Al-Ahram Hebdo, Arts | Petite mue pour Helmi
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 Semaine du 17 au 23 janvier 2007, numéro 645

 

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Arts

Cinéma . Dans sa dernière comédie Mattab sénaï (embûches), l’acteur Ahmad Helmi glisse un soupçon de profondeur dans son registre burlesque en incarnant l’attachement à la terre. 

Petite mue pour Helmi 

Tout porte à croire qu’Ahmad Helmi vit un essor artistique important depuis le succès fulgurant de ses deux films Zarf Tareq (imprévu) et Gaalatni mogrémane (brigand malgré lui), l’an dernier. Ces films sont cantonnés dans le même schéma simple du jeune homme modeste qui se trouve empêtré dans des problèmes que lui attire sa niaiserie et dont il se détache à coups d’humour et d’espièglerie. Il ne cherche pourtant jamais des projets réalistes où inscrire un contenu politique ou social. Il n’a pas la prescience des mutations esthétiques et politiques de son pays et n’a de concept que celui du cinéma objet de distraction, et non témoin de son temps. Les producteurs, eux, ont fini par croire que ce rôle qu’il conduit de film en film est sans risque et qu’il remporte à coup sûr adhésion du public et recettes. Même soumis aux choix des producteurs, Ahmad Helmi pourrait abandonner un peu ce rôle où il est enfermé et entamer une variété, exécuter d’autres plans pour éviter d’être précipité dans une impasse artistique qui risque de dissiper l’empathie du public. Mais pourquoi le ferait-il ? Il cible un public de 18 ans d’âge moyen qui s’intéresse à son style et le plébiscite, d’où la montée de son cachet à 5,1 millions de livres, soit le quart du budget du film qu’il tourne.

Cependant, le cinéaste Waël Ihsane semble lui avoir taillé un rôle différent dans Mattab sénaï (embûches), qui se place en troisième position au box-office après Mahattet Misr (gare du Caire) d’Ahmad Galal et Khiyana machrouaa (trahison légale) de Khaled Youssef. Le film est construit dans le mouvement d’accompagnement du jeune Mimi (Ahmad Helmi) monté de sa campagne à la capitale pour faire carrière. Ce qui compte dans ce film n’est pas le trajet. C’est l’ici de chaque moment ; l’inscription dans un lieu qui n’est pas principalement spatial, qui est un état et une étape filmée chaque fois pour elle-même. C’est une quête que raconte le film non de la fortune, mais de soi. A peine débarqué en ville, Mimi est confronté à la brutalité du monde des riches où seul compte le fric.

Farouq (Ezzat Abou-Auf), un homme d’affaires, transforme la force d’inertie du jeune Mimi, qui squatte dans la maison en construction avoisinant sa villa, en une énergie productive. Il se met alors à vivre selon d’autres principes que ceux que l’on attend de lui. Habillé comme un ado en tee-shrit débraillé, il traîne son vieux jean, son air buté, sa petite silhouette dans un milieu où imposteurs et faux amis dérèglent le jeu social. Spectateur curieux, il squatte dans une chambre au sein du jardin de la villa, et fait de cette interzone son domaine. Brusquement, Farouq tombe dans le coma à la suite d’un accident organisé par Hossam (Saïd Abdel-Ghani), son neveu qui convoite sa fortune, et Mimi se trouve assigné au rôle de tuteur de Zeina (Menna Arafa), la fille de Farouq, obligé de gérer ses avoirs. Ainsi, fait-il le grand saut qui change sa vie mais il ne s’installe dans rien. Il est invité à conclure des contrats d’importation de produits comestibles avec des clients, mais rien ne le détache de sa dégaine un peu clocharde qu’il soit à la traîne de May (Nour), coordinatrice des affaires de Farouq, ou qu’il avance à l’aveuglette. Mais il finit par toucher à l’inconsistance de ce monde que fait trembler sous ses pieds Hossam à force de coups vils et bas.

Cependant, il échappe sobrement au flottement généralisé, armé de sa ruse. Il avance, mêlant mélo et bouffonnerie, carburant de sa résolution définitive : triompher des obstacles. S’il fait irruption dans un environnement qui lui est familier : la famille en détresse qu’il cherche à tirer d’embarras, il entraîne dans son sillage tout le film de l’aberration grotesque à l’aboutissement à une solution. Mais tout reste cependant fragile. Lorsque s’esquisse un semblant d’entrée dans l’ordre, Mimi retourne à sa campagne. Car dans un monde où l’on avance en passager, le retour aux origines est garant de plénitude et d’accomplissement de soi-même.

Ancrage dans les origines

Le choix du sujet et son traitement cinématographique l’imposent comme une œuvre de transition, marquant le passage de Mimi du monde où il a tenté de gravir l’échelle sociale à un engagement clair vers l’ancrage dans les origines. Au-delà de son aspect burlesque, le film dessine une réalité dans laquelle la maison, la terre, lieu protecteur de l’homme, est l’intérieur où le jeune Mimi peut localiser son identité et la protéger du déchirement. Marginalisé par une société rurale où il peine à trouver un emploi, il ne peut s’y intégrer qu’en travaillant le terrain agricole où son père (Ahmad Rateb) a investi toutes ses économies. Cela implique aussi un déploiement esthétique. La dernière partie du film est caractérisée notamment par les figures du travelling latéral et du panoramique. Waël Ihsane les emploie fréquemment pour traverser lentement l’espace de la terre, en passant d’une parcelle à une autre, procédant à une minutieuse exploration de l’espace rural. Cette évolution esthétique symbolise également le passage du rêve d’émigration, de déplacement nomade vers une réflexion plus globale sur l’avenir des rapports des jeunes à la terre, lieu d’appartenance et d’humanité, où « chacun a ses raisons d’être ».

Amina Hassan

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