Somalie .
Le gouvernement affiche sa volonté de ramener la sécurité
après le vote du Parlement instaurant l’état d’urgence dans
le pays. Une tâche difficile qui se heurte déjà à la
question épineuse du désarmement.
Fragile accalmie
Survenu
rapidement et contre toutes les attentes, le renversement de
la situation en Somalie n’augure pourtant pas le retour à la
stabilité dans ce pays de la Corne de l’Afrique. Vendredi
dernier, les forces somaliennes soutenues par l’armée
éthiopienne ont pris le contrôle du dernier refuge des
islamistes dans l’extrême sud de la Somalie. Depuis fin
décembre-début janvier, les combattants islamistes — qui
contrôlaient la majeure partie du sud et du centre de la
Somalie — ont été mis en déroute par les troupes
éthiopiennes et somaliennes. Cependant, malgré la « victoire
» militaire des troupes somaliennes et éthiopiennes, les
risques sont encore majeurs. Pour preuve, le Parlement
somalien a approuvé samedi l’instauration pour trois mois de
l’état d’urgence et de la loi martiale dans le pays. Cette
loi autorise notamment le président somalien à publier des
décrets concernant la sécurité nationale ou à interdire des
manifestations non autorisées ou des barrages mis en place à
travers le pays pour rançonner les civils.
Deux tâches difficiles se présentent désormais au
gouvernement somalien : l’instauration de la sécurité et la
question du désarmement. A Mogadiscio, contrôlée depuis le
28 décembre par l’armée éthiopienne et les forces
somaliennes après la fuite des islamistes mais où
l’insécurité persiste, une importante opération de fouille a
été menée samedi par des soldats éthiopiens. Armes et
miliciens pullulent en effet dans la capitale somalienne.
Cette opération de fouille intervient au lendemain de la
conclusion, vendredi, d’un premier accord important à
Mogadiscio entre le gouvernement somalien et les principaux
chefs de guerre qui ont accepté de rendre leurs armes et
d’intégrer leurs hommes au sein des forces de sécurité.
Mais la question du désarmement reste problématique. En
effet, en Somalie, pays en proie à un conflit depuis plus de
15 ans, la tradition du port des armes est très ancrée parmi
les chefs de guerre et leurs miliciens. Depuis le début de
la guerre civile, les Somaliens s’arment puis s’enrôlent
comme miliciens et gardes du corps auprès de ceux qui
peuvent les payer, tout en se servant de leurs armes pour
rançonner les habitants.
D’ailleurs, une première opération lancée par le
gouvernement s’était soldée par un échec cuisant, et le
gouvernement somalien avait préféré renoncer, le 6 janvier,
à une épreuve de force en reportant le désarmement
obligatoire des nombreux miliciens dans la capitale. D’autre
part, l’accord entre le gouvernement somalien et les
principaux chefs de guerre qui ont accepté de rendre leurs
armes et d’intégrer leurs hommes au sein des forces de
sécurité, reste bien fragile. Signe de l’extrême volatilité
de la situation dans la capitale chaotique, un accrochage,
qui s’est soldé par 5 morts, a éclaté pendant les entretiens
entre la sécurité du président Abdullahi Yusuf Ahmed et les
miliciens d’un puissant chef de guerre réapparu dès la chute
des islamistes, Mohamed Qanyare Afrah, dans l’enceinte même
de la présidence, Villa Somalia.
Il y a donc aussi l’apparition des anciens chefs de guerre,
aujourd’hui incontournables dans tout règlement politique
dans l’avenir.
Mais il y a surtout la question des islamistes et de
l’intervention américaine dans ce pays. En effet, les raids
menés par l’aviation américaine contre des membres présumés
d’Al-Qaëda en Somalie ont été vivement critiqués, d’autant
plus que les Etats-Unis n’ont pas un passé très glorieux en
Somalie. Tout le monde se souvient encore de l’échec cuisant
de l’opération américaine Restore Hope au début des années
1990. Mais les Etats-Unis, qui entendent garder un contrôle
de la Corne de l’Afrique, se sont contentés de déclarer
qu’ils « recherchent la stabilité en Somalie ». « Les
Etats-Unis ont deux objectifs : promouvoir un gouvernement
national stable fondé sur une véritable réconciliation
nationale et bannir les terroristes étrangers connus qui
opèrent depuis la Somalie », a déclaré l’ambassadeur
américain au Kenya, Michael Ranneberger, dans le quotidien
kényan Daily Nation de vendredi dernier.
Abir
Taleb