusant des symboles clichés.
Le bon, la brute et le truand
Une ambiance sacrée règne sur les planches du théâtre
Al-Hanaguer. Une musique mélancolique introduit l’apparition
des moines et des nonnes. Et avec quelques psaumes coptes
récités commence la pièce Al-Qadiya 2007 (la cause 2007). Il
s’agit d’une adaptation de l’œuvre de Yousri Al-Guindi,
Al-Yahoudi al-taëh (le Juif errant), mise en scène par
Hassan Al-Wazir. La pièce raconte l’histoire du jeune
Palestinien Sarhane qui souffre de la perte de sa terre et
de l’injustice. Il cherche à comprendre, à trouver une
solution et attend le retour du Christ, salvateur. Face à
cette victime de l’occupation, se présente Isaac (le juif
errant) condamné à errer jusqu’à la fin de ses jours comme
tous les siens qui ont refusé d’aider Jésus crucifié.
Le texte d’Al-Guindi, écrit en 1968, évoque Jérusalem, la
crucifixion de Jésus-Christ, le mythe du juif errant, la
cause palestinienne … Cependant, ces questions abordées vers
la fin des années 1960 restent encore des sujets
d’actualité. Une raison pour laquelle le metteur en scène a
choisi de monter ce texte. Dans cette nouvelle version, il
se concentre sur la crise palestinienne et les rapports
existant entre Israël, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
Il évoque les massacres commis depuis 1948 jusqu’à nos jours
et fait allusion à la guerre contre le Liban et l’Iraq …
L’Histoire passe en jugement. Le juge est à la fois le
bourreau (représentant les Etats-Unis) et les témoins et
l’audience ne sont que des clowns.
Beaucoup de détails historiques sont évoqués et racontés
minutieusement par les personnages durant la pièce, d’où une
certaine monotonie. De longs discours expliquant les
complots contre la Palestine, l’exploitation de la terre
sainte, le danger qu’affronte le monde arabe, etc.
Au niveau de la mise en scène, Al-Wazir a eu recours à une
scénographie riche d’Ibrahim Al-Fawa, basée sur les écrans
cinématographiques. Le décor évoque un endroit déserté,
détruit et au milieu de la scène, un escalier en colimaçon
que les acteurs bougent sur scène. Au sommet, un écran
géant. En fait, les écrans cinématographiques se multiplient
sur les côtés des planches afin d’accentuer l’émotion du
public vis-à-vis des séquences projetées : quelques scènes
du film de Mel Gibson La Passion du Christ, des séquences du
conflit palestinien, des photos d’enfants tués, des mères
qui se lamentent, etc.
Et pour mieux représenter la relation israélo-palestinienne
et les rapports avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis,
le metteur en scène se sert de la symbolisation. Sur écran,
il projette une séquence du film américain The Good, the Bad
and the Ugly (le bon, la brute et le méchant, 1966) de
Sergio Leone, où sous les menaces des pistolets, un homme
est tué dans un silence total.
Sur les planches, la scène du mariage résume toute
l’histoire. Le monde arabe est représenté sous la forme
d’une statue, celle d’un homme pendu gisant à terre.
Derrière, Israël s’incarne par une jeune fille séduisante
qui épouse tantôt la Grande-Bretagne, tantôt les Etats-Unis.
Des mariages d’intérêt. Le message est évident, et les
symboles clichés.
Les chansons du folklore palestinien et celles de la
résistance sont accompagnées de chorégraphies anodines.
L’une d’entre elles est accompagnée par la chanson Ya tayer
al-ghorba (oiseau de nostalgie) ; les danseurs portant les
keffiehs palestiniens imitent le lancement des pierres,
signe de l’Intifada, suivant un pas cadencé.
Le procès se termine, et le juge-bourreau (les Etats-Unis)
ne garantit pas la justice. A la fin, Sawsan Badr, jouant le
rôle de la femme sage, qui commente l’Histoire, s’adresse au
jeune Palestinien en l’invitant à résister, à ne plus
attendre de sauveur. Le même message est adressé au public
par les autres comédiens. Il est donc temps de quitter la
salle des spectateurs.
May
Sélim