Côte-d’Ivoire .
Le Groupe de Travail International (GTI) tire la sonnette
d’alarme face à l’impasse totale dans laquelle se trouve le
processus de paix et exhorte les institutions africaines à
assumer leurs responsabilités.
La résolution sans solution
Après toutes les tentatives de la communauté internationale,
notamment du Conseil de sécurité de l’Onu pour trouver une
issue à la crise en Côte-d’Ivoire, la situation demeure
bloquée. Aucun progrès n’a été enregistré, aucun obstacle
n’a été liquidé. C’est ce qu’a constaté le Groupe de Travail
International (GTI) sur la Côte-d’Ivoire réuni vendredi
dernier pour examiner la situation sur le terrain. Cette
fois, le GTI a déploré l’impasse totale dans laquelle se
trouve le processus de paix, trois mois après l’adoption de
la résolution 1 721 de l’Onu qui devait le dénouer, et a
chargé les institutions africaines de le démêler. « A trois
semaines de l’échéance du 1er février à laquelle la
Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO) et l’Union Africaine (UA) doivent procéder à un
réexamen de la situation en Côte-d’Ivoire, le groupe
constate une impasse totale dans le processus de paix »,
indique son communiqué.
En effet, cette impasse totale est due principalement au
refus de certaines parties ivoiriennes « d’accepter et
d’appliquer la résolution 1 721 », ajoute le texte final de
cette 12e réunion du GTI, coprésidé par l’Opération des
Nations-Unies en Côte-d’Ivoire (ONUCI) et l’UA. « La crise
en Côte-d’Ivoire exige une politique de longue haleine et
des négociations périodiques entre toutes les parties
ivoiriennes avec la présence des médiateurs. Mais ce qui se
passe actuellement, c’est que les médiateurs se réunissent
ensemble sans la présence de membres des parties concernées
», explique Sayed Feleifal, analyste au Centre des études
africaines.
Le processus de paix ivoirien, dont le GTI évalue chaque
mois l’évolution, vise à réunifier un pays coupé en deux
depuis septembre 2002 et la tentative de coup d’Etat de la
rébellion des Forces Nouvelles (FN), qui s’est emparée du
nord du pays, contre le président Gbagbo, qui a gardé la
main sur le sud.
« Si l’opposition sent qu’elle joue un véritable rôle et
qu’elle a son mot à dire, la crise peut être résolue »,
explique Ibrahim Nasreddine, analyste au Centre des études
africaines. Tout en ajoutant : « L’opposition doit
participer au gouvernement. Pour le moment, chacune des deux
parties attend de l’autre côté des gestes de bonne volonté.
Le gouvernement actuel doit accepter les revendications des
rebelles et les réaliser puisque ces revendications sont
logiques et réalisables ».
Pour le faire avancer, le Conseil de sécurité de l’Onu a
adopté le 1er novembre 2006 une nouvelle résolution, la 1
721. Cette dernière a prolongé d’un an les mandats du
président ivoirien Laurent Gbagbo et du premier ministre
Charles Konan Banny, imposé à Gbagbo par la communauté
internationale pour mener à bien le processus de paix et
organiser des élections, sans cesse repoussées depuis 2005,
avant la fin d’octobre 2007. Elle a doté Banny de pouvoirs
théoriques élargis, face à un président accusé par certains
de bloquer le plan de paix onusien. Le GTI soutient Banny et
la résolution 1 721, même si de plus en plus de monde doute
de la capacité du premier ministre à faire avancer les
choses.
Mais près de trois mois après l’adoption de la 1 721, le
blocage reste total. Pour débloquer la situation, le GTI
invite l’Onu à s’en remettre aux institutions africaines, UA
et CEDEAO, qui doivent envoyer le 1er février au Conseil de
sécurité un rapport d’étapes sur l’application de la 1 721.
De son côté, le président Laurent Gbagbo a proposé fin
décembre d’entamer un dialogue direct avec les rebelles. Et
le chef de la rébellion des Forces Nouvelles (FN), Guillaume
Soro, a réaffirmé qu’il était prêt au dialogue à condition
que celui-ci soit un mécanisme pour accélérer l’application
de la résolution 1 721. Mais, ces déclarations sont restées
sans lendemain. A cet égard, le GTI suggère au Conseil de
sécurité d’exhorter les présidents en exercice de la
CEDEAO et de l’UA à réunir, dès que possible, les parties
ivoiriennes afin de débloquer la situation. Il lui suggère
également d’envoyer une mission en Côte-d’Ivoire pour
appuyer l’action des dirigeants africains et obtenir le
ferme engagement des parties ivoiriennes d’appliquer la
résolution 1 721 dans son intégralité.
Maha
Salem